Monday, July 27, 2009

OCDE:Monaco signe avec Luxembourg après la Belgique. Par Didier REMER

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"Son altesse le Prince Albert II souhaite que la principauté soit exemplaire"




La principauté de Monaco tient ses engagements. Aprés avoir signé avec la Belgique un accord de non double imposition selon les standards de l'OCDE, la principauté vient de signer un accord avec le Luxembourg. Le rocher est donc en bonne voie pour obtenir les douze accords de conventions relatifs aux critères de l'article 26 de l'OCDE. Elle devrait normalement sortir de la liste grise de L'OCDE et éviter le volet sanctions promis aux récalcitrants lors du prochain G20 de Pittsburgh aux Etats-Unis. S.A.S le Prince Albert II de Monaco peut se prévaloir d'être à présent en pointe sur les questions éthiques financières internationales, je précise par ailleurs l'excellent travail de son altesse qui s'est lancé dans la création d'une fondation dédiée à une autre cause, toute aussi noble, le sauvetage de notre planète! Plaçant ainsi Monaco toujours plus haut dans le club des états responsables sur les questions éthiques.


"J'ai décidé de créer une Fondation dédiée à la protection de l'environnement et au développement durable (...). Il s'agit d'un défi planétaire commun qui demande des actions urgentes et concrètes, en réponse à trois grands enjeux environnementaux : le changement climatique, la biodiversité et l'eau."
S.A.S. le Prince Albert II de Monaco


Vous pouvez consulter le site de la fondation de son altesse ici:
http://www.fpa2.mc




Avec Luxembourg, communiqué du gouvernement...





Signature d'une convention entre le Grand-Duché de Luxembourg et la Principauté de Monaco 27-07-2009

Les ministres des Finances du Luxembourg et de Monaco, Luc Frieden et Franck Biancheri, ont signé aujourd’hui, 27 juillet 2009, une convention visant à éviter les doubles impositions et à prévenir la fraude fiscale en matière d’impôts sur le revenu et la fortune. La convention correspond entièrement à la convention-modèle de l'OCDE en matière de coopération fiscale internationale et prévoit notamment l'échange d'informations sur demande et dans des cas individuels entre les administrations fiscales des deux pays.
Dans une entrevue qui a suivi la signature de la convention, les deux ministres ont abordé les principaux dossiers européens et internationaux concernant la situation économique et financière, ainsi que les relations politiques et économiques entre les deux pays.

Et quelques jours avant...

Communiqué du Ministère d'état monégasque:
Monaco signe un accord de transparence fiscale avec la Belgique

15/07/2009-La Principauté de Monaco et la Belgique ont signé, ce mercredi 15 juillet 2009, un accord permettant l’échange d’informations fiscales entre les deux Etats. Cet Accord permet d’échanger des renseignements fiscaux au cas par cas et sur demande « concrètes et fondées », l’accord n’autorisant pas la « pêche générale aux informations », un point auquel la Principauté de Monaco tient tout particulièrement. La Belgique est le premier Etat avec lequel la Principauté de Monaco a conclu un tel accord. La Principauté rappelle qu’en avril 2009, à Londres, le G20 avait mis sur la « liste grise » une vingtaine de places bancaires, dont Monaco, liste dont les pays en question ne pourraient être retirés que s’ils signent douze conventions de transparence fiscale conformes aux normes de l’OCDE. Des négociations avec d’autres Etats sont actuellement en cours, ce qui permettra ainsi à la Principauté de tenir ses engagements d'ici la fin de l'année 2009. CONTACT :Département des Relations Extérieures Direction de la Coopération Internationale (+377 98 44 88)



Source OCDE: GVT Luxembourgeois, Monaco Gouvernement.
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Photographie: Tous droits réservés













G20 OCDE: La Belgique dégrisée! Par Didier REMER

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"Le trés sympathique Didier REYNDERS, Ministre des Finances de Belgique

peut être satisfait, la Belgique est dégrisée par l'OCDE!"




Après le Luxembourg et avant la Suisse, la Belgique est enfin retirée de la fameuse liste des paradis fiscaux de l'OCDE. Le gouvernement belge a joué les bons élèves et a signé les douze accords d'échange d'informations fiscales recquis par l'Organisation internationale, selon une mise à jour de cette liste datée du 24 juillet. De quoi satisfaire Angel GURRIA , secrétaire général qui trouve donc que nos amis Belges se sont conformés aux prescriptions de l'organisation internationale. Le royaume n'est plus un paradis fiscal! Il a été retiré de la liste "grise" de l'OCDE et s'évite donc le volet sanstions promis pour le prochain G20 de PITTSBURGH aux Etats-Unis. Vous pouvez consulter ici le calendrier des différentes négociations ici:

Le ministère belge des Finances, Didier REYNDERS avait annoncé le 16 juillet avoir rempli les critères pour quitter cette "liste grise" en signant une nouvelle série d'accords d'échange d'informations fiscales. Bruxelles venait de signer de tels accords avec douze pays, le minimum requis par l'OCDE (Luxembourg, Singapour, l'île de Man, Saint-Marin, les Seychelles, le Danemark, la France, l'Australie, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, Monaco et les Etats-Unis).
La Belgique suit ainsi son voisin, le Luxembourg, retiré de la liste grise de l'OCDE le 8 juillet après avoir lui aussi signé douze accords. La Suisse a annoncé jeudi qu'elle s'acheminait également vers une sortie de la "liste grise" après avoir "paraphé" sa douzième convention fiscale.
Mais le ministère suisse des Finances a expliqué que ces accords devaient d'abord être effectivement signés pour être valides aux yeux de l'OCDE. "La signature a lieu normalement entre trois et cinq mois après l'apposition des paraphes", avait indiqué le ministère.
La Suisse figure donc toujours sur la "liste grise" des paradis fiscaux mise à jour la semaine dernière et n'affiche pour l'instant aucun accord d'échange d'information fiscale conforme aux critères de l'OCDE.
L'OCDE avait publié cette liste le 2 avril, dans la foulée du sommet du G20 qui entendait faire pression sur les paradis fiscaux en les menaçant de sanctions.

Communiqué officiel ministère fédéral Belge des finances

Service Public Fédéral FINANCES
Bruxelles, le 16 juillet 2009
SECRETARIAT DU
VICE-PREMIER MINISTRE ET
MINISTRE DES FINANCES

Cellule Presse et Communication
COMMUNIQUE DE PRESSE
La Belgique sort de la liste grise de l’OCDE
Le Vice-Premier Ministre et Ministre des Finances Didier REYNDERS a signé ce jour trois nouveaux accords internationaux comportant des dispositions qui répondent entièrement à la norme de l’OCDE en matière d’échange d’informations bancaires.
Ces trois signatures permettent à la Belgique de répondre dès aujourd’hui à la norme de 12 conventions proposée par le G20 au début d’avril 2009 en matière d’échange d’informations bancaires. Notre pays pourra ainsi de sortir de la « liste grise » publiée le 2 avril 2009 par l’OCDE dans le même contexte.
Il est évident que les efforts consentis par la Belgique en la matière ont reçu un accueil très favorable au forum mondial et que ces évolutions ne sont que tout profit pour l’image internationale de notre pays.
On notera également que la sortie de la Belgique de la liste grise réduit également la menace pour notre pays de faire l’objet de sanctions que le G20 en particulier avait envisagées en avril dernier à l’encontre de pays ne répondant pas à la norme de l’OCDE en matière d’échange d’informations, en vue de garantir la pérennité des finances publiques et les systèmes financiers. En outre, la réunion de 19 pays organisée à Berlin le 23 juin 2009 à l’initiative de l’Allemagne et de la France, a énuméré des mesures défensives, notamment le
refus d’accorder une déduction fiscale pour des paiements à des personnes établies dans des juridictions non coopérantes et la résiliation de traités avec des pays refusent de procéder effectivement à un échange d’informations.
Cellule Presse et Communication
Cabinet du Vice-Premier Ministre et Ministre des Finances : rue de la Loi, 12 – 1000 Bruxelles
Cet objectif d’avoir 12 accords signés prévoyant l’échange de renseignements bancaires est à présent atteint, puisque :
- Des protocoles ont été signés avec le Luxembourg et avec Singapour (ce matin même), avec Saint-Marin et les Seychelles (le 14.07.2009), le Danemark et la France (le 7.07.2009), l’Australie et le Royaume-Uni (le 24.06.2009) et les Pays-Bas (le 23.06.2009).
- Un accord spécifique en matière d’échange de renseignements fiscaux, prévoyant l’échange de renseignements bancaires, a été signé hier (15.07.2009) avec Monaco.
- Une convention générale préventive de la double imposition avec l’Ile de Man prévoyant l’échange de renseignements bancaires a également été signée ce matin.
- Enfin, la Convention du 27 novembre 2006 entre la Belgique et les Etats-Unis (en vigueur depuis le 28 décembre 2007) prévoyait déjà l’échange de renseignements bancaires.
On peut ajouter que 11 autres conventions générales (Botswana, Bruneï, Chine et Russie) ou protocoles additionnels (Allemagne, Bahreïn, Espagne, Finlande, Macao, Malte, Norvège), également conformes au standard de l’OCDE en matière d’échange de renseignements, ont été paraphés et devraient être signés prochainement et qu’une vingtaine d’accords (conventions, protocoles additionnels ou accords spécifiques) sont actuellement en cours de négociations (voir http://www.minfin.fgov.be/portail2/fr/index.htm ) .

David MARECHAL
Porte-parole
02/233.87.17

Communiqué OCDE

La Belgique progresse dans la mise en place des normes de l’OCDE en matière d’échange de renseignements fiscaux

16/07/2009 – Au cours de ces deux derniers jours, la Belgique a signé des protocoles amendant ses conventions fiscales avec le Luxembourg, Saint Marin, les Seychelles et Singapour ainsi qu’une convention fiscale avec l’Ile de Man et un accord d’échange de renseignements fiscaux avec Monaco.Du fait de la signature de ces 12 accords d’échanges de renseignements à des fins fiscales la Belgique franchit le seuil permettant à un pays d’être considéré comme ayant mis en place de façon substantielle la norme convenue au niveau international dans ce domaine. En conséquence, le Rapport d’étape, initialement publié conjointement par le Secrétariat de l’OCDE et le G20 le 2 avril 2009, a été mis à jour. La Belgique fait son entrée dans la catégorie des ‘Juridictions qui ont mis en place de façon substantielle la norme fiscale convenue au niveau international.’Après avoir levé ses réserves sur la norme de l’OCDE en matière d’échange de renseignements en mars 2009, la Belgique a agi avec une grande célérité. Conformément à l’esprit et à l’objectif de cet effort collectif, la Belgique a écrit à plus de 100 pays pour leur proposer de conclure des protocoles en vue de la mise à jour l’Article 26 de ses conventions en vigueur ou la conclusion de nouveaux accords d’échange de renseignements. Ces efforts portent à présent leurs fruits et d’autres signatures sont attendues prochainement.Le Secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría, encourage les autres pays contactés par la Belgique à répondre rapidement à l’invitation de mise à jour de la clause concernant l’échange de renseignements de leurs accords bilatéraux. ‘La Belgique a rapidement traduit ses engagements par des actes et j’encourage tous les pays à répondre à la Belgique avec la même rapidité et la même efficacité.'Saluant ces accords, M.Gurría a déclaré : ‘La Belgique a fait preuve de rapidité dans la mise en place desnormes de l’OCDE en matière d’échange de renseignements. Nous saluons les efforts mis en œuvre par nos collègues belges qui ont travaillé sous la conduite et le dynamisme du ministre des Finances Didier Reynders.'Pour plus d’informations concernant les accords fiscaux de la Belgique, les journalistes sont invités à consulter le site internet du ministère des Finances belge http://www.minfin.fgov.be/ ou à contacter au service de presse du ministère Arie Geens (tél + 32 2576 3369). Pour joindre l’OCDE, merci de contacter Jeffrey Owens, Directeur du Centre de politique et d’administration fiscales (tél: + 33 1 45 24 91 08).Pour plus d'informations, visiter www.oecd.org/fiscalite et www.oecd.org/fiscalite/fraude


Source: Ministere des finances Royaume de Belgique
Photographie: MR, Tous droits réservés

Sunday, July 26, 2009

Albert FRERE, le baron roi de la finance! Par Didier REMER

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"Albert FRERE, aujourd'hui âgé de 83 ans sait que son fils sera en retraite avant lui!"

Finance Offshore va vous relater un bien trop court résumé (par ailleurs impossible) de l'histoire fantastique d'un homme qui d'une main de maître, a révolutionné toutes les idées reçues sur la finance en Europe et trés vite dans le monde...

"Petit joueur, grande claque!"

Depuis toujours j'empreinte l'expression d'Albert FRERE au quotidien quand le besoin s'en fait sentir! Car Albert FRERE est celui que beaucoup jalousent quand ils sont bien souvent les premiers à lui avoir tiré "dans les pattes"! Et comme pourrait le dire justement le Baron de Gerpinnes en Belgique: "Petit joueur, grande claque!". Car il n'est pas du genre à se laisser intimider, ceux qui un jour se sont essayés à cette faiblesse en gardent l'amère expérience d'une déconfiture assurée... Mais qui est cet homme aux talents multiples? Un diplômé de Harvard? Paris Dauphine? UCL de Louvain? Peut être de l'Université de Genève? Non, rien de tout cela! Mais juste un autodidacte, un homme au franc parler, un redoutable stratège qui par le croisement capitalistique a exploré les "joies" du cheval de Troye (avant celle du Cheval Blanc, grand cru classé du Bordelais qui deviendra sa propriété!) homme d'affaires qui sait comment s'inviter dans le capital d'un grand groupe en étant actionnaire minoritaire pour phagocyter un conseil d'administration qui, souvent un peu trop certain de lui, ouvrira la porte à la subtile stratégie d'un monsieur FRERE que rien n'arrête.

Luxembourg

C'est dans ce petit pays que le Baron aura fait ses plus beaux coups, en tous cas ceux qui lui ouvriront la voie royale, celle de voir un jour, bien des années plus tard, le Roi des Belges en personne élever ce brillant personnage au rang de Baron, rien que ça! Loin sont les Madoff et autres Jerôme Kerviel, Albert FRERE, conjugue bien l'art et la manière. Ce fils de patron d'une petite entreprise de Belgique, il devra reprendre le flambeau pour que l'aventure familiale continue... Il fera ses premières armes en s'appliquant une discipline de fer, justement l'entreprise familiale s'y connaissait dans le fer, le fil barbelé, les clous... Il développera l'activité et s'intéressera au grand nom de la métallurgie de son pays pour reprendre une partie de ses activités dont certains ne voulaient plus... Lui reprendra et bien sûr revendra au bon moment!

Carolo

C'est un "Carolo", vous savez ces belges plutôt sympathiques qui viennent du coin de Charleroi. Plus tard on le vera souvent à Luxembourg, lorgnant sur la Compagnie Luxembourgeoise de Télédiffusion (CLT) dont il prendra vite la mesure du potentiel, rassurez-vous, les rênes aussi... On lui doit l'émulation de ce qui est devenu le plus grand groupe médias d'Europe, aujourd'hui, RTL Group, dont il aura boucler un des plus beaux deals avec Bertelsman l'allemand... Et quelques beaux succès comme la création de Métropole TV en France, c'est à dire M6 aujourd'hui. Albert FRERE, c'est l'homme "hors de l'establishment", il sera vite sollicité par tous ceux qui étaient les premiers à le critiquer, quand ils ne lui mettaient pas les bâtons dans les roues... Le Baron est un homme que ses amis et fidèles lieutenants qualifient comme un bon vivant, chasseur de sangliers mais également de mondanités à Saint-Tropez, histoire de s'amuser de ce royaume des apparences pour celui qui vient d'une autre galaxie... Il avait longtemps son quartier général avenue Fosh à Paris, mais c'est à Gerpinnes que l'homme se ressource, dans un autre royaume, celui des vérités! C'est là aussi que trône la Compagnie Nationale à Portefeuilles (CNP, rien à voir avec l'assureur), le véritable QG de la machine Albert FRERE. J'aimerais bien connaître son sentiment sur cette crise, comment il perçoit cette étape et pour lui quels sont les remèdes qu'il faudrait entrevoir, car ce roi de la finance pourrait bien encore conseiller quelques pointures qui venant d'un certain sérail "formaté" n'auront peut-être jamais la présence d'esprit d'un homme résolument hors du commun! pour Albert FRERE: -" Tout le monde est responsable, y compris les Etats. Alors aujourd'hui, le renforcement de la coopération internationale dans le cadre notamment du G-20, me paraît être une bonne chose. C'est un signe positif qui contraste fortement avec la situation des années 30.", (telle est en substance sa réponse que vous pourrez découvrir dans une interview de la RTBF à la suite dans ce message). Je suis toujours amusé de voir des pointures de la finance qui ne connaissent absolument pas le baron Frère, c'est dire le vide qui s'annonce... Il me vient l'envie de vous citer ce "patron" d'une grande banque à Paris ou je m'essayais à la finance de haut vol (sans mauvais jeu de mots) qui ne connaissait même pas le baron et de lui avoir répondu, je suis "que de passage", mais alors vous, je n'imagine même pas... Un an plus tard le groupe rentrait au bercail avec un des plus cuisant échec, revanchard? Absolument pas, mais tout juste réaliste... Car c'est bien ce qui caractérise la différence avec cette époque, je pourrais vous parler des amitiés de monsieur FRERE en affaires, car il ne fait pas dans la dentelle avec ceux qui trahissent sa précieuse confiance. Je pense à ses amitiés canadiennes, je pense à paul Desmarais, amitiés bien plus sérieuses et de qualités, elles sont à l'origine de ses meilleurs coups de maîtres... Mais pour cela, les plus curieux d'entre-vous iront se renseigner, et s' ils le font c'est déjà gagné, ils pourront peut être s'inspirer d'un parcours exemplaire! Voici quelques articles trés intéressants sur le Baron FRERE, ils devraient pouvoir vous éclairer sur ce personnage qui comme vous vous en êtes aperçu me laisse en rien indifférent... Le premier est une inerview forte intéressante de nos amis de la RTBF, je pense qu'aprés sa lecture vous allez mieux comprendre... Bonne lecture!




C'est un entretien exceptionnel et exclusif: Albert Frère a ouvert les portes de son bureau à Michel Visart (RTBF). Le Belge le plus riche du royaume répond à toutes les questions, sans tabou ni concession.
15.05.09 - 08:31

 
Qui est Albert Frère ? "Malgré l'attachement à ses racines, Albert Frère est l'un des rares patrons européens à avoir parfaitement intégré l'idée d'une Europe sans frontière (...) n'hésitant jamais à vendre les plus grands noms belges à des étrangers" écrivait The Economist en avril 2006. Cette année-là, le Carolo de naissance intégrait la liste des plus grandes fortunes mondiales établie par le magazine Forbes.

Albert Frère, c'est un bout d'histoire de Belgique et un acteur omniprésent de l'économie des 40 dernières années. A la tête de la sidérurgie wallonne hennuyère dans les années 60, il sent le vent tourner avant tout le monde et s'y désengage avant le déclin de cette industrie. Il investit dans la finance en rachetant le Groupe Bruxelles Lambert qui inclut encore la BBL à ce moment-là avant de revendre à l'Hollandais ING. Il s'offre Petrofina avant d'intégrer la compagnie au Français Total. Il s'empare de la CLT (RTL) avant de la céder à l'Allemand Bertelslman. Il entre dans Suez en 1998 et est aujourd'hui le deuxième actionnaire derrière l'Etat français. Il est présent dans plusieurs autres sociétés cotées à la bourse de Paris comme Lafarge et Imerys. A 83 ans, le baron Albert Frère - il fut anobli par le roi Albert II en 1994 - est une personnalité qui compte en Belgique.


Interview réalisée par Michel Visart. La retranscription de l'entretien a été rédigée par Chantal Bodson.
Michel Visart :
- Albert Frère, bonjour.
Albert Frère :
- Bonjour.

Michel Visart - Une toute première question, on est encore, on l'a vu cette semaine, en pleine crise bancaire. Toutes vos participations sont industrielles, c'est parce que vous préférez l'industrie aux services financiers ou que vous avez peur des services financiers ?
Albert Frère- Ca fait longtemps que nous avons quitté les services financiers. Rappelez-vous, nous étions intéressés dans BBL, entre-temps, devenue ING, banque internationale à Luxembourg, Ansbacher à Londres, Drexel Burnham Lambert, je ne vous les ai donc pas citées dans l'ordre chronologique et tout doucement, nous nous en sommes séparés parce que le secteur bancaire est un secteur que je connais mal. Et j'ai l'intention, nous l'avons toujours prouvé d'ailleurs, de m'intéresser dans des choses que je comprends. Nous n'avons pas été pris dans le "subprime" parce que je ne comprends pas ces choses-là.

Michel Visart - Et donc vous vous êtes toujours un peu méfié finalement du secteur bancaire ?

Albert Frère - Oh, je ne dis pas que je m'en suis toujours méfié mais c'est tout comme.


 

"Baudouin, tu es maintenant à moitié Belge"

 
Michel Visart - Dans le dossier Fortis, vous êtes apparu officiellement à la fin, vous avez pris une position avant la dernière assemblée générale, on ne vous a pas entendu officiellement avant mais, question très directe, vous avez joué un rôle dans l'ombre, on connaît vos liens avec la BNP-Paribas ?
Albert Frère - Je ne pense pas avoir joué un rôle ; je me suis exprimé le moment venu et pour tout vous dire d'une manière très simple, très schématique, je crois qu'il valait mieux s'adosser à une banque telle que BNP-Paribas, que choisir l'aventure. BNP offre certainement, je l'ai dit, je le répète, des garanties. Le reste, c'est peut-être très aléatoire.
Michel Visart - Mais est-ce que la Belgique n'a pas, une fois encore, bradé quelque part son patrimoine en laissant partir Fortis Banque à l'étranger ?
Albert Frère - Brader son patrimoine, là je vous répondrai tout simplement, est-ce que les actionnaires de Petrofina se plaignent aujourd'hui ? Je ne le pense pas. Est-ce que les actionnaires de Suez qui ont donc hérité des Suez au lieu des Electrabel-Tractebel, se plaignent ? La Belgique est un petit pays, n'avait pas les moyens, n'a jamais eu les moyens d'investir, de trouver l'argent pour sauver ses industries.
Michel Visart - Mais justement, vous citez des sociétés dans lesquelles, vous êtes clairement impliqué, que vous connaissez bien, est-ce que vous n'avez pas participé à ce départ qui quand même, enlève des centres de décision de la Belgique ? Par exemple, Total, ça se décide à Paris ; tout ce qui est énergie maintenant, ça se décide également à Paris chez Suez.

Albert Frère - Je ne suis pas tellement certain en ce qui concerne l'énergie, je ne partage pas votre point de vue. En ce qui concerne Total, on a pris la précaution de garder malgré tout des centres de décision. En ce qui concerne la recherche, le centre de décision est encore à Feluy. Si vous regardez maintenant les investissements, les investissements d'Anvers, la raffinerie d'Anvers constitue incontestablement un fleuron chez Total. C'est probablement la meilleure raffinerie du groupe Total. Elle est aujourd'hui up to date et Total a procédé à tous les investissements qu'il fallait.

Michel Visart - Et pour le cas de GDF-Suez, on l'a vue encore cette semaine-ci avec l'entrée d'EDF dans le capital de la SPE, est-ce que le fait que l'énergie en Belgique, soit quelque part aux mains, si je puis dire, de l'Etat français qui est largement actionnaire dans EDF comme GDF-Suez, c'est quand même pas un risque ?

Albert Frère - Vous ne pensez pas un seul instant que l'Etat français va intervenir dans la gestion de nos centrales électriques, au contraire, je le répète et voyez Jean-Pierre Hansen, il est le maître ! Bien sûr, il rend des comptes à Paris, mais quand même, les décisions se prennent en Belgique et non pas, contrairement à ce que vous dites, non pas à Paris. Jean-Pierre Hansen bénéficie d'une grande, grande autonomie.

Michel Visart - Et quand vous-même, vous participez au conseil d'administration de ces grandes sociétés qui sont françaises, vous défendez bien sûr les intérêts de votre groupe mais vous défendez également les intérêts belges ?

Albert Frère - Mais absolument, si nous prenons le cas justement de Fortis, j'ai déjeuné hier midi avec Baudouin Prot et je lui ai encore dit, Baudouin, n'oublie pas que tu es à moitié Belge, maintenant et que la 'belgitude', j'y tiens beaucoup. Cela a été dit en face de témoins.

Michel Visart - Et vous avez l'impression que c'est un message qui passe à Paris ?

Albert Frère - Incontestablement, c'est un message qui passe et en ce qui concerne Baudouin Prot, il m'a dit, je me sens effectivement de plus en plus Belge et je le crois ; je ne pense pas que ce soit des propos de circonstances.

Michel Visart - Et alors, question très directe, on dit parfois, Albert Frère a soldé la Belgique à la France, pas du tout d'accord, bien sûr ?

Albert Frère - Je ne suis pas d'accord, je ne peux pas empêcher mes détracteurs de le dire, mais les résultats sont là. Les résultats sont là, les entreprises sont toujours présentes et il n'y a pas eu de bain de sang social et elles continuent à investir. Donc pour moi personnellement, je pense que la Belgique n'avait pas les moyens de financer toutes ces entreprises et aujourd'hui, le fait que Total, que BNP Paribas ait repris Fortis, je crois que c'est une bonne chose. Mais je concède que les Belges et moi en particulier, nous devons nous montrer vigilants, voilà mon sentiment sur le sujet.


 


La crise ? Les arbres ne grimpent pas au ciel !

Michel Visart - Autre grand débat qui va revenir dans l'actualité chez nous, c'est tout le débat nucléaire. Alors là vous êtes évidemment un peu juge et partie, bien entendu, mais est-ce que vous pensez que c'est un débat qui doit au minimum, être ré-ouvert chez nous et prendre une autre orientation de ce qui a été décidé ?

Albert Frère - Incontestablement, moi je crois qu'aujourd'hui, la production d'électricité, c'est un mix. Ce sont d'abord nos centrales traditionnelles mais c'est également le nucléaire et le renouvelable. Je ne le conteste pas du tout, du tout, mais est-ce que vous croyez que l'on peut se passer aujourd'hui du nucléaire ? Je n'ai pas l'impression. De plus, vous voyez que la France construit une centrale nucléaire à Flamanville, elle est en cours, bientôt le deuxième EPR, peut-être le troisième, la France y vient, l'Italie, l'Angleterre, les pays du Golfe, serions-nous les seuls à ne plus vouloir du nucléaire ? Je crois très objectivement que nous devrons revoir la position de la Belgique. Autre chose, si la Belgique ne veut pas du nucléaire, on le fait en France et nous importerons notre énergie de France. Est-ce la bonne solution ? Je vous pose la question.
Michel Visart - Nous sommes en pleine crise financière et économique, elle est gravissime, vous l'aviez vue venir ?
Albert Frère - Non, je savais qu'un jour, il y aurait un ralentissement. Les arbres ne grimpent pas au ciel. Mais je n'imaginais pas qu'elle serait aussi profonde.
Michel Visart - Quelles en sont à votre avis, les principales causes ? On a évidemment parlé des subprimes aux Etats Unis, ce sont les seuls responsables ?
Albert Frère - Oh, les origines de la crise, sont multiples. On peut citer l'abondance de liquidités, le crédit facile, donc, une innovation financière qui n'était pas maîtrisée, peut-être surtout une confiance excessive dans la capacité de l'économie mondiale de fonctionner sans implications politiques fortes.
Michel Visart - Et à votre avis, la responsabilité, c'est au niveau des acteurs financiers, est-ce que les Etats sont également responsables ? Donc qui est responsable, à votre avis, de cette crise ?

Albert Frère - Tout le monde est responsable, y compris les Etats. Alors aujourd'hui, le renforcement de la coopération internationale dans le cadre notamment du G-20, me paraît être une bonne chose. C'est un signe positif qui contraste fortement avec la situation des années 30.

Michel Visart - Alors vous êtes depuis des années, un acteur majeur de l'évolution de notre économie, est-ce que vous pensez que cette crise doit nous amener à revoir le système fondamentalement et à repenser cette économie de marché, cette économie capitaliste ?
Albert Frère - Incontestablement, mais le travail qui est fait maintenant et dont prennent conscience tous les pays, y compris les Etats Unis, surtout les Etats Unis et l'arrivée de Monsieur Obama, devrait faciliter les choses. Je crois que nous en avons conscience et que c'est une chose qui doit aujourd'hui prévaloir. Le G-20 me paraît être la bonne entente pour changer la situation.
Michel Visart - Et notre système ne doit pas être revu par rapport à une croissance à tout prix ? Est-ce qu'on ne va pas un peu dans le mur ?

Albert Frère -
La croissance à tout prix, aujourd'hui, la croissance, elle n'existe plus. Donc vous avez parfaitement raison en disant que nos autres systèmes doivent être revus.
Michel Visart - Et dans quel sens, on peut aller ?

Albert Frère - Je vous dis, la collaboration entre les pays, éviter le protectionnisme en tout cas et pour le surplus s'atteler à la tâche, mais si je prends le cas de la France, entre autre, de bonnes mesures ont été prises. Et l'implication de Monsieur Sarkozy à ce niveau-là, est une très bonne chose. Rappelez-vous d'ailleurs l'implication, je viens de le dire, de Monsieur Sarkozy, lorsque la France avait la présidence de l'Union Européenne.

 


"Comme Molière qui est mort sur scène ?"


Michel Visart - Alors comment votre groupe avec ses deux fers-de-lance que sont GBL et la Compagnie Nationale à Portefeuille, comment traversent-ils la crise ?

Albert Frère - Nous la subissons, nous faisons le gros dos. Nous avons pratiqué pas mal d'amortissements mais nous ne sommes pas en tout cas, plus malheureux que les autres, je crois même que nous sommes mieux lotis mais encore une fois, je peux vous dire tout simplement que nous faisons le gros dos en attendant des jours meilleurs.

Michel Visart - Pour certaines participations, vous avez dû participer à des augmentations de capital, c'est le rôle de l'actionnaire en cas de coup dur, de faire le gros dos et d'aider ses entreprises ?

Albert Frère - C'est tout au moins, ainsi que nous concevons notre rôle. Nous sommes là et nous l'avons prouvé, nous sommes des actionnaires professionnels et nous sommes là pour aider les entreprises lorsqu'elles ont besoin d'argent, d'être recapitalisées. C'est le cas de Lafarge en France ; c'est également le cas de Pernod Ricard et c'est le cas d'Imerys.

Michel Visart - Et dans ces 3 cas justement, vous n'êtes pas inquiet pour le futur ? Est-ce que ces trois entreprises sont capables de traverser cette crise dont on ne sait pas très bien combien de temps, elle va durer ?
Albert Frère - Nous l'avons fait en étant convaincu qu'il fallait le faire, que ces entreprises qui sont tout de même des entreprises industrielles de renom, en sachant que ça reviendra, la crise n'est pas éternelle. Et entre-temps, nous donnons les moyens pour subsister mais je ne me fais aucun souci à propos de la bonne santé de ces entreprises... bonne santé, à revenir.
Michel Visart - La CNP est dans le rouge au premier trimestre mais on sait qu'une crise, c'est aussi parfois des opportunités pour des acquisitions intéressante. Un, est-ce que vous en avez actuellement les moyens ? Et deux, est-ce que vous en avez surtout la volonté ?
Albert Frère - Je commence par la fin, nous avons les moyens puisque nous avons la chance dans l'une et l'autre entreprise, d'être 'rich cash' ou de 'cash rich'. Ceci étant, les opportunités devraient se présenter et nous ne ratons aucune occasion d'examiner les dossiers.
Michel Visart - Donc vous gardez vous et votre équipe bien sûr, l'oeil ouvert ?

Albert Frère - Absolument, non seulement, nous gardons l'oeil ouvert mais nous gardons l'espoir.

Michel Visart - Alors Albert Frère, une dernière question, vous avez 83 ans, si je ne me trompe pas, maintenant, vous n'avez jamais envie de passer les rênes ?
Albert Frère - Pourquoi voulez-vous que j'ai envie ? A ce sujet-là, d'ailleurs une anecdote, lorsque vous posez la question à mon fils Gérald, est-ce que votre père va prendre sa retraite ? Réponse laconique pleine d'humour: mon père ne l'a prendra pas, je la prendrai avant lui !
Michel Visart - Votre rêve, c'est Molière qui est mort en scène ?

Albert Frère - Oui, laconiquement, oui.

(M. Visart avec C. Bodson et H. Messoudi)


Source: RTBF © Copyright 2009 Tous droits réservés


Selon Wikipedia...



Parti de rien, sans diplôme (la légende veut qu'il ait commencé à vendre des clous), Albert Frère fit, dès l'âge de 30 ans, l'acquisition d'entreprises actives dans la sidérurgie wallonne, en particulier dans la région de Charleroi. Dès la fin des années 1940, il construit les bases de sa fortune sur le commerce de l’acier, puis sur la sidérurgie et particulièrement CARLAM. Notamment, Albert Frère vendit de l'acier dans les pays communistes apres la guerre de Corée, profitant des prix élevés et de la pénurie, selon son biographe José-Alain Fralon.Lorsque s'est annoncée dès la fin des années 1970 la crise de l'acier, il vendit ses entreprises sidérurgiques à l'État belge (voir notamment John Cockerill).
Après l’acier, il réinvestit alors le capital libéré en s'intéressant à la banque, l’assurance, l’énergie, les médias... Il crée en
1981, avec l'aide du financier canadien Paul Desmarais, le holding suisse Pargesa, profitant du chaos créé par les nationalisations du Gouvernement socialiste de Pierre Mauroy.
Albert Frère achète en
1982 le Groupe Bruxelles Lambert (GBL). GBL est en 2005 détenteur de participations dans Bertelsmann (à hauteur de 25,1 %) qu'il va vendre le 1er juillet 2006 pour 4,5 milliards d'euros, la compagnie pétrolière Total (à hauteur de 3,6 %, via ses participations premières dans Petrofina), le groupe financier et industriel Suez (à hauteur de 7,2 % ; 8,3% en 2006), le groupe de matériaux Imérys (à hauteur de 26,4 %) et le cimentier Lafarge (15%), dans lequel sa participation monte sensiblement depuis la fin de 2005. Entre 1986 et l'été 2004, il a pris, via sa société CNP, le contrôle des éditions Dupuis, depuis revendues au groupe Média-Participations.
En
2007, la fortune d'Albert Frère était estimée à 3,1 milliards d'euros . Frère est le seul Belge présent dans la liste des personnalités les plus riches du monde, établie par le magazine Forbes. Fin 2005, il rachète le groupe de restauration Flo à Jean-Paul Bucher, mais cède Quick en 2007. Il fut anobli et titré baron par le roi Albert II de Belgique en 1994.
Très influent dans les cénacles de la finance parisienne, le baron Frère, qui se partage entre
Paris et Gerpinnes, cultive aussi un goût éclectique pour les œuvres d’art et les grands crus (voir le Château Cheval Blanc). Il a récemment pris pied dans le prestigieux groupe Taittinger. Albert Frère est membre du Jockey Club de Paris.


Photographie: Tous droits réservés pour tous pays. (CNP).

G20:ABBL VS Le cercle:Le Luxembourg exploite les pays pauvres? Par Didier REMER

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"Pour le Cercle de coopération, ONG, Luxembourg exploiterait (?) les pays pauvres..."
Le Luxembourg qui vient d'être dégrisé par l'OCDE fait encore l'actualité comme paradis fiscal s'il on en croit la missive du Cercle de Coopération, ONG à Luxembourg. Dans une enquête, le cercle n'hésite pas à porter de graves accusations sur le rôle que pourrait tenir Luxembourg et ses différents opérateurs de la place financière. Véritable réquisitoire de l'ONG contre les acteurs de la place comme les nombreux hedge funds, mais qu'en est-il de la réalité objective? Pour Finance Offshore, l'enquête du cerle souffre d'un manque cruel d'informations vérifiées, en effet comme l'ABBL, Finance Offshore considère que cette étude est imprécise et parfois même plus proche d'une caricature à charge, des chiffres sont clairement faux et contraire aux études sérieuses du FMI et de l'OCDE. Car certains points évoqués sont en partie réels mais représentent une trop infime partie des pratiques de la place financière. Car le Luxembourg a toujours été en pointe sur les questions éthiques, même si la récente actualité depuis le G20 de Londres s'est largement consacré au sort des paradis fiscaux ou évoqués comme tels par certains... Inutile de préciser que les nombreux professionnels de la place ne peuvent considérer cet état des lieux comme un travail de qualité, il est tout juste une entreprise de désinformation bien que soulignant des réalités plus que marginales. Je vous laisse lire le résumé du Cercle de coopération et la réponse éclairée de l'ABBL qui ne ménage pas ses efforts pour recadrer les "enquêtes fantaisistes" et improductives pour les objectifs éthiques qu'elles souhaitent porter...
Recommandations du Cercle de Coopération
Discussion sur les paradis fiscaux:
Le cas du Luxembourg
La perspective du développement
 
 
Rainer Falk
Luxembourg juillet 2009
 
 
Résumé et Recommandations
Le bon fonctionnement des systèmes fiscaux est un élément primordial de la politique de développement. C'est notamment le cas de la collecte des impôts dans les pays en développement, et de leur capacité à contrôler et prévenir l'évasion fiscale et la fuite des capitaux. L'imposition est le principal outil de mobilisation interne de ressources financières pour le développement. Dans la coopération bilatérale au développement, l'aide à la mise en place de systèmes fiscaux gagne progressivement en importance. Parallèlement, la coopération internationale en matière de politique fiscale revet depuis peu une importance croissante.
L'efficacité de la coopération fiscale est toutefois inversement proportionnelle à l'importance qu'on lui accorde. Lors des conférences internationales, comme la 2eme Conférence de l'ONU sur le financement du développement à Doha, fin 2008, ou la Conférence de l'ONU sur la crise économique et financière mondiale et ses impacts sur le développement de New York, en juin 2009 , des voix s'élèvent pour réclamer un renforcement du cadre institutionnel de la coopération fiscale internationale sous l'égide des Nations Unies. Les initiatives concrètes se limitent cependant aux organisations dominées par les pays du Nord, comme l'OCDE, aux organisations régionales, comme l'Union européenne, et aux conventions fiscales bilatérales, notamment les différentes conventions relatives à la double imposition.
Pendant ce temps, les pays en développement perdent chaque année des milliards : les particuliers fortunés préfèrent transférer leur fortune à l'étranger et les entreprises agissant à l'échelle multilatérale contournent l'imposition fiscale sur certains sites via la politique de prix de transfert. Les estimations des pertes subies par les pays en développement en raison de l'évasion fiscale varient entre 64-124 et plus de 1000 milliards de dollars en fonction des éléments pris en compte : fortunes privées, transferts de capitaux des entreprises ou "flux financiers illicites" ( "illicit transfers") en général.
Le Luxembourg fait partie intégrante d'un système financier de plus en plus mondialisé, l'évasion fiscale est à l'ordre du jour. En tant que place financière, le Luxembourg est intégré au système financier international en tant qu'acteur dans les secteurs "Private Banking" et "Wealth Management" (15% de part de marché pour les patrimoines gérés "offshore"), en tant que site international pour les fonds d'investissement (leader en Europe) et de par sa position évidente de pays d'accueil et de transit pour les investissements directs Ètrangers (IDE). Cette Étude démontre entre autres qu'à elle seule, la gestion des fortunes privées au Luxembourg entraîne des pertes de 2,5 milliards de dollars pour les pays en voie de développement, soit plusieurs fois la somme dépensée par le Luxembourg dans le cadre de l'aide au développement (409 millions de dollars). De plus, de par sa position de pays d'accueil et de transit pour les investissements directs étrangers, le Luxembourg offre l'environnement idéal pour les stratégies de l'évasion fiscale des entreprises transnationales.
La position officielle, qui fait plus ou moins l'unanimité chez les politiques et selon laquelle le Luxembourg ne serait pas un paradis fiscal, est pour le moins contestable. Elle est facile à réfuter, ce même selon les critères fixés par l'OCDE. L'application des normes de l'OCDE dans les Conventions de double imposition en cours de négociation (qui a conduit à la suppression du Luxembourg de la "liste grise" de l'OCDE) ne change rien au fait que le Luxembourg présente nettement les traits d'un paradis fiscal. En effet, le secret bancaire n'est levé qu'en cas de soupçons concrets et spécifiques, voire sur demande expresse et individuelle des pays tiers. La politique officielle actuelle ne peut donc remédier aux problèmes d'image internationale de la place financière en favorisant la transparence et la justice fiscales.
Les principaux facteurs qui contribuent à mentionner le Luxembourg dans le contexte du débat sur les paradis fiscaux sont le secret bancaire pour les revenus du capital des non-résidents et le régime fiscal d'exception dont bénéficient les succursales des entreprises étrangères via l'ingénierie financière. Sous sa forme actuelle, le secret bancaire favorise et encourage l'évasion fiscale de pays tiers et rend le site attractif pour le placement d'argent sale, même si ceci reste difficile à démontrer en raison de l'opacité des flux de capitaux. Le régime fiscal d'exception dont bénéficient les entreprises étrangères reste l'un des facteurs principaux qui attirent le capital étranger au Luxembourg. On peut certes justifier ce dernier en invoquant la concurrence fiscale, reste que la frontière entre l'incitation à l'évasion fiscale et la concurrence fiscale sont floues. En outre, on peut se demander si l'on n'encourage pas ainsi un nivellement vers le bas difficilement justifiable en termes d'éthique et de politique de développement. Par ailleurs, en termes de répartition des richesses, une concurrence fiscale excessive n'est pas souhaitable.
Ces problêmes s'ajoute le fait que la plupart de nombreuses dérogations dont le Luxembourg bénéficie actuellement ont un caractère provisoire. C'est en particulier le cas des dérogations prévues dans le cadre de la directive sur la taxation des revenus de l'épargne qui autorisent le Luxembourg (de même que l'Autriche et la Belgique) à percevoir une retenue à la source au lieu de participer à l'échange automatique d'informations. La position récente visant à appliquer systèmatiquement la norme de l'OCDE, dont l'adoption a fait l'objet de nombreuses réticences, pour la taxation des revenus de l'épargne au sein de l'UE méconnait le caractère novateur du réglement de l'UE sur la taxation des intérêts de l'épargne et l'évolution du débat international concernant ces questions. Il serait illusoire d'espérer que la majorité des pays membres de l'UE acceptent une remise en cause de la directive sur la taxation des revenus de l'épargne.
Le débat sur la norme de l'OCDE et la directive de l'UE relative aux revenus de l'épargne est symptomatique de la politique luxembourgeoise, qu'on peut caractériser de défensive et axée sur la protection des particularismes nationaux dans un environnement international en pleine évolution. En d'autres termes : la stratégie adoptée au niveau international vise avant tout à gagner du temps.() On peut cependant se demander si une politique fiscale internationale plus proactive ne servirait pas mieux les intérêts du pays à long terme. Ceci d'autant plus que les actuels problèmes d'image de la place financière, la pression internationale croissante et la nouvelle place qu'occupe la fiscalité dans la politique d'aide au développement pourraient à long terme affecter également les domaines ou la politique du Luxembourg a eu un impact positif au cours des dernières années. C'est notamment le cas l'augmentation de l'aide publique au développement à plus de 0,7% du revenu national brut qui fait du pays un modèle en matière d'aide au développement. Dans le contexte des rapports Nord-Sud, une place financière tournée vers l'avenir devrait s'inspirer du principe : "Il faut non seulement donner davantage, mais aussi prendre moins".
Une politique proactive visant à assurer la pérennité de la place financière peut s'appuyer sur certains atouts du secteur financier local : une politique de produits novatrice, une capacité à tirer parti de l'avantage du "first mover" et, surtout, le potentiel que représentent l'expérience, les compÈtences et l'expertise acquises. Ces facteurs rendent le site attractif en tant que fournisseur de services financiers, ce indépendamment des dérogations fiscales.
Certes, cette politique active ne peut se résumer à la promotion de produits intelligents et innovants (même si ces derniers devaient mettre l'accent sur les "investissements éthiques" ou la promotion de microcrédits), ni à une simple promesse de contribuer, au niveau international, à la lutte contre les niches fiscales. L'essentiel serait d'accepter la remise en cause du fonctionnement de la place financière et de sa compatibilité avec le développement mondial, notamment concernant le rôle du secret bancaire ou du régime fiscal d'exception. La mise à disposition d'informations supplémentaires serait également essentielle : ainsi, il serait judicieux de publier non seulement l'origine et la destination des flux d'investissements directs, mais aussi les régions et pays d'origine des actifs gérés au Luxembourg.
Ces questions, parmi d'autres, pourraient faire l'objet d'enquêtes au sein d'une commission nationale indépendante. La crédibilité d'une telle commission dépendrait aussi de la présence en son sein de personnes critiques à l'égard du système actuel.
D'autres éléments pourraient favoriser une approche plus proactive de la politique financière internationale :
En principe, la récente proposition d'Edmond Israel (cf. d'Letzebuerger Land, 15.5.2009) va dans le bon sens : le Luxembourg devrait prendre l'initiative d'une conférence fiscale internationale et favoriser à terme la mise en place multilatérale d'une organisation fiscale internationale compétente au niveau mondial pour les questions d'équité et de transparence du système financier. Cette derniére aurait, entre autres, l'avantage de ne pas exclure les pays en développement, contrairement aux organismes (OCDE, UE) ou les questions fiscales transfrontalières sont actuellement négociées.
Le Luxembourg devrait envisager d'adhérer à l'initiative "International Tax Compact" ("Pacte fiscal international") présentée à Doha et soutenue par la Commission Stiglitz. Afin de taxer de façon adèquate non seulement les revenus de placements privés mais aussi les bénéfices des entreprises, les entreprises transnationales devraient présenter leurs bilans par pays ("country-by-country reporting"). Ainsi, il leur serait plus difficile de dissimuler une partie des gains via les transactions internes ou de comptabiliser ces derniers là ou les impôts sont les plus faibles, notamment dans les paradis fiscaux. Cette comptabilité par pays pourrait être introduite dans le cadre d'un accord international ou mise en œuvre immédiatement par l'International Accounting Standards Board (IASB). L'IASB élabore des normes comptables pour les sociétés transnationales, normes qui sont ensuite transposées en droit national. Le Luxembourg pourrait, ici encore, jouer un rôle précurseur dans une telle initiative internationale.
Il reste probablement beaucoup de chemin à parcourir avant la mise en place d'une approche multilatérale. Le Luxembourg devrait donc adopter des stratégies de transition. Ces dernières pourraient reposer sur une sorte de "clause de la nation la plus favorisée" au profit des pays du Sud : si le Luxembourg fait des concessions sur l'échange d'informations dans le cadre de l'OCDE ou de la directive de l'UE sur la taxation des intérêts (sans ces concessions, la pérennité de la place financiére ne pourra être assurée), le Luxembourg devrait également mettre ces informations à la disposition des pays en développement afin de les soutenir dans leur lutte contre l'évasion fiscale. De même, le Luxembourg devrait reverser les revenus des intérêts de capitaux provenant des pays en voie de développement aux pays dont ils sont issus (comme c'est le cas dans le cadre de l'UE).
Le Luxembourg devrait réexaminer sa coopération bilatérale au développement et envisager d'investir davantage dans la mise en place d'un système de perception des impôts efficaces dans les pays partenaires. Parmi les mesures à promouvoir dans les pays en développement - ce particulièrement aprés la suppression de recettes douanières suite à la libéralisation du commerce - on peut citer la mise en place d'impôts directs progressifs, l'amélioration de la rémunération et de la formation des fonctionnaires des impôts et, plus généralement, la création et le développement des administrations fiscales dans l'optique du renforcement des capacités institutionnelles.





L’étude complète (en allemand) peut être téléchargée ici


HTTP:www.cercle.lu/article.php3?id_article=1296
 
Source: © Copyright 2009Tous droits réservés: Edité par le Cercle de Coopération de Développement au Luxembourg
13, av Gaston Diderich L-1420 Luxembourg tél: +352 – 26 02 09 11
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Voici la réponse de l'ABBL, qui ne fait pas la même lecture que celle du cercle de coopération sur la réalité du Luxembourg place financière internationale...


Communiqué de l'ABBL


Le Luxembourg n’exploite pas les pays pauvres
L'ABBL a pris connaissance du rapport fait au « Cercle de coopération » qui accuse le Luxembourg de soutirer aux pays en voie de développement des sommes considérables par des voies illégales ou pour le moins illégitimes.
L’association bancaire réfute les conclusions de cette prétendue étude qui n’atteint pas le niveau qu’une sérieuse discussion sur la répartition des richesses sur la planète mérite.Le document assimile sans grande distinction la fraude fiscale, la concurrence fiscale, le blanchiment, les problèmes des relations nord-sud ou encore les discussions inter-européennes sur la fiscalité de l’épargne. Il prête à la place financière des pratiques et des mécanismes fiscaux particuliers qui la distinguerait en tant que paradis fiscal et accuse implicitement les véhicules de droit luxembourgeois – et notamment aux fonds d’investissement - de servir à appauvrir encore les pays les plus pauvres. Il prétend aussi que les professionnels de la finance ignoreraient leurs obligations élémentaires d’identification de leurs clients.Cette présentation est totalement biaisée.Pour arriver à la conclusion que l’aide au développement luxembourgeoise serait inférieure aux prétendus dommages causés, le rapport cite sans fondement ni preuves des chiffres erronés ou inventés. Ainsi, il prétend que la place financière aurait récolté en provenance des pays en voie de développement quelque 500 milliards € d’argent fraudé, alors qu’elle gère en banque privée un total inférieur
à 300 milliards €.On peut d’ailleurs noter que rien ne permet de croire que les professionnels de la place auraient des relations très soutenues avec des clients de pays en voie de développement. Pour cela, il manque au Luxembourg les relations historiques avec ces pays dont certains de ses concurrents au passé colonial peuvent se prévaloir.Il n'est pas possible et ce n’est pas le rôle de l'ABBL de réfuter tous les éléments d'un rapport qui assimile des choses très distinctes, qui interprète faussement les faits, notamment dans les matières techniques fiscales, et qui cite des chiffres faux.Mais l’ABBL regrette fortement qu’après des attaques diverses à partir de l’étranger, il devient de bon ton aussi à Luxembourg d'attaquer le secteur phare de notre économie par un tissu malsain d’affirmations gratuites, de ouï-dire, de demi-vérités et de mensonges colportés. Elle le regrette d’autant plus qu’elle ne se soustrait aucunement à un débat en la matière et reste ouverte à tout échange de point de vues, que ce soit avec la presse ou avec les ONG.


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Saturday, July 25, 2009

BCE/G20 Pittsbgurgh: Les banques centrales dans la crise. Par Didier REMER

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Christian Noyer Gouverneur de la Banque de France
Dans le cadre préparatoire du futur G20 de Pittsburgh en septembre prochain aux Etats-Unis, Finance Offshore explore les différents grands dossiers qui seront à l'ordre du sommet. Pour cet opus nous allons revenir sur le rôle des banques centrales face à la crise. Leur action se doit d'être coordonnée et comme le précise le gouverneur de la banque de France, Christian Noyer, elles sont les acteurs majeurs de la lutte contre la crise. Je vous invite donc à vous replonger dans la conférence qui s'est tenue le 3 Juillet dernier (Europlace) à Paris pour mieux comprendre les enjeux que le G20 porte par son action avec la création récente du Conseil de stabilisation financière. C'est l'occasion de faire un état objectif de la situation, bonne lecture.

Les banques centrales dans la crise financière”
Christian Noyer,
Gouverneur de la Banque de France
Paris Europlace - Paris, 3 Juillet 2009

Mesdames et Messieurs,
C’est pour moi un grand plaisir de m’exprimer devant un auditoire d'une telle qualité.
Dès le début, les banques centrales ont été des acteurs majeurs de la lutte contre la crise financière. Dans l’ensemble, leur action a suscité une large approbation. Dans le futur proche, toutefois, le pilotage de l'économie dans un environnement de forte incertitude constituera une mission particulièrement délicate.
Il est donc opportun de réfléchir à l’orientation passée, présente et future de l’action des banques centrales.
J’aimerais aujourd’hui aborder les trois questions suivantes : la politique monétaire est-elle responsable de la crise ?
Comment évaluer les mesures prises jusqu’à présent par les banques centrales ?

Et, enfin, dans quelle mesure la crise modifie-t-elle notre représentation de leur rôle à l’avenir ?
La politique monétaire est-elle responsable de la crise ?

Les partisans de cette thèse tiennent habituellement le discours suivant : À la suite de l’éclatement de la bulle des valeurs boursières en 2000, les taux d’intérêts ont été maintenus trop longtemps à des niveaux trop bas.
Cette situation a incité les investisseurs à prendre des risques excessifs et leur en a donné la possibilité.
L’incitation à la prise de risques résultait du bas niveau des taux d'intérêt, la « course au rendement » ne pouvant être satisfaite qu’en réalisant des arbitrages en faveur d’actifs plus risqués et en accroissant le levier d’endettement. La possibilité de prendre des risques a été offerte par une liquidité abondante et unfinancement bon marché.
On reproche également à la politique monétaire d’avoir une réaction asymétrique aux évolutions des prix d’actifs. Les banques centrales ne chercheraient pas à s’opposer à la formation de bulles, mais seraient prêtes à remédier à leurs conséquences après leur éclatement. Les investisseurs ont donc été incités à penser que les politiques monétaires voleraient toujours à leur secours en cas de difficulté. La perception par les investisseurs de l’existence d'une telle « garantie implicite » au niveau macroéconomique ne pouvait qu'amener à des prises de risques excessives.

Ces arguments ne me paraissent pas totalement convaincants, pour trois raisons :

􀂃 Premièrement, dans la mesure où la crise a été déclenchée par des déséquilibres macroéconomiques, ses causes me semblent être plus du côté de l’économie réelle que de l’économie monétaire. En particulier, le bas niveau des taux d’intérêt nominaux entre 2002 et 2005 reflétait davantage la faiblesse des taux d'intérêts réels que des politiques monétaires permissives. En effet, quand les taux directeurs ont été progressivement relevés en 2004 et 2005, les taux à long terme n’ont pas suivi et la courbe des rendements s’est aplatie contre toute attente, créant le fameux « conundrum ». L’abondance d’épargne dans le monde, en particulier dans les économies émergentes, a empêché les taux réels d'augmenter, ce qui a entraîné des exportations de capitaux vers les Etats-Unis (et les déficits courants qui vont de pair) et exercé des pressions au plan mondial sur la partie à long terme de la courbe des rendements.
􀂃 Deuxièmement, la bulle tient en partie à des facteurs plus « structurels » tels que l’asymétrie des évolutions financières entre les économies émergentes et développées. Selon l’analyse de Caballero, entre autres, le monde souffre d’une « pénurie d’actifs ». L’offre d'instruments financiers sûrs et liquides est insuffisante pour satisfaire la demande, et cette offre est répartie de manière asymétrique dans le monde. Comme les Etats-Unis constituent le premier fournisseur d’actifs liquides et sûrs, ils attirent des entrées de capitaux, processus qui accroît les déséquilibres mondiaux. La demande excédentaire de ces actifs pousse leurs prix à la hausse, faisant apparaître des bulles financières. Le développement du secteur financier des pays en situation d’excédent pourrait largement contribuer à résoudre ce problème en réduisant cette pénurie d’actifs, et donc la probabilité d’apparition de futures bulles.

􀂃 Troisièmement, on ne peut nier que les faiblesses et les échecs des marchés financiers ont joué un rôle majeur dans l’apparition de la crise. Au cours des dix dernières années, l’innovation financière a été organisée pour « transformer » des instruments illiquides et risqués en actifs (en apparence) sûrs et liquides. Ce processus non soutenable s’est brutalement interrompu avec l’éclatement de la bulle du crédit. Au cours de cette période, les agences de notation, les règles comptables, les entités non réglementées et hors bilan ainsi que les très grandes insuffisances en matière de gestion des risques ont toutes contribué, volontairement ou involontairement, à fragiliser nos systèmes financiers. Ces faiblesses sont à l’origine de la crise. Si l’on y avait remédié à temps, la plupart des problèmes auxquels nous faisons face actuellement auraient pu être évités. La création d’un nouveau régime de fonds propres réglementaires et le renforcement de nos dispositifs de surveillance figurent au premier plan des efforts déployés au plan national et, pour l’Union Européenne, au plan européen. Ces efforts sont étroitement coordonnés au niveau mondial par le processus du G20 et le Conseil de stabilité financière nouvellement créé.
La réaction des banques centrales à la crise

L’histoire nous a enseigné que, faute d’une intervention rapide et énergique, les crises bancaires dégénèrent en dépressions profondes et durables. Ces leçons n’ont pas été oubliées par les autorités budgétaires et monétaires, et leur réaction, dans le monde entier, a, en effet, pris une ampleur sans précédent.
3 J'aimerais maintenant souligner trois caractéristiques des interventions des banques centrales.
􀂃 Premièrement, elles ont été rapides et décisives.

En effet, on peut dater le début de la crise du 9 août 2007, quand l’Eurosystème a fourni au marché interbancaire un soutien exceptionnel à hauteur de 95 milliards d’euros de liquidités. Avec l’intensification de la crise, ces interventions se sont multipliées et ont évolué ; je reviendrai sur ce point un peu plus tard. La détérioration de l’économie réelle et l’atténuation des tensions inflationnistes qui a suivi ont ouvert la voie à un net assouplissement de l'orientation de la politique monétaire. Dans la zone euro, à l'issue de sept baisses successives des taux directeurs, le taux des opérations principales de refinancement est revenu de 4,25 % en octobre 2008 à 1 % à l'heure actuelle.
􀂃 Deuxièmement, ces interventions ont été caractérisées par leur flexibilité et leur caractère très innovant.
Les banques centrales ont estimé qu’il était de leur mission d’éviter la paralysie de l’intermédiation financière et de préserver un fonctionnement efficace des mécanismes de transmission monétaire. Pour atteindre ces objectifs, elles ont considérablement développé et diversifié leurs outils et leurs instruments. Dans les pays où les marchés jouent un rôle important dans la distribution du crédit, elles ont créé un grand nombre de facilités nouvelles pour octroyer des financements et pour réduire les spread via l’acquisition de titres de créance privés et publics. Dans la zone euro, où le rôle des banques est prédominant, les interventions ont été conçues afin de garantir une alimentation du système par un flux de liquidités adéquat sans obstacles ni restrictions. Il est devenu banal de qualifier ces mesures de « non conventionnelles » et, en effet, elles le sont. Ce qui est important, toutefois, c’est qu’elles ne remplacent pas mais complètent les modifications « conventionnelles » des taux directeurs et peuvent être mises en oeuvre en parallèle. Autrement dit, il n’est pas besoin d’attendre que les taux directeurs deviennent nuls (ou atteignent leur « niveau plancher ») pour introduire des innovations dans la conception et la mise en oeuvre de la politique monétaire. Pour la zone euro, la modification la plus importante est intervenue en octobre 2008, lorsque le Conseil des gouverneurs a décidé l’allocation illimitée de liquidité aux banques au taux directeur. Bien qu’elle n’ait pas été présentée sous cet angle, à ce moment là, cette mesure apparemment technique a profondément transformé le cadre de la politique monétaire et a été l’amorce de l’adoption d’une approche non conventionnelle.
􀂃 Troisièmement, ces interventions se distinguent par une coopération et une convergence remarquables.

La plus importante réduction coordonnée des taux d’intérêt jamais observée a eu lieu le 8 octobre 2008 avec la participation de sept des plus grandes banques centrales. Un maillage serré d’accords de swap bilatéraux a permis de répondre rapidement et efficacement aux pénuries de liquidités sur les marchés bancaires et financiers internationaux. Enfin, la crise ayant déclenché un ralentissement synchronisé de l’activité et de l’inflation à l’échelle mondiale, les taux directeurs ont convergé vers des niveaux comparables et peu élevés. Les disparités qui subsistent s’expliquent par de faibles différences en termes de perspectives économiques et de systèmes financiers. Les conditions monétaires sont presque identiques : l’écart entre les taux du Libor et de l’Euribor 3 mois et 6 mois ne dépasse pas 50 points de base.
Je crois fermement que ces trois caractéristiques (rapidité, innovation et coopération) ont permis aux banques centrales de jouer un rôle décisif pour contenir la crise et limiter son incidence.
4 La crise a-t-elle modifié notre perception du métier de banque centrale ?

La bulle du crédit a déjà représenté un coût élevé pour nos économies et le niveau de vie des citoyens. Tout doit être entrepris afin d’éviter la répétition de telles conséquences.
Toutefois, les bulles sont des phénomènes complexes, difficiles à déceler, à empêcher et à combattre.
Pouvons-nous mieux faire à l’avenir et quelle peut-être la contribution des banques centrales ?
La crise a ravivé le débat ancien mais persistant sur l’attribution d’un objectif de la stabilité financière à politique monétaire en plus de son objectif principal de stabilité des prix. Les arguments sont bien connus, des deux côtés. Des idées nouvelles sont avancées concernant notamment l’incidence de la politique monétaire sur la transformation bancaire de créance à court terme en crédits à long terme et le levier d’endettement au sein du système financier. Il est souhaitable et sain que cette discussion ait lieu. Permettez-moi de vous confier ma propre réflexion à ce stade :
􀂃 L’objectif principal et prédominant de la politique monétaire doit demeurer le maintien de la stabilité
des prix. Toute dilution de cette mission fondamentale nous ramènerait trente ans en arrière et serait fortement préjudiciable à notre niveau de vie et à notre prospérité à long terme.
􀂃 Sans préjudice de cet objectif principal, tous les mandats prévoient que les banques centrales s’intéressent à d’autres objectifs. Au vu de notre expérience de ces dix dernières années, il apparaît légitime d’accorder une plus grande priorité à la stabilité financière. Cela pourrait impliquer notamment que pour l’évaluation de l’environnement économique et financier, les banques centrales doivent adopter une vision à plus long terme et être plus attentives à l’apparition de déséquilibres financiers.
􀂃 Je ferai remarquer, au passage, que l’Eurosystème dispose des moyens nécessaires pour adopter cette perspective. Notre approche à deux piliers nous permet de suivre en permanence les évolutions des agrégats de monnaie et de crédit, qui sont indispensables pour détecter les risques à long terme pesant sur la stabilité des prix aussi bien que les menaces qui pourraient affecter la stabilité financière.
􀂃 Mais il faut faire davantage. Il est aujourd’hui largement admis qu’une approche « macroprudentielle » doit être appliquée à la mise en oeuvre de la surveillance financière. Cela suppose d’examiner à la fois les conséquences à l’échelle du système de nos décisions prudentielles et leur incidence sur les déséquilibres financiers et sur l’économie réelle.
􀂃 Les banques centrales ont un rôle majeur à jouer dans ce processus pour quatre raisons :

(1) elles ont une incitation à agir, le bon fonctionnement des marchés financiers étant essentiel au mécanisme de transmission de la politique monétaire ;

(2) disposant des moyens pour opérer en permanence un suivi des marchés financiers et des cycles économiques, elles pourraient disposer d’un avantage en termes
d’information pour l’analyse de leurs interactions ;

(3) le fait qu’elles sont indépendantes leur permet de formuler des évaluations de risques impartiales et sincères ;

(4) et, enfin, en raison de leur proximité avec le système bancaire, elles ont une connaissance très approfondie des évolutions financières. En effet, un des enseignements principaux de la crise pourrait être que les pays dans lesquels les banques centrales sont responsables de la surveillance bancaire ont profité de leur capacité à réagir rapidement et de manière flexible aux situations d’urgence.
5 À l’évidence, pour garantir le succès de la surveillance macroprudentielle, tous les acteurs impliqués (autorités de contrôle, banques centrales, Trésor public et autorités budgétaires) devront travailler en étroite collaboration. Dans le cadre des programmes qui ont été lancés ou décidés, on remarque que c’est aux banques centrales qu’a été dévolue la fonction de surveillance du risque systémique.
Permettez-moi maintenant de conclure. Toutes les grandes crises financières de l’histoire ont conduit à réexaminer et à redéfinir le rôle des banques centrales. La crise actuelle ne fera pas exception. Le métier de banque centrale ne sera plus le même à l’issue de la crise. Il importe toutefois que les modifications à venir n’aient pas d’incidence sur la capacité des banques centrales à atteindre leur objectif principal. Le maintien de la stabilité des prix n’est peut-être pas une condition suffisante pour la stabilité financière. Mais il en est certainement une condition nécessaire. Les banques centrales doivent enrichir leur rôle et développer leurs missions au profit du bien être général et de la prospérité. Dans le cadre de ce processus, elles demeureront les gardiennes de l’intégrité et de la stabilité de la monnaie, qui est une pierre angulaire du contrat socialdans nos sociétés démocratiques.
Je vous remercie de votre attention.




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