EXCLUSIF ANGOLAGATE: Pas curieux, s'abstenir!

"17 Octobre 2009, Angolais expulsés de la République Démocratique du Congo."



FINANCE OFFSHORE Lausanne, le samedi 31 Octobre 2009


Notez bien que toutes les références citées dans l'article et dans les sources n'engagent que leurs auteurs respectifs, toutes personnes citées dans le cadre d'affaires portées en justice sont présumées innocentes juqu'au terme d'un jugement définitif.

« Il n'est de vérité absolue sans confrontations... »


Suite à de nombreux retours d'amis et donc fidèles lecteurs, Finance Offshore décide de continuer l'enquête sur l'ANGOLAGATE. En effet la montée en "puissance" du road show médiatique de l'ancien ministre français Charles PASQUA, nous impose une nouvelle réflexion sur les évènements qui se profilent en France. On notera que certains médias imposent une vision bien souvent trop décousue de l'affaire... L'information vit dans un rythme qui n'est pas toujours celui qui permet de s'autoriser une analyse objective sur les faits... Qui de brides en éclats se perd parfois dans les effets d'annonces! Alors pour être complet, il me fallait revenir sur ce dossier, avec le sentiment de découvrir toujours plus d'éléments... intéressants! Et de constater que certains faits troublants allaient devenir trés inquiétants pour l'image -si préservée- que je me fais d'un grand pays comme la France.


ANGOLAGATE, TOTAL DISCREDIT POUR LA FRANCE?



Voici un titre intéressant qui résumera bien ma pensé actuelle. Voici quelques jours, un tribunal correctionnel s'est lancé dans un exercice de justice qui suscitera des conséquences sur l'histoire de la république... Laissant place à ce climat propice aux règlements de comptes au pluriel!

Il nous faut faire ce fameux retour en arrière pour comprendre que l'Angolagate est avant tout le dossier qui démontre si bien la "Françafrique" que certains lisent toujours en deux temps, la "France-Afrique", idylle entre deux réalités qui du Nord au Sud marque les amitiés proverbiales et puis cet autre temps, celui de la "France à fric", moins flatteuse, mais indispensable, dirons certains économistes.


Intéressons-nous à ce pays qui fait donc les gros titres: L' ANGOLA, état qui fût une ancienne colonie portugaise et qui se mua par les "joies" de l'indépendance retrouvée en nouvelle république. La France s'est trés rapidement intéressée au pétrole dont elle contribua à dénicher bien rapidement les meilleurs blocs (terme technique qui détermine une unité géophysique de forage). De 0 à 17 en passant par 32 par exemple pour un des plus récents...
Deux thèses s'opposent dans cette affaire, la première est bien celle des coups bas de la sphère politique française qui de rivalités en intérêts font de cette affaire un des dossiers les plus explosifs de la république... La seconde, plus mercantile, pour satisfaire les besoins accrues d'une indépendance en énergies fossiles dont la France ne peut se passer à l'instar des autres grands de la planète. L'Angola s'est vite retrouvé par son histoire au coeur de la guerre froide qui opposait l'ex-bloc Soviétique avec les Etats-Unis secondé en partie par les puissances occidentales. Dirigé dans un premier temps par un dictateur trés controversé, mort "au combat", le pays s'est rapidement retrouvé dans le jeu trés logique des rivalités géopolitiques de la région, avec en premier lieu la République Démocratique du Congo voisine et dont l'actualité démontre toujours une situation trés tendue avec l'Angola, en effet le 17 Octobre 2009 dernier, des milliers d'angolais furent contraints à regagner leur pays d'origine... A pieds! (photographie). L'Angola n'a pas souhaité entreprendre des mesures de rétorsions similaires en se refusant à ce jour l'expulsion du demi-million de résidents Congolais qui présents sur le territoire de l'Angola, vivent et pour certains travaillent en partie pour le compte de sociétés dont un grand nombre sont le fruit de ventures à participations internationales... Stupéfaction et colère en Angola, lors de l'annonce de la condamnation de Pierre Falcone à Paris et ce dans le cadre de l'affaire éponyme "l'Angolagate". Voici condamné le "trés" protégé conseiller du président de l'Angola, Dos Santos! Falcone, l' homme d'affaires et moins connu ici en France, comme ancien ambassadeur de l'Angola auprès du de l'UNESCO à Paris et ce par décision trés personnelle et donc « toujours plus technique » du président Angolais qui pensait un peu trop vite offrir ainsi un statut diplomatique et donc l'immunité de « circonstances » à son ami empêtré dans les rouages de la justice française... L'Angola considère tout comme la justice Suisse en son temps que la France ne devait considérer recevable cette entreprise de justice dans la mesure ou les armes ne venaient pas du territoire français et ne transitaientt pas par celui-ci, puisque le « montage » de la vente d'armes émanait d'une société d'intermédiation domiciliée en France mais dont les activités réelles émanaient bien d'une filliale... Tchèque! Holding principal pourvoyeur des armes qui elles, venaient bien de l'ancien bloc communiste... Le juge français aura même reçu un courrier du ministre français de la défense Morin pour insister sur le fait que Pierre Falcone ne pouvait être assimilé à un trafiquant d'armes, plus précisément vendeur d'armes mais bien seulement intermédiaire dans une vente, ce qui au niveau du droit porte une réelle différence... Logique différente du ministre de la défense Alain Richard du gouvernement Jospin qui sous la pression populaire et médiatique avait en son temps, clairement cédé à cette « tentation » . Il faut comprendre que Michele Alliot-Marie, également qualité es ministre de la défense en son temps et « faisant l'objet de pressions quasi-similaires » selon certaines sources, s'était déjà refusée à « intervenir », consciente trés certainement des risques pour sa carrière personnelle et il nous faut le préciser sur des valeurs qui sont siennes et imposent aujourd'hui le plus grand respect, et ce comme anticipation de l'entreprise de justice qui allait se confirmer ainsi aujourd'hui... Pression au plus haut niveau de l'état ? Pour de nombreux observateurs, il n'y a plus aucun doute! Les langues se délient, au premier rang duquel se trouve le sénateur de la république et ancien ministre de l'intérieur Charles Pasqua en plein « road show médiatique » qui décide de régler ses comptes avec tout l'appareil d'état de l'époque, à commencer par Jacques Chirac dont il se fait aujourd'hui un « malin plaisir » à solliciter « cette invitation toujours plus grandissante » au dossier, par de nombreuses déclarations médiatiques toujours plus précises, conscient d'avoir été sacrifié sur l'autel des amitiés, les plus douteuses... Il nous faut s' intéresser à Charles Pasqua qui dans son road show médiatique ne veut pas être la seule victime de certaines pratiques de la république. D'abord c'est une histoire d'amités communes entre deux hommes qu'il nous faut comprendre, celle de Charles Pasqua et Etienne Léandri, ami commun du père de Pierre Falcone condamné aujourd'hui, père éponyme qui commença ses affaires dans l'industrie agroalimentaire de la conserverie dés son arrivée en Algérie et ce après avoir quitté son Italie natale qui après l'indépendance de l'Algérie laissa place à un rapatriement "forcé" des activités de la société dans le sud de la France . Industrie florissante sur le continent nord africain, et plus encore en France. C'est sous le régime de Vichy qu'Etienne Léandri, ami du père de Falcone , fut selon certaines sources du renseignement « auxiliaire d'une police allemande » , il aurait été même « sous la protection de la CIA aprés la libération qui s'accomodait ainsi avec "bienveillance" de son anti-communisme primaire », et il fut bien plus tard aux cotés de Charles Pasqua l'un des fondateurs du Service d'Action Civique (SAC), point de rencontre entre les deux hommes dans cette officine gaulliste qui sera dissoute en 1982... Pierre Falcone fils s'était retrouvé propulsé dans le monde des affaires par Etienne Léandri, l'ami de son père éponyme donc, entremetteur impliqué dans plusieurs affaires politico-financières telles que l'affaire du siège de GEC-Alsthom Transport et donc la SOFREMI... Etienne Léandri et Pierre Falcone père étaiant bien de ses hommes au passé « troublé parfois troublant » pour certains observateurs, hommes d'affaires qui selon certaines sources aurait donc travaillé avec l'ennemi (la question reste posée... pas pour tout le monde!) lors de la dernière guerre mondiale mais se seraient donc recyclés par la bienveillance de la CIA ». De la CIA au SAC ( Service d'Action Civique), il nous faudra fairece pas pour bien comprendre ce qui serait bien ce point de rencontre avec un Charles Pasqua dont les états de services dans cette même officine lui vaudront dans un premier temps la reconnaissance « méritée » dans l'appareil gaulliste dont il aurait assuré en partie la création "de l'officine" , un service intégré de l'appareil gaulliste qui se voulait une branche pour assurer la « sécurité idéologique du gaullisme » et ce confronté au jeu des rivalités et intérêts inclusifs propres à la guerre froide. Emanation du parti gaulliste qui sera en charge de missions parfois « jugées douteuses par leur aspectation purement... pratique » et qui sera donc démantelée sur ordre interne à l'appareil gaulliste, jugeant que cette dernière utilisait « parfois » des méthodes trops proches des anciens groupuscules de l'extrême droite... Un comble pour la véritable colonne vertébrale de la résistance gaulliste... Ce sont les évènements de 1968 qui contribueront en partie au début la fin annoncée de cette officine qui fermera ses portes seulement et bien réellement qu' en 1982, pour être précis! Mais le "soldat" Charles Pasqua est homme de convictions intactes vous diront ses plus fidèles lieutenants, dont Pierre Falcone père était bien cet élément loyal à l'endroit de l'ancien ministre, une amitié intacte qui se prolongera bien longtemps... Et ce en la personne de Pierre Falcone qui se voit bien condamné aussi par le tribunal correctionnel de Paris en ce mois d'Octobre 2009, le fils modèle aidé de l'ami commun Léandri... Il faut s'intéresser à l'affaire de la condamnation d'un autre fils fidèle à l'esprit de famille intact, à savoir, Pierre-Philippe Pasqua, fils unique de Jeanne et Charles Pasqua qui lui a été condamné dans le cadre de l'affaire de la SOFREMIS, société mixte d'état et en partie privé chargée de l'acquisition et la vente d'armes pour le compte du ministère de l'intérieur français qui devait prendre le relai de l'ancienne structure liée au ministère des affaires étrangères démantelée car ne pouvant alors que contribuer à des difficultés croissantes au niveau de la diplomatie française... La boucle est bouclée? Pas si évident, il nous faut remonter aux « travaux et donc missions de la CIA américaine » pour comprendre la logique qui prédominait au sortir de la guerre sur les fameux cercles qui entouraient la France et son besoin de conserver son indépendance vis à vis des deux blocs majeurs de la guerre froide en plein devenir. Charles Pasqua a toujours été un ardent défenseur de l'indépendance de la France, refusant de la voir implémenter toutes logiques atlantistes, et surtout pro-communistes, que cette vérité lui soit acquise à jamais! Il n'aura jamais manqué de clamer cette réalité dans le cadre même de la mutation historique de l'Union Européenne dont il aura la plus grande méfiance, allant jusqu'à interférer les objectifs qu'il ne partageait plus concernant les modalités du pacte européen en devenir, jugé à ses yeux comme faisant la part trop belle aux américains et ouvrant la part trop belle au bloc de l'ex union soviétique dont il regarde les implémentations toujours plus fortes par le jeu de la politique nationale et son duel perpétuel droite-gauche qui aura même vu des ministres communistes flirter avec le pouvoir. Refusant une logique sacrificielle de la France sur l'autel de l'Europe en devenir, y compris face au bloc communiste qui noyauté toujours plus la France par sa gauche traditionnelle et donc populaire... Il n'hésitera pas à se lancer à plusieurs reprises dans la création de listes aux élections européennes, et ce en faisant le jeu des divisons qui portèrent les plus grands coups à la droite républicaine française qu'il jugeait ainsi trop consensuelle, parfois même aveugle pour ne pas dire clairement « la plus bete du monde » , origine des principales rivalités politiques entre lui et un certain Jacques Chirac! Dans l'affaire Angolagate c'est la question cruciale des dépendances en énergies fossiles de la France qu'il nous faut mesurer. Cette logique qui souvent porte le doux nom de Françafrique est à l'origine des plus grandes dérives inavouées de la république, qui enfermée dans le réalisme économique ne pouvait faire l'impasse sur le besoin de trouver les énergies fossiles qui font défaut à la France en développement comme l'ensemble des principales grandes puissances de la planète. L'Afrique est ce "gateau" dont chacun veut sa part et pour les plus gourmands d'entre-eux, la « fameuse cerise sur le gateau »... On peut conclure qu'aujourd'hui, finalement, que c'est la « toute puissance » que représente la Chine qui obtient les plus grandes parts des marchés pétrolifères disponibles de la planète, et que la région de l'Angola voit débarquer ses nouveaux investisseurs avec un oeil nouveau et toujours plus gourmand... Un partage de « bon procédé » est cependant opéré entre américains et européens en Afrique, mais depuis quelques années l'arrivée en force de la Chine porte un réel coup à l'équilibre de la géostratégie de la région toute entière. La société Total en sait quelque chose, les négociations sont toujours plus difficiles et rendues délicates, surtout quand des dossiers comme l'Angolagate interfèrent dans des relations « acquises de hautes luttes et autres concessions diplomatques » avec l'incontournable pouvoir en place du président Dos Santos... Des mesures de rétorsions sont attendues après la décision de la justice française, mais elles sont à relativiser, car Dos Santos ne serait plus au pouvoir si la France ne s'était retrouvée un beau jour au milieu de ce dossier, en bien comme en mal selon les avis... Dos Santos qui ne l'oublions jamais avait donné son soutien à la France pour la résolution contre la guerre en Irak, un trait de personnalité du président de l'Angola bien vite remisé mais qui fait dire à beaucoup d'observateurs que cette position était très intéressée... Le décor est planté pourrions nous croire... Dos Santos qui aurait reçu des rétro-commissions et ce dans différents paradis fiscaux... Mais il ne faut pas faire l'impasse sur l'actualité de Charles Pasqua qui veut aussi remettre dans la course l'ancien président français et son rôle porté par "la continuité même de la fonction" ... Jacques Chirac qui plus est, se retrouve « attaqué » la même semaine pour les emplois fictifs à la mairie de Paris, premier président français renvoyé devant la justice de la cinquième république, une première! Hasard du calendrier? Président qui depuis le royaume du Maroc à l'amitié proverbiale prend acte de cette décision... Charles Pasqua clame haut et très fort donc que le président français savait et aurait donné son accord pour toute l'affaire et aurait dans le cadre de d'une affaire de libération d' otages français accepter payer la fameuse rançon de 900 000 francs sur les fonds secrets... de l'Elysée! Affaire ou l'ami de Pasqua, Marchiani tenait semble t'il un rôle prépondèrant aux cotés d'un certain milliardaire Gaydamak, également condamné dans l'affaire Angolagate! Un rôle du "réseau Pasqua" à relativiser s'il on en croit différentes sources nouvelles du renseignement... De quoi inviter dans le dossier son « ami de plus de trente ans » Jacques Chirac... qui se retrouve ainsi au pied du mur. Pour quelles raisons, le Secret Défense vous diront les plus impatents. L'actuel président français, Nicolas Sarkozy, joue la prudence de rigueur, et dit qu'il est "le plus mal placé pour commenter cette affaire de justice dont il affirme ainsi à nouveau l'indépendance... C'est ainsi bien connaître Charles Pasqua, ancien ministre de l'intérieur, qui sait trop bien que la brèche qu'il vient d'ouvrir dans l'appareil d'état est l'occasion d'une formidable occasion de règlement de comptes au pluriel, avec en ligne de mire Jacques Chirac qui l'aura écarté de l'éxécutif pour mieux maîtriser ce qui fût devenu un « potentiel rival lors d'élections présidentielles ? ». Une question s'impose, Charles Pasqua n'était-il pas en fait plus « écarté pour ses pratiques ? » Ou pour le danger relatif que représentait la « potentielle » candidature d'un Charles Pasqua? Chacun pourra se faire son idée sur la question... Les amitiés africaines de Jacques Chirac sont toujours plus fortes au Moyen-Orient que dans cette partie Africaine qui cultive les pires traditions de la Françafrique, est-il besoin de préciser ici le « dossier Elf » de Mitterrand et les nombreuses dérives qui le précèdèrent, mieux complétèrent. Charles Pasqua, Pierre Falcone, Gilbert Mitterrand (qualité es conseiller de l'Elysée aux affaires africaines de son président de père), hommes qui se caractèrisent par ce rôle prédominant de la Françafrique que cette époque retiendra avec le discernement qui s'impose aujourd'hui... Charles Pasqua était donc cet ami de Pierre Falcone et ce de « père en fils », il nous faut maintenant pour mieux comprendre revenir à cette amitié et à l'affaire du fils de Charles Pasqua qui s'était retrouvé en charge de missions pour la SOFREMI (Société française d'exportation de matériels , systèmes et services relevant du ministère de l'intérieur français, créée par Pierre Joxe, ministre de l'intérieur pour préserver donc notre diplomatie, et donc le Quai D'Orsay...), et dont le jugement du tribunal confirme la condamnation du fils de Charles Pasqua pour "avoir arrosé de larges émoluments" « certaines amitiés toutes paternelles » pour certains observateurs et peut être même si l'on en croit la justice française. Tout d'abord, à titre comparatif, il faut préciser que l'Angolagate porte sur une intermédiation de vente d'armes pour un montant de 790 Millions de Dollars, et que les activités de la SOFREMI aujourd'hui contestées portent sur une prise d 'intérêts illégaux qui pour certains montants se limitent par exemple à 15 millions de francs de commissions pour Pierre Falcone et 21 millions de francs pour Etienne Léandri qui n'est autre que le père "spirituel" de Pierre Falcone embauché par la société en 1988 selon certaines sources, éléments de la justice ordinaire du monde des affaires non-exhaustifs pour cette société... Il nous faut faire force de relativiser la porté des délits à leur juste mesure. Charles Pasqua ne semble pas ignorer que ce dossier lui donne la chance inespérée de faire plonger toute ou partie de l'appareil d'état français et certaines de ses pratiques alors que pour d'autres observateurs sonaction dedevrait se limiter à vouloir contribuer à faire émerger que des vérités... Pasqua ami de Pierre Falcone père et fils, et plus en avant ami de Leandri... Au sortir de la guerre, les deux hommes seront donc de ceux qui intégrent « le mieux » les codes de l'honneur comme ceux qui liaient les grandes figures de l'après guerre... Etienne Léandri, homme trés controversé aujourd'hui, est bien cet homme d'affaires qui se retrouvera plongé dans les différentes affaires politico-financières liées à l'histoire de Thomson devenu Thales et ce pour des missions « liées à la vente de prestations de défense, ou équipements connexes ». Du simple conseil à l'intermédiation si chère à l'homme d'affaires, qui développera ses talents pour faire vendre par la « maison France » ses avancés technologiques comme celles qui équipent aujourd'hui avec efficacité de nombreuses polices de donc différents états de plusieurs continents... Son fils Pierre Falcone se retrouvait ainsi à bonne école. Il me semble prudent de regarder si notre verre est à moitié plein , ou à moitié vide, en effet, les pratiques qui sont levées par ce climat politico-judiciaire doivent nous rappeller que les pratiques en la matière sont largement répendues sur notre planète et ne sont pas en l'espèce différentes de nos principaux... Détracteurs et donc concurrents actuels! Charles Pasqua veut ouvrir la boîte de Pandore comme un homme de son âge pourrait en avoir la plus grande tentation. Son objectif est clair, obtenir la levée du Secret Défense et mettre ainsi au pied du mur ses principaux rivaux, dont il pense peut-être à juste titre faire les seuls frais... D'une époque, de ses pratiques. Son fils condamné et actuellement en appel, lui même, ses amis les plus proches, l'homme sait devoir jouer « sa dernière carte maîtresse » dans cet opus. Un juge n'est pas indifférent à cette logique, le juge français Courroye qui est bien la clef de voute de cet édifice judiciaire sans précèdent pour l'histoire de la cinquième république française. La France risque de devoir faire de nombreux actes de contritions si d'aventure le dossier se trouvait de nouvelles issues... Le cas précis de l'Angolagate lève le voile sur les enjeux stratègiques qui demeurent très prononcés dans cette région du monde. Comme de nombreuses organisations non-gouvernementales le précisent dans leurs rapports annuels, il y a depuis bien trop longtemps des pratiques douteuses sur notre planète commune qui mènent des peuples entiers vers la plus grande popérisation alors qu'ils se meurent dans une indifférence toujours plus forte sur des terres les plus riches à jamias de leurs matières premières... Est-il besoin de préciser ici, sur le site Finance Offshore, les nombreux comptes clefs tenus par ses nombreux chefs d'états africains présents dans les banques des centres offshores de notre planète, est-il besoin de préciser que les actifs cumulés de ces personnes et leur entourage représentent en 2009 plus de 1500 milliards de Dollars selon ses mêmes organisations! Enfin, est-il besoin de considérer que cette affaire de l'Angolagate n'est qu'un des plus petits acteurs de cette partition... Dénominateur en fait bien commun!

Voici donc les différentes sources de ce dossier:



ANGOLA et le pétrole:

L’Opep intègre le 2e producteur africain, en quête de reconnaissance internationale.Pétrole : L’Angola, nouvelle force dans le club des bruts

vendredi 15 décembre 2006 Christian Losson (Le Figaro)

L’Angola va rejoindre l’Opep en 2007, ont annoncé les onze pays membre de l’Opep, Organisation des pays exportateurs de pétrole, à l’issue d’un réunion du cartel hier à Abuja, au Nigeria. Une première depuis trente-cin ans ! Et qui pourrait préfigurer d’autres ralliements comme celui du Soudan et, plus sûrement, le retour au bercail de l’Equateur au sein d’un groupe qu pèse près de 40 % de la production mondiale de brut et 75 % des réserve prouvées.

L’arrivée du deuxième producteur d’Afrique subsaharienne montre que l’Opep entend reprendre la main sur le pactole-pétrole.


« Après avoir vu son influence réduite lorsque le baril flambait et après avoir été contrainte de surpomper dans ses réserves, l’Opep a de nouveau des marges de manoeuvre et peut reconstituer ses stocks », analyse Pierre Terzian de la revue Pétrostratégies .

Après avoir abaissé en octobre sa production de 1,2 million de barils par jour afin d’enrayer une baisse de 25 % du prix du pétrole depuis les pics historiques de juillet, le cartel a annoncé hier une nouvelle baisse de 500 000 barils par jour. Histoire de maintenir les prix à un bon niveau (1)... pour les pays producteurs.

Nain géopolitique. Mauvaise nouvelle pour les pays consommateurs, qui, par la voix de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), jugeaient hier « malvenue » cette nouvelle baisse. L’Angola douzième membre de l’Opep, voilà qui ne risque pas de les rassurer. « On espère que cela ne va pas enrayer les investissements étrangers dans ce pays » qui sera soumis aux quotas de l’Opep, confie David Fyfe, analyste à l’AIE. Il y a peu de chances, relativise Francis Perrin de Pétrole et gaz arabes : « Malgré des contrats de plus en plus drastiques, les multinationales se bousculent pour bosser dans un des pays les plus "chauds", les plus prolifiques du globe. » Ce mouvement est une gifle pour les Etats-Unis, qui multiplient les contrats avec les pays d’Afrique de l’Ouest. Et ont tenté, jusqu’au bout, de dissuader Luanda de sauter le pas. Mauvais point aussi pour la Chine, qui fait pleuvoir les dollars en Afrique en échange de matières premières. Pas moins de 3 milliards de dollars de cash depuis 2005 sont ainsi arrivés dans les caisses angolaises. L’Opep tente de séduire l’Angola depuis des années.

Arguments : le prix de l’or noir s’effondrera si les producteurs n’unissent pas leurs forces. Mais ce n’est pas forcément ce qui a poussé l’Angola à rejoindre le club, au moment où le pays compte doper sa production actuelle de 1,4 million de barils par jour à 2 millions en 2007. Le Fonds monétaire international évalue déjà à 31,4 % la croissance de l’Angola l’an prochain. « L’Angola ne va pas bénéficier économiquement de son entrée dans l’Opep, explique Mohammad Ali Zainy du Center for Global Energy Studies , basé à Londres. Rester en dehors du cartel lui permettrait de produire comme il l’entend et d’engranger encore plus de cash. » Les motivations, donc ? Un bon de reconnaissance sur la scène internationale pour un pays en quête de respectabilité, après vingt-sept ans d’une guerre civile qui s’est achevée en 2002. « Entrer dans le gotha et jouer de la caisse de résonance et d’influence de l’Opep », résume Francis Perrin. « Pour un Etat nain géopolitique comme l’Angola, c’est important », ajoute Mohammad Ali Zainy. C’est troquer des revenus économiques à court terme contre des retombées stratégiques à moyen terme.

Le Dubaï africain. L’Angola caresse les rêves un peu délirants de se voir en nouveau Dubaï africain. Mais se retrouve assis sur un fabuleux derrick (80 % des recettes de l’Etat) qui pourrait se tarir. La Banque mondiale estime que le pays atteindra son pic de production en 2011. La malédiction de la manne pétrolière risque de se poursuivre, comme partout en Afrique où la population n’a jamais bénéficié de la pluie des pétrodollars. Selon le département d’Etat américain, l’Angola a ainsi engrangé 21 milliards de revenus net d’exportation en 2005. Dont 1 dollar sur 4 est détourné par le gouvernement, selon l’ONG Global Witness. Les Nations unies rappelaient en septembre que 70 % des Angolais vivaient sous le seuil de pauvreté. [1]. Christian Losson (Le Figaro)


ANGOLAGATE par l'association "Survie

Qu’est-ce que l’Angolagate ?
« Le plus gros scandale de trafic d’armes de la fin du XXe siècle » [1], d’après Natalie Funès journaliste au Nouvel observateur. « Une affaire de vente d’armes entre la Russie et l’Angola, négocié en France, qui empoisonne les relations entre les deux pays » [2], précise Renaud Lecadre de Libération. « En fait, la véritable histoire est celle de la privatisation de la guerre en Angola et de l’organisation du pillage des avoirs de l’Etat à une échelle comparable à celle atteinte au Zaïre par Mobutu et au Nigeria par Abacha » [3], souligne d’un trait rouge vif l’ONG Global witness dans un ouvrage publié en 2003. L’Angolagate est avant tout une affaire d’une exceptionnelle complexité. Il est indispensable de retracer la genèse de cette intrigue scabreuse internationale, histoire de comprendre.


Sommaire :

Que reproche la justice aux prévenus ? Les fondements juridiques du procès
Quels sont les principaux acteurs de l’Angolagate ?
Pierre Falcone
Arcadi Gaydamak
Jean-Charles Marchiani
Jean-Christophe Mitterrand
Charles Pasqua
Paul-Loup Sulitzer
Jacques Attali
L'Affaire des ventes d'armes en Angola, ou Angolagate, est une affaire judiciaire dans laquelle sont impliquées plusieurs personnalités politiques françaises de premier plan parmi lesquelles un ancien ministre de l’Intérieur, un fils de président de la république, deux milliardaires, un ancien préfet, un général, un magistrat et ancien député.

Elle est également appelée « Affaire Falcone » ou « Affaire du trafic d'armes vers l'Angola ». De manière plus imaginative, le journal Le Monde a créé le terme « Angolagate » en référence au Watergate. Hors de France, elle est également connue sous le nom de l' « Affaire Mitterrand-Pasqua ».

L'Angolagate est une affaire de vente d'armes soviétiques et françaises d'un montant total de 790 millions de dollars américains au gouvernement angolais du président José Eduardo dos Santos en 1994, alors que la guerre civile angolaise venait de reprendre entre le Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA) au pouvoir et l'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola (UNITA), marché pour lequel de nombreuses personnalités françaises ont touché des commissions.

Cette vente a été pilotée par un intermédiaire franco-canadien, Pierre Falcone, et un homme d'affaires franco-israélo-canado-angolais d'origine russe, Arcadi Gaydamak, proche des services de renseignement russes et de certains oligarques russes. L'entreprise d'armement Thomson et la banque BNP-Paribas sont impliquées. L'affaire a aussi éclaboussé l'ancien conseiller du président français Mitterrand, Jacques Attali.

La justice reproche à Gaydamak et Falcone d'avoir, de 1993 à 1998, vendu à l'Angola, alors en pleine guerre civile, des armes provenant de l'ancien bloc soviétique, sans avoir reçu d'autorisation de l'État français.


L’Angolagate avatar de la Françafrique

Le Portugal accorde l’indépendance à l’Angola en 1975. Aussitôt le pays est déchiré par une guerre civile effroyable qui oppose d’un côté l’Union pour l’indépendance totale de l’Angola (Unita), du charismatique et impitoyable Jonas Savimbi et de l’autre le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA) dirigé par Agostino Neto, le tout sur fond de guerre froide.

L’Unita est soutenue par le bloc de l’Ouest, notamment par les USA et l’Afrique du Sud, et le MPLA par l’Union soviétique et ses alliés. C’est d’ailleurs avec l’appui des troupes cubaines qu’en 1976 le MPLA prend le contrôle du gouvernement. Agostino Neto est aux commandes. A sa mort en 1979, il est remplacé par Eduardo Dos Santos. La chute du mur de Berlin vide le conflit de son intérêt stratégique, les belligérants signent un accord de paix en 1991 au Portugal et décident d’affronter le suffrage universel l’année suivante.

Devant le raz-de-marée électoral du MPLA, Jonas Savimbi reprend les armes, Dos Santos est pris au dépourvu. « L’insurrection renouvelée de l’UNITA s’est avérée relativement réussie car la plupart des unités d’élite du groupe avaient gardé les armes et étaient restées opérationnelles. Par contre, les troupes du gouvernement avaient démobilisé leurs forces de façon disproportionnée et se trouvaient donc une position de faiblesse relative » [4]. Cinq des dix-huit capitales provinciales tombent entre les mains des rebelles, la victoire de l’UNITA est désormais plausible. Dos Santos qui a impérativement besoin d’armes et d’argent ne peut pas compter sur le bloc de l’Est qui n’existe plus.

Il envoie désespérément des signaux de détresse à Paris. Mais si Mitterrand préside à l’Elysée, Edouard Balladur gouverne à Matignon, et Alain Juppé est incontournable au Quai d’Orsay. De surcroît, François Léotard, « bien connu à l’époque pour être l’un des plus grands partisans de l’UNITA à Paris » [5], est ministre de la Défense. Le refus du gouvernement français est catégorique : “On ne livre pas d’armes à un pays en guerre”.

« S’esquisse alors une diplomatie parallèle, avec, par ordre d’entrée en scène, le fils aîné du président, Jean Christophe Mitterrand, ancien membre de la cellule africaine de l’Elysée. » [6] En fait, d’après les travaux de Global witness, le gouvernement angolais prend d’abord langue avec l’ancien expert de l’Afrique australe auprès du parti socialiste,

Jean-Bernard Curial, qui à son tour contacte le fils Mitterrand. Ce dernier lui aurait suggéré de se rapprocher d’un certain Pierre Falcone, « à la tête d’un groupe de sociétés, Brenco International, basé à Paris. Falcone est aussi le conseillé clé de la Sofremi (Société française d’exportation des matériels et systèmes du ministère de l’Intérieur), organisation mi-privée mi-étatique opérant sous les auspices du ministère français de l’Intérieur à la tête duquel se trouvait Charles Pasqua » [7]. Le mystérieux homme d’affaires est aussi très lié à Jean-Charles Marchiani, conseiller du ministre de l’Intérieur. Pour le clan Pasqua, Balladur n’a pas conscience du nouvel enjeu stratégique angolais : le pétrole [8]. Les immenses nappes d’huile noire nichées dans le sous-sol du pays attisent les convoitises. Les Américains ont cessé leur soutien à l’UNITA et font désormais les yeux doux à Dos Santos. La France doit absolument jouer sa partition.

Pierre Falcone qui sait où se procurer les armes est mis en contact avec le président angolais. C’est le début d’une idylle sans fin entre les deux hommes. « Un contrat de livraison d’armes est conclu en 1994 entre la société de Falcone, Brenco, et l’Angola, pour un montant de 4 milliards de dollars via une société slovaque [ZTS-Osos], dont Arcadi Gaydamak, ex-colonel du KGB devenu homme d’affaires, est l’un des mandataires. » [9] Les armes sont issues des stocks de l’ancien bloc de l’Est.

L’argent provient des préfinancements, accordés par la banque Paribas à l’Etat angolais, garantis sur la future production de pétrole. Le gouvernement de Dos Santos reçoit à cette époque un arsenal considérable : « chars, hélicoptères, mines, lance roquettes et pièces d’artillerie, ainsi que six navires de guerres.

Ces armes ont été envoyées, pendant sept ans, de plusieurs pays est-européens, comme la Russie, la Bulgarie et le Kirghizistan » [10]. Pour faciliter les transactions occultes en France, les lobbyistes s’activent, des enveloppes circulent à tour de bras. « Ni Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères, ni Edouard Balladur, Premier ministre, ne sont au courant. En 2001, après les péripéties qui vont mettre au jour ce “trafic”, le ministère de la Défense porte plainte » [11], par le truchement du ministre Alain Richard. Le procès s’ouvrira le 06 octobre 2008, 42 personnes sont renvoyées devant le tribunal correctionnel de Paris. Au banc des prévenus des noms célèbres : Jean-Christophe Mitterrand, Jean-Charles Marchiani, Charles Pasqua, Jacques Attali, etc. « Elle [l’affaire Angolagate] va être jugée pendant six mois, avec risque de déballage à la barre » [12]. Epilogue. Ces livraisons massives d’armes ont changé le rapport de force sur le terrain. Le 22 février 2002, Jonas Savimbi est abattu. Sa mort marque la fin d’une guerre civile qui a duré un quart de siècle et fait 500 000 morts.

Que reproche la justice aux prévenus ? Les fondements juridiques du procès

Le 11 juillet 2008 le ministre de le Défense Hervé Morin adresse une lettre à Me Pierre-François Veil, avocat de Pierre Falcone, dans laquelle il écrit :

« Il résulte de l’examen du dossier de mon ministère, à la lumière de vos observations, qu’en l’absence de transit par le territoire français, la législation relative aux opérations de ventes d’armes et de munitions ne s’appliquait pas, aux dates retenues par le dossier de l’instruction, à l’activité exercée par M. Pierre Falcone. » [13]

Décryptage. « A l’époque des ventes d’armes vers l’Angola incriminées par l’enquête, la loi française exigeait une autorisation gouvernementale si les armes étaient fabriquées en France ou passaient par le territoire national. » [14] Sans ce cachet officiel, le commerce d’armes était assimilé à un trafic. Or les armes vendues par Falcone entre 1993 et 2000 ont été livrées à l’Angola, en provenance de l’ancien empire soviétique, sans transiter par la France. Par conséquent, « le ministère de la Défense, plaide [Hervé Morin], n’aurait jamais du déposer plainte dans cette affaire de commerce d’armes puisqu’il n’y a jamais eu de « trafic » à proprement parler à partir de la France » [15]. A la suite de cette missive, Hervé Gattegno rappelle que « le dossier Falcone pourrait se réduire à une affaire financière [abus de biens sociaux] ordinaire, dénuée de son caractère le plus explosif » [16].

Toutefois, dans un article publié le 22 juillet 2008, sur le site de Bakchich.info, Eric Laffitte ironise sur la bourde juridique du ministre de la Défense Hervé Morin.

« Avant d’envoyer cette lettre incongrue [à l’avocat de Falcone] le ministre aurait du demander conseil à sa collègue de la Justice ou du moins au Parquet …Et on lui aurait expliqué que dans ce dossier, l’accusation repose sur un délit précis, le courtage en commerce illicite d’armes. A ne pas confondre justement avec le trafic d’armes stricto sensu. Le concept juridique précis de courtage, régi par une ordonnance de 1939, oblige tout négociant en armes œuvrant depuis Paris à obtenir une autorisation en bonne et due forme du ministère de la Défense. Et peu importe, dans ce cadre juridique que les armes aient physiquement transité ou pas, par le territoire français. » [17]

Or, d’après les investigations de Global witness, plusieurs contrats de la livraison d’armes à l’Angola ont été signés sur le territoire français. « Lorsque les premiers contrats d’armes entre ZTS-Osos et l’Angola ont été signés en 1993 et 1994, Brenco France se trouvait au 56 avenue Montaigne à Paris. Il est intéressant de noter que cette adresse et les numéros de téléphone et fax de Brenco figurent sur le contrat initial de 47 millions de dollars, avec la signature de Pierre Falcone (…) Le caractère vraiment français du dossier original de 47 millions de dollars devrait être souligné (…) Non seulement le document était écrit en français, mais il aurait aussi été envoyé à Elisio de Figueiredo [ambassadeur itinérant de l’Angola] qui était posté à Paris. » [18] Dans cette optique, la plainte formulée par le ministère de la Défense en 2001 est fondée. D’ailleurs, le procureur Jean-Claude Marin, a maintenu les charges qui pèsent contre les prévenus.

Quels sont les principaux acteurs de l’Angolagate ?

Pierre Falcone

Homme d’affaire français et homme de main du président angolais Eduardo Dos Santos, il était directeur associé de la Brenco International, pièce maîtresse de l’Angolagate. Falcone a, en outre, été un conseiller très influent (1989 à 1997) auprès de la Société française d’exportation de matériel militaire du ministère de l’Intérieur (Sofremi), crée en 1986 sous l’égide de Charles Pasqua.

La Sofremi avait pour but, entre autres, de « négocier des contrats de vente d’équipement de communication et de surveillance aux forces de police étrangères » [19]. Placé en détention provisoire entre 2000 et 2001, il prend la fuite en 2003 grâce au statut d’ambassadeur à l’Unesco que lui accordé l’Angola. Le 11 décembre 2007, il a été condamné à un an de prison ferme pour une histoire de détournements de fonds au préjudice de la Sofremi. Le 18 janvier 2008, c’est pour fraude fiscale qu’une peine de quatre ans de prison ferme et 37 500 euros d’amende est prononcée contre lui par le tribunal correctionnel de Paris [20]. Dans l’affaire Angolagate, des soupçons de corruption et de vente illicite d’armes pèsent sur Pierre Falcone.

L’article publié par le quotidien Le Monde à ce propos est édifiant : « Installés dans un hôtel particulier de l’avenue Kléber dans le 16e arrondissement de Paris, dotés d’hôtesses ravissantes, les bureaux de Brenco reçoivent des visiteurs réguliers. Lorsque Jean-Christophe Mitterrand, Jean-Charles Marchiani, l’écrivain Paul-Loup Sulitzer ou le directeur général de RMC, Jean-Noël Tassez, sont annoncés, le rituel est immuable. Isabelle Delubac descend au sous-sol, où sont entreposées des espèces, et remplit des enveloppes, sans oublier de noter sur ses fameux "mémos" les initiales parfois codées des bénéficiaires ainsi que la date et le montant alloué. » [21]

Arcadi Gaydamak

Nationalités russe, israélienne, française et canadienne. Ex-colonel du KGB converti dans les Affaires. Il est au moment des faits le mandataire de la société slovaque ZTS-Osos, qui a fourni, pour le compte de Brenco, la majeure partie des armes vendues à l’Angola. Gaydamak a donc été le partenaire de Falcone. Il a été décoré de l’Ordre du mérite français par J-C Marchiani. Milliardaire, l’ancien agent des services secrets russes a « officiellement changé de nom en Israël en 1998 pour prendre celui de Arye Barlev » [22]. Un mandat d’arrêt international lancé par la France pèse sur lui. Arcadi Gaydamak est en fuite depuis 2000.

Jean-Charles Marchiani

« Jean-Charles Marchiani, 64 ans, natif d’un petit village corse voisin de celui de Charles Pasqua, a été un authentique agent secret. Du moins jusqu’en 1970, où il sera évincé du SDECE (ancêtre de la DGSE, Direction générale de la sécurité extérieure) ». Dans ce portrait dressé par le quotidien Libération dans sa livraison du 26 avril 2008, Jean-Charles Marchiani est présenté comme l’« homme à tout faire de la galaxie Pasqua ». Ancien Préfet du Var, et ex-député européen R.P.F, il a été condamné en décembre 2005 par le tribunal à trois ans de prison, « pour avoir perçu des commissions en marge de la vente de chars militaires au Moyen-Orient (…) quelques semaines plus tard, il est condamné à un an de prison dans une autre affaire de commission occulte, perçue en marge d’un marché portant sur la sécurisation des bagages à Roissy » [23].

Dans l’affaire Angolagate, il aurait reçu de Falcone et compagnies des sommes importantes pour faciliter les ventes d’armes à Dos Santos. « Une note saisie dans les bureaux de l’intermédiaire fait état de virements à un surnommé « Robert » : « Nous avons avancé 450 000 dollars, ils en attendent encore un million. Nous croyons savoir que cet argent devrait être utilisé pour la campagne au parlement européen » de 1999, celle du RPF. Marchiani dément être le « Robert » en question, en contradiction avec plusieurs protagonistes. Un général angolais lui écrira ainsi cette lettre à la veille de la présidentielle de 1995 : « J’aimerais vous apporter encore une fois mon soutien dans ces élections et nous continuerons à faire de notre mieux pour que les bonnes personnes soient aux bonnes places. » [24]

Jean-Christophe Mitterrand

« Sans Jean-Christophe Mitterrand, il n’y aurait pas eu de contrat (de vente d’armes), de la même manière que sans femme, il n’aurait pas de bébé », avait expliqué un des prévenus aux enquêteurs [25]. Fils du président défunt, il est conseiller à la présidence de la République Chargé des affaires africaines (1982-1992) et conseiller d’une fondation suisse financée par Elfentre 1992 et 1996. Ex-commercial free-lance en Afrique Noire, il est soupçonné dans l’affaire Angolagate de complicité de commerce illicite d’armes et recel d’abus de biens sociaux. Il aurait reçu 2,6 millions de dollars de Falcone [26], pour « avoir donné des conseils géopolitiques », précise Mitterrand. « Je n’ai jamais parlé d’armes avec monsieur Falcone, jamais en sept ans. Il ne m’a jamais parlé de munitions. » [27]

Charles Pasqua

Ex-président du R.P.F., ex-président de la région Hauts-de-Seine, tête pensante du réseau qui porte son nom, ministre de l’Intérieur des gouvernements Chirac (1986-1988) et Balladur (1993-1995). Il est mis en examen pour "trafic d’influence, recel d’abus de biens sociaux". « Charles Pasqua est soupçonné d’avoir perçu 450.000 dollars en 1998 et 1999 de la société Brenco pour favoriser les intérêts du régime de M. Dos Santos au Parlement européen » [28].

Paul-Loup Sulitzer

Auteur de best-sellers, conseiller en tous genres (banque, finances, presse auprès de Pierre Falcone). Il sera devant la barre pour « “recel d’abus de biens sociaux” en raison des 380. 000 euros qu’il a perçus de l’homme d’affaires Pierre Falcone, auteur principal de la vente d’armes présumée illégale pour un montant de 790 millions de dollars entre 1993 et 2000 » [29].

Jacques Attali

Conseiller “spécial” auprès du chef de l’Etat (1981-91). Ancien président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), président d’ACA, société de conseils, conseiller auprès de nombreux présidents africains. Me Guilloux, avocat de Falcone remet à Hubert Védrine, chez Jacques Attali, un dossier sollicitant un arrangement à propos du redressement fiscal signifié à ZTS-Osos, la société slovaque impliquée dans l’Angolagate. M. Védrine avait jusque-là évité tout contact avec Me Alain Guilloux. « "Je préfère l’Attali intellectuel à celui qui fait ce genre de démarche", dira aux enquêteurs M. Védrine. Quelques mois plus tard, M. Attali se voit confier une mission sur le microcrédit en Angola, qui sera payée 200 000 dollars par une société de M. Falcone » [30]. Il sera dans le prétoire le 06 octobre.

L’Angolagate avatar de la Françafrique

Après avoir été à l’origine de la plainte qui a déclenché l’Angolagate, l’Etat français a par la suite freiné des quatre fers. La France se déjuge. Aujourd’hui, le ministère de la Défense par qui le scandale est arrivé, cynique, se fait même l’avocat de ceux qu’elle a fait asseoir hier sur le banc des “accusés”. « Hervé Morin, ministre de la défense de Pierre Falcone », titrait à juste titre Libération, dans sa livraison du 19 juillet 2008. En effet, dans la correspondance adressé le 11 juillet 2008 à Me Veil, avocat de Falcone, M. Morin affirme, que son département ministériel n’aurait jamais du engager des poursuites judiciaires contre les prévenus, « puisque, dit-il, il n’y a jamais eu de « trafic » à proprement parler à partir de la France » [31]. Un grand écart juridique visant à affaiblir l’accusation. En fait, le ministre de la Défense marche au pas et dans les pas de sa hiérarchie.

Depuis son accession à la magistrature suprême, Nicolas Sarkozys’échine en effet pour déminer le terrain de l’Angolagate. Primo, l’Elysée protège sans ménagement le président angolais, parrain du système Falcone, contre les investigations redoutables du juge Philippe Courroye. « Le président Dos Santos a d’ores et déjà obtenu de ne pas être directement impliqué. "Ce dossier est de nature totalement judiciaire. L’instruction est bouclée" et "aucun ressortissant angolais n’est poursuivi", précise-t-on ainsi à l’Elysée. » [32]

Pour que le message soit plus audible à Luanda, Nicolas Sarkozy déclare dans les colonnes du Jornal de Angola : « Cette affaire concerne un citoyen français [Falcone] poursuivi (…) pour ne pas avoir respecté des dispositions légales françaises » [33]. Explication, il s’agit du Falconegate et non de l’Angolagate. Mais Dos Santos ne l’entend pas de cette oreille, pour le parrain il est hors de question de sacrifier ses filleuls, Falcone et Gaydamak, sur l’autel de la justice française. Déjà, le 26 février 2001, à l’occasion de l’accréditation du nouvel ambassadeur de France en Angola, Eduardo Dos Santos déclarait :

« Je n’ai pas l’intention de m’immiscer dans des affaires intérieures françaises, mais j’ai le devoir de reconnaître que certaines des personnes actuellement visées dans des procédures judiciaires en France ont donné une contribution immense au développement de l’amitié et de la coopération entre l’Angola et la France. Monsieur Pierre Falcone, par exemple, à travers son entreprise, a soutenu l’Angola à un moment crucial de son histoire (…) Pour l’acquisition d’équipements militaires dont il avait besoin à l’époque, le gouvernement d’Angola a trouvé le concours de l’entreprise ZTS-Osos [représentée en France par Gaydamak, NDLR], qui n’est pas même une entreprise de droit français (…) Toute cette confusion délibérée s’était déjà produite avec monsieur Tarallo et je dois vous avouer, Monsieur l’Ambassadeur, qu’une telle situation nous laisse simplement perplexes. Ceux qui oeuvrent par des actions concrètes et d’ampleur au rapprochement entre nos deux pays finissent par avoir des problèmes (…) Monsieur l’Ambassadeur, l’amitié est comme une plante qui, si elle n’est pas régulièrement arrosée et fertilisée, s’assèche » [34]

Deux mois plus tard, le président Angolais s’immisce dans les affaires intérieures de la France. A travers correspondance adressée à Jacques Chirac il demande au pouvoir exécutif d’arrêter la machine judiciaire, le tout, toujours, sur fond de menace à peine voilée :

« Monsieur le Président (…) le gouvernement d’Angola a pris connaissance, à travers la presse, de l’existence d’une action judiciaire contre son mandataire officiel, M. Pierre Falcone, dont les répercussions causent de graves préjudices moraux à la République d’Angola et peuvent constituer un obstacle aux bonnes relations existant entre nos deux pays (…) La France n’est pas un fournisseur habituel de l’Angola en matériels d’armement ; de telle sorte qu’à aucun moment les équipements en cause n’ont transité, ni juridiquement ni matériellement, par le territoire de la République française ou à travers des entreprises ou des établissements français [argument repris par Hervé Morin, NDLR] (…) Pour cette raison, il nous paraît indispensable que l’Etat français, qui est impliqué dans ce processus, retire les plaintes qu’il a déposées aussi bien pour fraude fiscale que pour vente illicite d’armes. (…) Nous souhaitons également retenir l’attention de votre pays sur l’injustice qui nous paraît actuellement commise à l’encontre de notre mandataire, M.Falcone. M.Falcone est un grand ami de l’Angola. » [35]

L’homme fort de Luanda omet de dire qu’avant d’être un grand ami de l’Angola, Falcone, comme son acolyte Gaydamak, est d’abord son protégé, l’homme des basses besognes. « La société Brenco constituait une sorte d’interface entre la présidence angolaise (P. Falcone et son associé Arcadi Gaydamak ont reçu des passeports angolais et étaient « conseillers » du Président ; Brenco versait des sommes à diverses personnes et organismes français et angolais avec l’accord ou à la demande du Président angolais...) et des vendeurs d’armes de l’Europe de l’Est (notamment l’entreprise slovaque ZTS-Osos liée à Falcone). » [36] Falcone et Gaydamak ont arrosé le microcosme mondain parisien, sur ordre du parrain Dos Santos.

Les deux chargés de mission avaient accès aux comptes du gouvernement angolais ouverts auprès de la banque Paribas à Paris et à Genève. Certains ont parlé de la « privatisation de la guerre ». Une partie de ce trésor garanti sur l’or noir angolais s’est retrouvée sur les comptes particuliers de Falcone, du milliardaire Gaydamak et… du président Dos Santos, entre autres. « L’enquête chiffre à 397 millions de dollars les profits encaissés personnellement sur les ventes d’armes par Pierre Falcone et Arcady Gaydamak. » [37] De même, dans le cadre d’une enquête parallèle à l’Angolagate menée par le juge genevois Daniel Devaud, un compte du parrain, alimenté par Falcone, a été découvert au Luxembourg. « Confirmation de la brigade financière française : les comptes basés au Luxembourg -soit 37,1 millions de dollars- sont bel et bien au nom de M. Dos Santos » [38], écrivait Simon Petite en avril 2005.

L’Elysée est donc au courant des détournements faramineux des avoirs du peuple angolais par Dos Santos et ses affidés. Après avoir mis le parrain à l’abri des poursuites judiciaires, l’Etat français met les bâtons dans les roues de la justice pour permettre à ses filleuls de s’en sortir. D’après « d’insistants échos venus du sommet de l’Etat, Nicolas Sarkozy veut nommer le juge Courroye [qui dirige l’enquête, NDLR] à la tête du parquet de Paris, ce dernier devra peut-être se déjuger au grand jour » [39]. Qu’est-ce qui explique toutes mesquineries élyséennes ?

Le pétrole. Le business est florissant dans le pays de Dos Santos. L’Angola est devenu le premier producteur d’or noir de tout le continent africain. Les intérêts de Total, fleuron de l’industrie française et bien implantée sur place, sont directement menacés. A titre d’exemple, en octobre 2004, « Manuel Vicente, le tout-puissant patron de la Sonangol [Société national des hydrocarbures en Angola, NDLR], a adressé une lettre à Thierry Desmarest, le PDG de Total, lui signifiant que l’Etat angolais allait récupérer les concessions du bloc 3/80 qui arrivent à échéance. Stupeur dans les étages supérieurs de la Tour de la Défense, siège de la compagnie (…) D’après nos sources, c’est maintenant le bloc 17 qui va faire l’objet du chantage » [40].

Pendant plusieurs années, le soldat Chirac a tenté de résister aux assauts du Parrain, du moins a-t-il fait semblant. Son épigone, lui, a opté pour la danse du ventre. « Nicolas Sarkozy s’est rendu à Luanda, le 23 mai, les bras chargés de promesses de cadeaux. Le chef de l’Etat a ainsi annoncé la réouverture des bureaux de l’Agence française de développement (AFD), qui avaient fermé suite au refus angolais de payer une dette qui, à l’origine, n’était que de 60 millions FF, soit 9,1 millions d’euros… A peine quelques fûts d’une cargaison de pétrole. Cette dette va sans doute passer à l’ardoise magique en Club de Paris. Une victoire pour le Palais rose. » [41] Il était accompagné des dirigeants de Total, Castel, EADS, Bolloré, CMA-CGM, AIR France, Thales, et de la Société générale. Avant de prendre congé de son homologue, il lui a lancé, les yeux dans les yeux : « Je vous attends à Paris en 2009, vous allez reprendre vos habitudes sur la Côte d’Azur » [42].

Une fois le scandale de l’Angolagate étouffé, le parrain ira peut-être bronzer sur la croisette avec les crèmes solaires de l’Elysée et l’argent spolié aux Angolais, pendant ce temps l’espérance de vie de ses sujets est de 41 ans, 40 % d’entre eux vivent sous le seuil de pauvreté absolue, 62 % n’ont pas accès à l’eau potable, il y a 8 médecins pour 100 000 habitants et 1 400 décès pour 100 000 accouchements [43]. Dos Santos est au pouvoir depuis 29 ans et n’a pas l’intention de prendre sa retraite, le système Falcone a lui permis de détourner les ressources de l’Etat et d’enrichir sa clientèle…Tant pis. Avant le 6 octobre l’Elysée tient à désamorcer la bombe Angolagate. Les Angolais seront sacrifiés sur l’autel du chiffre d’affaires de Total et des entreprises françaises en Angola. Il y a un an l’“homme de la rupture ” déclarait pourtant la main sur le cœur : « Je veux lancer à tous les Africains un appel fraternel pour leur dire que nous voulons les aider à vaincre la maladie, la famine et la pauvreté et à vivre en paix. Je veux leur dire que nous déciderons ensemble d’une politique d’immigration maîtrisée et d’une politique de développement ambitieuse.

Je veux lancer un appel à tous ceux qui dans le monde croient aux valeurs de tolérance, de liberté, de démocratie et d’humanisme, à tous ceux qui sont persécutés par les tyrannies et par les dictatures, à tous les enfants et à toutes les femmes martyrisés dans le monde pour leur dire que la France sera à leurs côtés, qu’ils peuvent compter sur elle » [44]. Le pétrole rend amnésique, tous les psychologues vous le diront.


[1] Natalie Funès, « Pendant l’Angolagate, le business continue ».

[2] Renaud Lecadre, « En trombe, Nicolas Sarkozy solde les comptes de l’Angolagate », Libération, vendredi 23 mai 2008.

[3] Les Affaires sous la guerre, Armes, pétrole & argent sale en Angola, Global witness, Marseille, Agone, 2003, p.21.

[4] Idem.

[5] Global Witness, déjà cité, p.42.

[6] Pascale Robert Diart, « Mieux qu’un polar : l’angolagate », Le Monde.fr, 05 août 2008.

[7] Global witness, déjà cité. p.42.

[8] Cf. Paul Barril, « Former Aide : Mitterrand Case, “Disaster for France” », Reuters, 23 décembre 2000.

[9] Pascale Robert Diart, déjà cité.

[10] Antonio Garcia, « Le tribunal jugera 42 personnes », voire RFI, http://www.rfi.fr/actufr/articles/0...

[11] Pascale Robert Diart, déjà cité.

[12] Renaud Lecadre, déjà cité.

[13] Hervé Gattegno, « Affaires-Angolagate : la lettre qui change tout », Le Point, 17 juillet 2008.

[14] Fabrice Tassel, « Hervé Morin, ministre de la défense de Pierre Falcone », Libération, samedi 16 juillet 2008.

[15] Nicolas Beau, « L’étudiant en droit Morin peut mieux faire », Bakchichinfo, mardi 22 juillet 2008.

[16] Hervé Gattegno, déjà cité.

[17] Nicolas Beau, déjà cité.

[18] Global witness, Les Affaires sous la guerre, Armes, pétrole & argent sale en Angola, Marseille Agone, 2003.

[19] Idem, p.44.

[20] « Pierre Falcone condamné à quatre ans fermes pour fraude fiscale », dépêche AFP du vendredi 18 janvier 2008.

[21] Pascale Robert-Diard, déjà cité.

[22] Global witness, déjà cité.

[23] Renaud Lecadre, « Marchiani, l’homme de l’hombre qui embarrasse Sarkozy », Libération, samedi 26 avril 2008

[24] Idem

[25] Pascale Robert Diard, déjà cité.

[26] « Angolagate, le tribunal jugera 42 personnes », cf. le site Internet de Rfi, http://www.rfi.fr/actufr/articles/0...

[27] Angolagate : Jean-Christophe Mitterrand se dit "totalement innocent", cf. interview accordée à Jean-Philippe Deniau sur Franceinfo le 18 septembre 2008, http://www.france-info.com/spip.php...

[28] « Angolagate : 42 accusés pourraient être jugés », Nouvelobs.com, 23 juin 2008.

[29] « Maintien du contrôle judiciaire de Sulitzer dans “l’Angolagate” », dépêche Reuters publiée le 24 octobre 2007 à 18h48.

[30] Pascale Robert Diard, déjà cité.

[31] Nicolas Beau, « L’étudiant en droit Morin peut mieux faire », Bakchichinfo, mardi 22 juillet 2008.

[32] Marianne Enault, « Angola : réconciliation express », leJDD.fr, http://www.lejdd.fr/cmc/internation...

[33] Idem

[34] « L’ « Angolagate » vu d’Angola, « l’amitié est comme une plante », Politique africaine, n°82 juin 2001.

[35] « José Eduardo Dos Santos à Jacques Chirac : « Retirez vos plaintes », Le Nouvel Observateur, nº1907, semaine du jeudi 24 mai 2001.

[36] « L’ « Angolagate » vu d’Angola, « l’amitié est comme une plante », Politique africaine, n°82 juin 2001.

[37] Gilles Trequesser, « L’accusation résiste aux assauts contre le procès « Angolagate » », Le Point, 29 juillet 2008.

[38] Simon Petite, « La Suisse va rendre des millions à l’Angola », Le Courrier, samedi 02 avril 2005.

[39] Hervé Gattegno, « Affaires-Angolagate : la lettre qui change tout », Le Point, 17 juillet 2008.

[40] La Lettre du continent, n°458, 11 novembre 2004

[41] La Lettre du continent, n°542, 5 juin 2008.

[42] Idem.

[43] Rapport sur le développement humain 2007/2008

[44] Discours de Sarkozy le soir de son élection

L'affaire des ventes d'armes à l'Angola vue par Wikipédia:


LETTRE CLASSEMENT DE L'AFFAIRE FALCONE EN SUISSE


mardi 18 janvier 2005

Voici le texte intégral de la lettre du Procureur général de Genève qui informe les avocats de Pierre Flacone du classement de son affaire en Suisse.

RÉPUBLIQUE ET CANTON DE GENÈVE

POUVOIR JUDICIAIRE

PROCUREUR GÉNÉRAL

1211 Genève 3

Palais de justice, le 21 décembre 2004

LSI

Me Jean-François DUCREST

Marc HENZELIN

Me Ajexander TROLLER

N/réf : ZAP/nov Concerne : P 171/02

Maîtres,

Vous me savez saisi de la P/171/02, dirigée contre vos mandants, laquelle m’a été communiquée par Mme le Juge d’instruction.

Je vous informe procéder au classement de la procédure dirigée contre vos mandants, ce pour les motifs suivants, Le 23 avril 2002, M. Pierre FALCONE a été inculpé de blanchiment d’argent (art, SOSbis CP)7 de soutien à une organisation criminelle (an, 260ter CP) et, depuis le 1er mai 2000, de corruption d’agents publics étrangers (art. 322septies CP) pour avoir, notamment à Genève et en temps non prescrit, dans le cadre d’une organisation secrète oeuvrant entre Genève, Moscou et Luanda poursuivant le but de se procurer des revenus illicites par des moyens criminels tels que la corruption et la gestion déloyale des intérêts publics, déployé des actions concourant à la poursuite de ce but. L’inculpation reprochait plus spécifiquement à M » FALCONE d’avoir collaboré à la mise en place d’une structure utilisant des sociétés-écran, notamment la société Abalone Investment Ltd. dont il était l’actionnaire, destinées à soutirer au préjudice de la République de l’Angola, voire de la Fédération de Russie, des ressources financières leur revenant, ce dans le contexte de la restructuration de la dette de l’Angola envers la Fédération de Russie.

Postérieurement à cette inculpation, la procédure menée par le Juge d’instruction a connu les développements suivants :

1. Le 26 avril 2004, a été entendu par le Juge d’instruction M. Enrique COSIO-PASCAL, expert en finances publiques près la Banque Mondiale et les Nations Unies, M. COSIO-PASCAL a indiqué que la restructuration intergouvemementale de 1996, par laquelle la Fédération 4e Russie avait consenti à l’Angola un abattement de 70% sur la vajeur nominale de sa dette, était courante pour ce type de rééchelonnement, de même que Tétait la période de grâce de 5 ans précédant un remboursement en 31 semestrialités avec un taux d’intérêts de 6 % l’an. De cette façon, l’intervention subséquente d’Aba !one permettait d’un côté à la Fédération de Russie d’encaisser de manière anticipée 50 % du montant restructuré de là dette, alors que sa valeur de marché était de 30 %, et de l’autre côté à l’Angola de se voir offrir la possibilité de racheter sa dette franche des intérêts capitalisés courants qu’elle devait, M. COSIO-PASCAL a ainsi conclu que la solution offerte par l’intervention d’Abalone était avantageuse tant pour la Fédération de Russie que pour l’Angola, la seule entité prenant un risque commercial effectif étant Abalone. Ce risque commercial s’est concrétisé en 1999, raison pour laquelle une solution alternative a été négociée entre Abalone et la Fédération de Russie, permettant à Abalone de désintéresser la Russie par la remise de titres de dettes russes à l’égard du Club de Londres incorporant la 4ette de l’ancienne Union Soviétique’ envers ses créanciers commerciaux occidentaux, La remise de ces titres à Abalone permettait à la Russie de diminuer sa dette publique. Le financement permettant l’acquisition des titre$ de dettes russes a été opéré grâce à l’intervention d’un banquier russe, Vitaly MALKIN, lequel en contrepartie entra dans le capital-actions d’Abalone, M. COSIO-PASCAL confirme que cette solution alternative était parfaitement équilibrée et avantageuse pour les Etats concernés.

2. Dans le cadre 4e la procédure, le Juge d’instruction avait ordonné le 5 février 2001 1g. saisie de 15 "promissory notes" en possession de l’UBS SA. Le 5 mars 2001 et le 27 février 2002, la Fédération de Russie a sollicité la levée de la saisie frappant les "promissory notes" précitées, lesquelles étaient demeurées propriété de la Fédération de Russie. Le 12 février 2003, la Fédération de Russie a renouvelé sa requête en levée de saisie, en précisant qu’elle ne se plaignait d’aucun préjudice dans le cadre de la négociation de la dette de la République d’Angola. Les 7 et 21 mars 2003, la Fédération de Russie a sollicité à nouveau du Juge qu’il levât la saisie frappant les ’’promissory notes", indiquant que le transfert à Abalone desdites "promissory notes" avait été totalement compensé par la réception des bons de la Fédération de Russie. La Fédération de Russie allégua que le dommage résultant du blocage des "promissory notes" se montait à quelques dizaines de millions 4e dollars. La Fédération de Russie a finalement formé recours contre le silence prolongé du Juge d’instruction valant refus de lever la saisie conservatoire des 15 "promissory notes". Statuant sur ledit recours, la Chambre d’accusation, par ordonnance du 29 octobre 2003, a ordonné la levée de la saisie conservatoire ordonnée le 5 mars 2001.

3. Dans la même décision, la Chambre d’accusation a notamment relevé que "La Fédération de Russie, qui est propriétaire des titres saisis, a indiqué n’avoir subi aucun préjudice dans le cadre de l’accord avec l’Angola. Une fois encore, aucun élément ne permet de douter de celte affirmation. La thèse selon laquelle la société Abalone aurait été mise en place par Pierre FALCONE et ses acolytes pour lui soutirer des fonds, ne saurait donc être suivie. Dès lors il n’existe pas d’indices suffisants à la commission d’une infraction".

4. M. Vitaly MALKIN n’a pas été inculpé dans le cadre de la présente procédure, mais a été entendu uniquement en qualité de témoin. A cet égard, le Juge d’instruction a confirmé, par courrier du 23 février 2004 adressé au Conseil de M. MALKIN, que la Chambre d’accusation avait admis qu’il n’y avait p^s d’élément indiquant la commission d’une infraction par l’une des parties aux différents contrats conclus depuis 1996, relatifs au remboursement de la dette angolaise. Postérieurement.à ce constat, le Juge d’instruction a ordonné le 12 juillet 2004 la levée de la saisie pénale frappant le compte bancaire sur lequel M, Vitaly MALKIN avait hébergé sa paît de profit commercial résultant de son intervention dans Abalone et dans la restructuration de la dette angolaise.

En substance, il résulte de ce qui précède que postérieurement à l’inculpation de M. FALCONE, la Chambre d’accusation a estimé qu’aucune infraction ne pouvait être imputée- à ce dernier dans le cadre de la restructuration -de la dette angolaise. La Fédération de Russie, qui aurait été la première lésée d’actes frauduleux, a expressément déclaré n’avoir subi aucun dommage. L’aspect avantageux pour les Etats russe et angolais des accords intervenus a été souligné par un témoin spécialiste en cette manière. Enfin, les saisies pénales précitées ordonnées dans le cadre de la présente procédure ainsi que dans le cadre de la procédure dont cette dernière a été disjointe ont été levées respectivement par la Chambre d’accusation et le Juge d’instruction, cette levée frappant également les avoirs de M. MALKIN lequel n’a pas été inculpé par le Juge d’instruction.

Il en résulte que la prévention de commission d’une infraction pénale dans le contexte de la présente procédure n’est pas donnée en ce qui concerne les personnes mises en cause. Le classement s’impose dès lors. La présente vaut notification de cette décision de classement, contre laquelle vos mandants peuvent recourir en déposant des conclusions motivées, dans un délai de dix fours, auprès de la Chambre d’accusation (art, 192 CPP).

Je vous prie de croire, Maîtres, à l’assurance de ma parfaite considération.

Le Procureur général, Daniel ZAPPELLI

JACQUES CHIRAC AU PIED DU MUR PAR LE PRESIDENT DOS SANTOS
Le président de l’Angola, Eduardo Dos Santos, menace de retirer à Total un contrat de 10 milliards de dollars, le 15 février prochain, si le gouvernement ne fait pas un geste en faveur de Pierre Falcone, poursuivi pour trafic d’armes, et qui vient d’être blanchi en Suisse.

Jacques Chirac est au pied du mur. Eduardo Dos Santos, le président de l’Angola, lui a posé un ultimatum : ou bien la France fait un geste significatif en faveur de Pierre Falcone avant le 15 février prochain, ou bien un contrat d’exploitation de Total de 10 milliards de dollars ne sera pas renouvelé à cette date, pour être attribué à ses concurrents américains. Déjà, en guise d’avertissement, un contrat de 1 milliard de francs de Total n’a pas été renouvelé il y a quelques mois (pour en savoir plus, cliquez ICI ), tandis qu’Air France était déboutée de sa demande d’une deuxième fréquence sur Luanda, alors qu’elle était accordée à British Airways. Alcatel n’était pas retenue pour l’équipement en téléphone de ce pays en pleine reconstruction.

L’Angola n’a cessé de faire pression sur le gouvernement français pour sauver Pierre Falcone, depuis que cet homme d’affaires a été mis en examen, en 2000, par le juge Philippe Courroye pour "commerce illicite d’armes", "trafic d’influence" et "abus de biens sociaux".

Falcone est resté un an en prison. Il n’a pu se soustraire à un contrôle judiciaire strict qui lui interdisait de quitter la France qu’en se faisant nommer représentant de l’Angola à l’UNESCO, avec l’accord du ministère français des affaires étrangères. Furieux, le juge Courroye a lancé contre Falcone un mandat d’arrêt international qui ne peut être suivit d’effet en raison de son statut diplomatique.

UNE AFFAIRE MONTEE PAR DES PROCHES DE L'ELYSEES

Au départ, cette affaire a été montée par des proches de l’Elysée. L’objectif était d’éclabousser Charles Pasqua, qui aurait bénéficié indirectement de fonds venus de la société de Pierre Falcone, afin de l’empêcher de se présenter à l’élection présidentielle de 2002. Mais elle va vite éclabousser d’autres personnalités, de Jean-Christophe Mitterrand à Jacques Attali ou Hubert Védrine en passant par Paul-Loup Sulitzer et bien d’autres. Le juge Courroye semblait vouloir accumuler les personnalités épinglées sans en faire le tri. Jusqu’à présent, l’Elysée a répondu aux pressions de l’Angola par de bonnes paroles non suivies d’effet. Ce qui n’a pas empêché la France de demander le soutien de l’Angola à l’ONU avant le déclenchement de la guerre en Irak. Cette position n’est plus tenable. Elle l’est d’autant moins que le trafic d’armes imputé à Pierre Falcone n’a jamais véritablement existé. Celui-ci n’a fait qu’organiser une vente d’armes entre la Russie et l’Angola, deux Etats souverains, non soumis à embargo. Ces armes n’ont jamais transité par la France. Deux notes successives du secrétariat de la défense nationale, dépendant du 1er ministre, avaient indiqué au juge Courroye que l’accusation de commerce illicite d’armes ne pouvait être retenue. Le juge n’en a pas tenu compte. Il a lui-même poussé le parquet à obtenir d’Alain Richard, ministre de la défense de Lionel Jospin, le dépôt d’une plainte pour trafic d’armes qui lui permettra de poursuivre son instruction. Richard déposera plainte en sa basant, fait sans précédent, sur la pression médiatique...

DEUX SOLUTIONS Quel geste concret le gouvernement peut-il faire pour donner satisfaction à Dos Santos et ramener l’affaire à de plus justes proportions ?

1 - Il peut demander au parquet de Paris de faire des réquisitions pour retirer la mise en examen pour trafic d’armes. Cette solution aurait l’inconvénient de mouiller le pouvoir sans garantie d’efficacité : car la décision finale appartient toujours au juge Courroye, qui a fait de sa relation avec Pierre Falcone un combat personnel, en particulier depuis que celui-ci a quitté la France à son nez et à sa barbe.

2- L’autre solution serait que Michèle Alliot-Marie retire la plainte de son prédécesseur. Pierre Falcone resterait mis en examen pour trafic d’influence et abus de bien social, mais la fin de l’action publique pour trafic d’arme aurait des conséquences en cascade, aussi bien pour Falcone que pour tous les autres mis en examen. Mais il semble que la ministre de la défense ait beaucoup de mal à entendre les discrètes suggestions qui lui sont faites : car le retrait de la plainte pour trafic d’armes risquerait d’être reçue par l’opinion comme un désaveu du juge. Difficile à assumer politiquement.

CLASSEMENT SANS SUITE EN SUISSE

Les Suisses n’ont pas eu ces pudeurs. En même temps qu’en France, Pierre Falcone était en effet inculpé, à Genève, de "blanchiment d’argent", "soutien à une organisation criminelle" et "corruption d’agents publics étrangers". On lui reprochait d’avoir détourné à son profit des milliards de dollars, à travers sa société Abalone, en restructurant la dette de l’Angola vis-à-vis de le Russie, dette contractée au temps de l’URSS. L’argent, qui transitait par la Suisse, avait été saisi en mars 2001. Les juge Devaux, en Suisse et Courroye, en France, échangeaient leurs informations. Devaux était venu à plusieurs reprises interroger Falcone dans sa prison, en France. Or le volet suisse a fait l’objet, le 21 décembre dernier, d’un classement sans suite. Un rapport d’expert a estimé que « la solution offerte par l’intervention d’Abalone était avantageuse tant pour la Fédération de Russie que pour l’Angola, la seule entité prenant un risque effectif étant Abalone ». Pour ce motif, la chambre d’accusation du canton de Genève avait déjà ordonné la levée de la saisie.

Elle a jugé en décembre « qu’aucune infraction ne pouvait être imputée à Pierre Falcone dans le cadre de la restructuration de la dette angolaise ». Le procureur général de Genève, Daniel Zappelli a aussitôt décidé le classement sans suite .

Les deux volets de l’affaire se ressemblent : dans les deux cas, la Russie et l’Angola n’on déposé aucune plainte. Mieux, en Suisse comme en France, les deux pays n’ont cessé de se féliciter du rôle joué, dans leur intérêt réciproque, par Pierre Falcone. Jacques Chirac et Michèle Alliot-Marie oseront-ils s’engager ?

Airy Routier-Le Nouvel Observateur (le mercredi 12 janvier 2005)
PIERRE FALCONE

Octobre 2009 : Prison ferme dans l'Angolagate
Mai 2009 : Appel, prison ferme (théorique) pour Pierre Falcone et Pierre Pasqua
Décembre 2007 : Sofremi. Prison ferme pour Pierre Falcone et Pierre Pasqua. Pour le préfet Jean-Charles Marchiani : relaxe.
Octobre 2007 : Le Président Sarkozy rencontre le Président de l'Angola à l'ONU : La justice française lève deux mandats d'arrêt internationaux contre Pierre Falcone, ambassadeur de l'Angola à l'Unesco
Juin 2005 : Un banquier en examen
Août 2004 : Procès en diffamation
Juillet 2004 : La France négotie. Un marchand d'armes bien protégé
Mai 2004 : Falcone se moque
Le rapport des experts
Novembre 2003 : Immunité parlementaire pour Jean-Charles Marchiani
Septembre 2003 : Immunité pour Pierre Falcone
Janvier 2003 : Témoignage accablant
Octobre 2002 : Falcone et Gaydamak...... intermédiaires planétaires
25 octobre 2002 : Pierre Falcone en liberté
15 octobre 2002 : Pierre Falcone retourne en prison

Août 2002 : Le rapport secret met en cause Charles Pasqua

31 mai 2002 : Les hôtesses travaillaient pour Falcone
24 mai 2002 : Pierre Falcone inculpé en Suisse

13 avril 2002 : Hubert Védrine et Jacques Attali
1er avril 2002 : Le trafic d'armes vers l'Angola s'est poursuivi jusqu'à l'été 2000
Le Parisien, 28 février 2002
La Nouvelle République, 22 février 2002
Le Monde, 10/11 février 2002
Le Monde, 15 janvier 2002
Le Figaro, 09 janvier 2001
Libération, 20/21 janvier 2001
Le Parisien, 12 juillet 2001
L'Express, 18 octobre 2001
Le Parisien, 07 novembre 2001
Le Parisien, 30 novembre 2001
Le Monde, 01 décembre 2001
Le Monde 04 décembre 2001

Libération, 23/24 décembre 2000, p. 4
De mère colombienne, de père napolitain, Pierre Falcone, âgé de 46 ans, passe pour être, sur la scène angolaise, beaucoup plus qu'un marchand d'armes qui aurait mis à profit la guerre opposant le régime d'Eduardo Dos Santos à son opposant Jonas Savimbi, le leader de l'Unita.

On lui prête une implantation dans les exploitations de diamants, dans l'hôtellerie. Bref, dans les milieux diplomatiques, il passe pour avoir investi une part de l'économie angolaise. Vrai, faux? Le dirigeant de Brenco international, actuellement incarcéré à la prison de la Santé, a surtout mis en place une petite PME de vente d'armes aux ramifications internationales difficiles à cerner.

Brenco Trading Limited à l'île de Man, Brenco Investment à Montréal, Brenco Limited à Londres, Brenco Coren SA à Bogota. Il a aussi des filiales en Argentine, en Birmanie. Cette liste parle un peu d'elle-même. Falcone n'hésite pas à braver les embargos. Ainsi en Birmanie, il va vendre 24 hélicoptères polonais à travers la Setraco, en 1992. Grâce à l'introduction des hommes de Pasqua, il parvient à devenir l'un des agents de la Sofremi, l'office de ventes d'armes du ministère de l'Intérieur, en 1989. Yan Guez, un collaborateur de l'ancien ministre de l'Intérieur, le fait venir. Falcone va se faire représentant de commerce officiel.

En Colombie, en Guinée, à Madagascar, en Russie, au Kazakhstan, il conduit des délégations d'industriels. Et bien sûr en Angola. Son plus gros marché - 500 millions de dollars d'armement - est conclu avec le régime du président Dos Santos. Bien que le ministère de l'Intérieur français soit derrière le deal, il s'agit d'armes provenant de l'ex-URSS.
C'est que Falcone s'est associé à l'homme d'affaires russe Arcadi Gaydamak. Les deux hommes seront payés en pétrole, à travers des sociétés de trading. L'ennui c'est que le paiement sera découvert par le fisc en 1996, sur un compte de la banque Paribas. Une société slovaque, Zts-Ozos, a vendu les armes. Falcone et son associé russe Arcadi Gaydamak ont la procuration. Le fisc savait depuis 1993 que Falcone travaillait avec la Sofremi. Les juges vont découvrir que le contrat angolais fait partie d'un plan plus vaste de coopération couvert par le ministère de l'Intérieur et le préfet Jean-Charles Marchiani. Ils trouvent toutes les coordonnées de l'ancien député du Var, aujourd'hui parlementaire européen, dans les archives de Brenco.

Ils soupçonnent des dons au RPF de Pasqua. Mais n'en ont pas la preuve. Falcone quitte l'orbite de la Sofremi en 1998, après avoir tenté une nouvelle vente à l'Angola, finalement refusée par la Commission interministérielle pour l'étude de l'exportation des matériels de guerre. Un contrat de 225 millions de francs portant sur des radars et des caméras thermiques. L'Angola reste un no man's land diplomatique pour les marchands d'armes. Et Falcone est devenu trop sulfureux.

09 janvier 2001.

"Falcone a arrosé tout le monde pendant des années".
C'est la terrible accusation formulée par le PDG de la Sofremi à l'égard de l'homme d'affaires Pierre Falcone, mouillé dans l'affaire du trafic d'armes en Angola.
Philippe MATHON, Le Figaro, mardi 09 janvier.

Pierre Falcone, mis en examen et écroué depuis le 1er décembre dans une affaire de ventes d'armes vers l'Angola, "a arrosé tout le monde pendant des années", affirme le PDG de la Sofremi, Henri Hurand, dans un entretien au Figaro.

"J'ai la conviction que Pierre Falcone a arrosé tout le monde pendant des années", affirme M. Hurand, nommé à la tête de la Sofremi (Société française d'exportation du ministère de l'Intérieur) en octobre 1997, et qui doit être prochainement entendu comme témoin dans le cadre de cette affaire dans laquelle Jean-Christophe Mitterrand est incarcéré à la prison de la Santé. Voilà des termes peu courants de la bouche d'un homme de ce rang. Des propos qui ne sont pas sans rappeler Alfred Sirven, l'homme-clé de l'affaire Elf actuellement en fuite, qui se plaisait à dire que tout le monde "lui mangeait dans la main".

"Rémunérations exorbitantes"
"La règle générale était que sur chaque marché intervenait un intermédiaire particulier. Or, à partir de 1992, Pierre Falcone est l'unique interlocuteur de la Sofremi. C'est totalement anormal. Il obtient des rémunérations exorbitantes sur chaque opération", explique M. Hurand. "La Sofremi a donné beaucoup d'argent à Falcone pour rien", ajoute-t-il, estimant que ce dernier "a utilisé la Sofremi comme paravent pour ses activités personnelles".

Dirigeant de fait de la société de ventes d'armes Brenco International, Pierre Falcone est considéré par l'accusation comme le personnage central de ce dossier instruit par les juges d'instruction Philippe Courroye et Isabelle Prévost-Desprez. Les locaux de la Sofremi ont été perquisitionnés il y a une semaine par le juge Courroye. Une perquisition a également eu lieu mardi dans les locaux parisiens de la société de Brenco, à la demande des juges d'instruction Philippe Courroye et Isabelle Prévost-Desprez.

Pasqua et Joxe dans le collimateur
Pasqua, une nouvelle fois cité dans l'affaire Falcone -
Interrogé sur la connaissance que pouvait avoir le ministère de l'Intérieur, -dont dépend la Sofremi -, de ces agissements, M. Hurand rappelle que Falcone a travaillé sous quatre ministres de l'Intérieur successifs mais que "la période la plus significative est celle de Charles Pasqua". "Tout le monde sait que celui-ci a toujours suivi de près ce genre de marchés internationaux et que c'est lui qui a nommé le tandem Dubois-Poussier à la tête de l'entreprise", ajoute-t-il, notant "au passage, que Poussier (ancien directeur général de la Sofremi écroué depuis le 14 décembre dans ce dossier, NDLR) a des origines corses".

"On peut distinguer trois catégories de ministres de l'Intérieur. Ceux qui ont entretenu des liens étroits avec la Sofremi: c'est le cas de Pasqua mais également du créateur de l'entreprise, Pierre Joxe. Ceux qui ne s'en sont pas réellement préoccupés, tels Philippe Marchand et Paul Quilès, et ceux qui s'en sont méfiés. C'est le cas de Jean-Louis Debré".

M. Hurand explique en outre qu'il a fait réaliser, à son arrivée à la tête de l'entreprise, "un audit par un cabinet indépendant" à la suite duquel il a engagé "une véritable mission d'assainissement". Ce document, "depuis la semaine dernière entre les mains du juge Courroye", "montre que le train de vie de la société était considérable", explique-t-il, soulignant qu'il "ignorait tout, jusqu'à ces dernières semaines" du marché des ventes d'armes à l'Angola. Les juges d'instruction enquêtent sur des armes vendues en 1993-94, pour un montant global de plus de 500 millions de dollars, au régime angolais du président José Eduardo Dos Santos et aux importantes commissions qui auraient été versées en marge de ces contrats.

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Libération, 20/21 janvier 2001, Affaire Falcone: le Cameroun fait fi des salades françaises. Yaoundé s'étonne de la curiosité des juges français.
Par CHRISTOPHE AYAD.

Les Camerounais n'ont aucune envie d'être impliqués dans le scandale français des ventes d'armes, instruit par les juges Philippe Courroye et Isabelle Prevost-Desprez. Les révélations du Monde sur des ventes d'armes de Brenco, société de Pierre Falcone, au Cameroun et l'intérêt des magistrats français ont provoqué l'incompréhension des autorités locales. Interrogé sur ce sujet par Libération, le ministre de la Défense, Ahmadou Ali, s'est d'abord dit «étonné». «A l'époque des faits cités, en 1994, j'étais secrétaire d'Etat à la Défense. Je n'ai jamais rencontré M. Falcone.»

Le responsable gouvernemental a fait rechercher dans les archives de son ministère les correspondances entre la société de Pierre Falcone et le ministère de la Défense. Ses services ont retrouvé trois commandes passées par le ministère de la Défense à ZTS-Osos en 1994. Le premier, en date du 16 mars 1994, porte sur 1598300 dollars, le deuxième, du 28 mars, pour un montant de 263000 dollars et le troisième, du 31 mars, est de 747500 dollars. «Soit un total de 2,6 millions de dollars d'armes légères défensives, et non pas 72 millions», précise-t-on côté camerounais. «La somme a été payée à ZTS-Osos, société d'Etat tchèque, expliquent les officiels camerounais. Nous n'avons rien versé à M. Falcone: s'il a reçu un pourboire des Tchèques, ce n'est pas notre problème.»

Propositions.
Le ministère de la Défense camerounais a aussi retrouvé une correspondance entre Falcone et Edouard Akame Mfoumou, ministre de la Défense à l'époque: Falcone y propose divers armements. Mais les Camerounais s'emmêlent dans les dates. Ces documents seraient datés de 1996. Un fax du 29 février, à en-tête de Brenco France, annonce que Pierre Falcone prépare de la documentation.

Hélicoptères.
Dans un autre fax de trois pages, daté du 1er mars, Pierre Falcone s'excuse de son «retard». Il dit avoir contacté des fabricants «dans les trois jours suivant [son] retour. S'ensuit une liste de matériels militaires, dont certains de "production tchécoslovaque"». Deux solutions «de lanceurs de roquettes sont proposées: le POM35 ou POM70, plus recommandable, et le POM14, transportable par hélicoptère». Justement, des hélicoptères MI17, de fabrication russe, sont bien proposés à la vente à 2,9 millions de dollars pièce. Le fax précise que le MI17 est «l'équivalent du Superpuma français, qui coûte 13 à 14 millions de dollars». Ce fax est accompagné d'une abondante documentation décrivant les armements. Un dernier courrier, du 12 mars 1996, propose une courte liste complémentaire de matériel.

Apparemment, ces contacts ont été concluants: le Cameroun aurait commandé, «en urgence» et par trois lettres datées de mars 1996, des lance-roquettes (vingt FPG9 et cent RPG7), pour un montant total de 3 millions de dollars.

Mais Ahmadou Ali s'étonne des chiffres cités dans la presse française: «Les armes, ça pèse lourd. Pour 72 millions de dollars, 30 tonnes ce n'est rien. A ce prix-là, ça doit être une bombe atomique! ironise-t-il. Si le Cameroun avait acheté des armes pour ce montant, ça fait longtemps que nous aurions chassé les Nigérians de Bakassi.»

«Petites choses».
Edouard Akame Mfoumou, son prédécesseur, a un peu plus de mémoire. «Bien entendu, j'ai rencontré M. Falcone en 1994. Il m'a été recommandé par mon patron (le président camerounais Paul Biya, ndlr). Il est venu à Yaoundé avec son avion personnel. Il nous a présenté une liste de tous les matériels qu'il était capable de livrer, cela faisait effectivement un montant total de 72 millions de dollars. Et dans cette liste, nous avons choisi des petites choses pour un montant total de 2,5 millions de dollars.» Il se souvient encore du système de paiement: «Pierre Falcone nous a indiqué le nom d'une société tchèque, ZTS-Osos, pour le paiement. C'est à elle que nous avons réglé la somme.» Mais leur souci n'est pas dans les dates ou le montant des versements. «Le Cameroun est un Etat souverain qui a le droit d'acheter des armes pour se défendre, insiste Ahmadou Ali. Si c'est un règlement de comptes franco-français, nous ne voulons pas y être mêlés.».

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Un haut magistrat mis en examen

CE QU'IL EST CONVENU d'appeler l'« Angolagate » vient de s'enrichir d'un nouvel épisode puisqu'il concerne un haut magistrat. Georges Fenech, substitut au parquet général de Lyon, a été mis en examen mardi soir par la juge d'instruction Isabelle Prévost-Desprez, pour « recel d'abus de biens sociaux » et placé sous contrôle judiciaire. Il n'a désormais plus le droit d'entrer en contact avec l'un des protagonistes de cette gigantesque affaire de vente d'armes illicite vers l'Angola, en l'occurrence Arcadi Gaydamac, l'homme d'affaires d'origine russe associé de Pierre Falcone au sein de la société Brenco, à travers laquelle ont été vendues des armes à l'Angola.
Georges Fenech avait été convoqué par la brigade financière et placé en garde à vue avant d'être présenté à la magistrate. Celle-ci s'intéresse de près à un virement de 100 000 F (15 245 €) effectué par la société Brenco de Pierre Falcone à l'Association professionnelle des magistrats (APM) présidée à l'époque par Georges Fenech. Les traces de ce don figuraient sur une disquette saisie chez l'assistante de Pierre Falcone. Interrogé sur ce mécénat, qui consistait, pour Pierre Falcone, à souscrire 25 abonnements de deux ans à la revue de l'APM, Georges Fenech a estimé que le patron de Brenco avait agi de façon désintéressée. La magistrate n'a pas été convaincue, d'autant qu'elle a appris que Falcone et Fenech sont entrés en contact via le général Claude Mouton, qui fut, de 1993 à 2000, vice-président de la Compagnie des signaux. Cette entreprise de matériel électronique de défense a, elle aussi, commercé avec l'Angola. Coïncidence peut-être, le général Mouton est devenu l'an dernier directeur général de Brenco, et il est lui aussi mis en examen pour recel d'abus de biens sociaux dans cette affaire.

« J'ignorais que Brenco vendait des armes »
Par ailleurs, les enquêteurs ont relevé qu'une plainte de l'organisme de lutte antiblanchiment Tracfin sur les flux financiers de Brenco avait été classée sans suite par le parquet de Paris, en janvier 1997. Or le magistrat qui a pris cette décision est un ancien membre de l'APM, parti quelque temps plus tard pantoufler à la Compagnie des signaux. La justice se demande si les 100 000 F versés à Brenco ne constitueraient pas un renvoi d'ascenseur après la mansuétude de certains magistrats. « J'ignorais que Brenco vendait des armes. Pour moi, cette société faisait de la vente de produits alimentaires. Je ne peux pas être responsable des problèmes judiciaires de M. Falcone. Le système judiciaire est devenu fou car les juges font des constructions intellectuelles et ne s'attachent pas aux faits. On en arrive à ces dérives car les magistrats n'ont aucune responsabilité et n'ont pas à rendre compte des dégâts qu'ils peuvent causer », s'indignait hier soir Georges Fenech, estimant qu'il s'agit aussi d'une « grave atteinte à la liberté syndicale car plus aucune société ne fera désormais de dons à une association ». Son avocat, Lev Forster, a prévu de saisir la chambre de l'instruction pour faire annuler cette mise en examen qui ne « repose sur aucun indice ».

Mais une autre affaire risque de resurgir. Pourquoi Georges Fenech, lorsqu'il était le patron de l'APM, est-il allé au Gabon en décembre 1998 surveiller les élections du président Bongo en compagnie de magistrats recrutés dans son syndicat et d'un avocat qui assure aujourd'hui la défense de l'un des principaux protagonistes impliqué dans le trafic d'armes vers l'Angola ? Cette proximité très particulière intéresse aussi les enquêteurs, qui veulent décortiquer son réseau de relations qui croise tous les personnages mis en cause dans le dossier. « Je suis effectivement l'ami d'avocats mais pas pour autant de leurs clients », réplique le magistrat qui voit dans cette nouvelle morale dictée par les juges « la fin » de toute relation sociale.
Alain Frédéric et Jean-Marc Ducos

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Pierre Falcone trahi par son disque dur *

Les éléments trouvés sur l'ordinateur de l'homme d'affaires incarcéré éclairent d'un jour nouveau l' «Angolagate»

Un petit miracle informatique va sans doute donner un second souffle à l'instruction du juge Courroye sur le trafic d'armes en Angola: après des mois de travail, l'expert Serge Migayron est parvenu à «faire parler» le disque dur d'un ordinateur saisi avenue Kléber, dans les locaux de l'homme d'affaires Pierre Falcone, incarcéré depuis décembre 2000. L'expert a notamment exhumé le compte rendu d'activités complet des années 1999-2000. Cette liste de «mémos» - authentifiée, le 1er octobre, devant le juge par l'assistante de Falcone, Isabelle Delubac - témoigne de l'extrême «générosité» de l'homme d'affaires avec ses célèbres amis.

En face de son nom de code, un autre mémo indique: «500 000 FR»
On y apprend ainsi qu'une société de pêche mauritanienne de Jean-Christophe Mitterrand, Iwik, a bénéficié d'un virement de 300 000 dollars (2 millions de francs) en 1999. Interrogé fin août par le juge Courroye, le fils de l'ancien président de la République avait pourtant nié que ce virement provenait de Pierre Falcone... Un autre ami de ce dernier apparaît lui aussi très régulièrement dans ces nouveaux mémos, sous le pseudonyme «Robert»: il s'agit du député européen Jean-Charles Marchiani, mis en examen dans le dossier. Selon ces documents inédits, Falcone a mis à la disposition de ce proche de Charles Pasqua une voiture avec chauffeur à partir de 1999. Mais Marchiani ne s'est apparemment pas contenté de cette généreuse aide en nature. En face de son nom de code, un autre mémo indique: «500 000 FR». Selon Isabelle Delubac, qui a tapé ce document à l'époque, cela signifie que le député européen devait percevoir cette somme.

Au milieu de ces centaines de comptes rendus et de messages téléphoniques, au détour desquels apparaît également Jacques Attali (sous le pseudonyme de «Lunettes»), on trouve encore trace de deux virements en faveur du général Mouton, un ancien haut gradé du Secrétariat général de la défense nationale, recruté par Pierre Falcone. Au total, 500 000 francs ont atterri sur un compte bancaire subtilement baptisé «Panurge»... Fort de ces nouveaux éléments, le juge Courroye a entendu, ces derniers jours, les principaux acteurs de ce dossier à tiroirs. Dans le même temps, plusieurs avocats de personnes mises en examen, comme Jean-Christophe Mitterrand ou Charles Pasqua, multipliaient les recours contre l'instruction du magistrat.
L'Express du 18/10/2001, p. 32, par Jérôme Dupuis et Gilles Gaetner

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Les nouvelles accusations de la secrétaire de Falcone

LE BRAS DE FER se durcit entre le juge Courroye et le camp Pasqua. Alors qu'une première plainte a été déposée par l'ancien ministre de l'Intérieur pour faux en écriture publique visant le magistrat, une « seconde est en préparation », menace Jean-Charles Marchiani, l'ancien préfet du Var, mis en examen dans le dossier de trafic d'armes avec l'Angola. A deux reprises, les 18 et 25 octobre, l'ancien préfet ne s'est d'ailleurs pas rendu aux convocations du juge. Protégé par son immunité de député européen, rien ne peut le contraindre à se présenter. « La première convocation était faite de manière illégale, la seconde tombait le jour et l'heure où le Parlement européen devait justement me faire part de sa demande de levée d'immunité », peste Jean-Charles Marchiani. Le juge Courroye, de son côté, est également en proie à une certaine irritation. Dans un courrier rageur adressé au parquet, le magistrat s'étonne des lenteurs... du ministère de la Justice. A l'origine de cette grogne, justement, les demandes de levée d'immunité de parlementaire européen de Charles Pasqua et de Jean-Charles Marchiani. Selon le juge, alors que les deux demandes ont été adressées fin juillet place Vendôme, via le parquet de Paris puis le parquet général, les services de Marylise Lebranchu ont ensuite mis près de « quatre mois » avant de transmettre les deux dossiers à Strasbourg. Quatre mois perdus pour l'enquête, estime le juge Courroye. En marge de ce bras de fer, le dossier angolais progresse. Le magistrat a ainsi entendu longuement la secrétaire de Pierre Falcone. Isabelle Delubac a été interrogée sur « Robert », un mystérieux pseudonyme cité très souvent dans les mémos secrets de Pierre Falcone. « A ma connaissance Robert était M. Marchiani », a indiqué la secrétaire. Celle-ci a reconnu aussi qu'une Safrane avec chauffeur a été mise à la disposition du député européen et qu'un retrait en espèces de 500 000 F pourrait correspondre à « un déplacement de M. Marchiani en Angola ». « Tout le monde sait en Afrique que Robert est un terme générique désignant les services secrets français, comme on dirait Popov pour les Russes », nous explique pour sa part l'ancien préfet du Var, se défendant de tout soupçon. Le terme « Robert » viendrait, selon lui, du nom du colonel Robert, un ancien patron des services secrets français en Afrique. Pourtant, dans un des mémos de Falcone, Robert était accolé au propre téléphone portable de l'ancien préfet... « C'était un bon client »
Quoi qu'il en soit, en attendant de pouvoir entendre le député européen sur ce point, le juge Courroye a mis en examen pour recel d'abus de biens sociaux René Micaud, le PDG d'Air Entreprise, le « numéro un de l'aviation d'affaires ». Au cours d'une perquisition dans une banque luxembourgeoise, les enquêteurs sont en effet tombés sur un virement de plusieurs millions de dollars, correspondant à l'achat d'un jet de type Challenger. Pierre Falcone aurait revendu ce bimoteur au bout d'un an en 1998, avec l'aide d'Air Entreprise. « Pierre Falcone était un bon client, nous indique René Micaud, et je ne vois pas de quel droit je devrais enquêter sur l'origine de son argent ! Tous les gens cités dans ce dossier, comme dans tous les dossiers judiciaires depuis dix ans, nous les avons transportés à un moment ou à un autre », reconnaît René Micaud.
Laurent Valdiguié avec Alain Frédéric, Le Parisien, 7 novembre 2001, p. 14

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Pierre Falcone sortira de prison demain (1er décembre 2001)

L'HOMME D'AFFAIRES soupçonné d'avoir orchestré un trafic d'armes en direction de l'Angola est détenu depuis un an dans le cadre de l'information judiciaire instruite par les juges Philippe Courroye et Isabelle Prévost-Desprez. Incarcéré dans la nuit du 1 e r au 2 décembre 2000, son mandat de dépôt vient donc à expiration dimanche, mais ni les juges ni le parquet n'ont jugé utile de prolonger la détention.

« L'enquête se poursuit sereinement »
Pierre Falcone doit donc quitter Fleury-Mérogis samedi et devrait être placé sous contrôle judiciaire. « Mon client a fait preuve en prison d'un courage et d'une fermeté remarquables, il va continuer à se battre pour proclamer son innocence », plaide son avocat, M e Christian Charrière-Bournazel. Pierre Falcone libre, le bras de fer continue entre le juge Courroye et les mis en examen du dossier, au rang desquels, Charles Pasqua, Jean-Charles Marchiani, Jean-Christophe Mitterrand, Paul-Loup Sulitzer, Allain Guilloux et Jacques Attali. Plusieurs avocats, très remontés contre l'instruction, soulèvent d'ailleurs ce matin devant la cour d'appel de Paris une série de vices de procédure. « L'enquête se poursuit sereinement », assure-t-on en écho au palais de Justice. Douze mois de détention préventive n'ont en rien entamé la détermination de Pierre Falcone. Le juge dispose de deux éléments à charge : les « mémos » informatiques déchiffrés par les experts et les aveux de son ancienne secrétaire. Celle-ci a accepté de décoder les mémos aux enquêteurs, et a révélé certaines abréviations utilisées dans cette comptabilité occulte de la société Brenco. Ainsi, selon elle, les expressions comme « Galilée » ou « docs » signifient des sorties en espèces. « Docs 500 » voudrait dire « sortie de 500 000 F » en cash. La secrétaire a également affirmé que des correspondants de Pierre Falcone sont dissimulés derrière des pseudos : « Robert » désignerait ainsi Jean-Charles Marchiani et « Panurge » l'ancien général Claude Mouton, également mis en examen dans ce dossier. « Lunettes » désignerait enfin Jacques Attali, l'ancien conseiller de François Mitterrand. Face à ces accusations Pierre Falcone est resté de marbre.

« J'ai conscience d'avoir rendu service à mon pays »
Lors de sa dernière audition devant le juge Courroye, le 10 octobre (2001), l'homme d'affaires a nié. « Robert » ? « Je qualifiais de Robert tous les gens travaillant avec ou pour les services secrets étrangers ou français », explique-t-il, assurant n'avoir jamais remis d'espèces à Jean-Charles Marchiani. Il a néanmoins reconnu lui « avoir mis une voiture à disposition quand il était à Paris, de mi-1999 à 2000 inclus ». « C'est moi qui lui ai rendu ce service et j'ai conscience d'avoir rendu service à mon pays en le faisant », explique Falcone. Qui est donc le Robert des mémos qui perçoit des espèces ? « C'est un Robert angolais dont je ne peux dire plus, et qui est souvent passé en Europe », raconte l'homme d'affaires. Difficile à vérifier pour les enquêteurs. Seule concession, Pierre Falcone a reconnu que des fonds en liquide parvenaient bien à ses locaux, via un certain Sam Mandelsaft. « Cet argent lui était remis par des officiels angolais et il l'apportait au bureau. Il récupérait ce cash avenue Foch près de l'ambassade d'Angola », a dit Falcone au juge. Difficile, pour le magistrat, de savoir qui touchait ensuite les fonds.
Laurent Valdiguié, Le Parisien, 30 novembre 2001, p. 17

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Pierre Falcone est remis en liberté

L'homme d'affaires français Pierre Falcone, considéré comme le personnage central dans une affaire de trafic d'armes vers l'Angola, a quitté samedi (1er décembre 2001) la prison de Fleury-Mérogis, près de Paris, un an après son incarcération

L'homme d'affaires français Pierre Falcone, considéré comme le personnage central dans une affaire de trafic d'armes vers l'Angola, a quitté samedi la prison de Fleury-Mérogis, près de Paris, un an après son incarcération, a indiqué son avocat. Il est sorti discrètement, a indiqué Me Christian Charrière-Bournazel, expliquant que son client "n'était pas en état, après un an de détention douloureuse, de s'exprimer publiquement".

"Le juge d'instruction nous a informés que M. Falcone serait libéré samedi matin", avait déclaré jeudi soir à l'AFP Me Christian Charrière-Bournazel. "Nous ne connaissons pas les modalités du contrôle judiciaire dont cette liberté sera assortie", avait-t-il ajouté. Mis en examen pour "trafic d'influence, commerce illicite d'armes sans autorisation, abus de biens sociaux et abus de confiance", M. Falcone, 47 ans, avait vu ses nombreuses demandes de remises en liberté régulièrement rejetées. Il était la dernière personne encore en détention provisoire dans cette affaire dans laquelle sont poursuivies plusieurs personnalités de droite comme de gauche, dont Jean-Christophe Mitterrand, fils de l'ancien président socialiste de la République, et l'ancien ministre conservateur de l'Intérieur Charles Pasqua.

De nationalité française, M. Falcone, dirigeant de la société de vente d'armes Brenco, est soupçonné d'avoir vendu en 1993 et 1994, sans avoir reçu d'autorisation officielle des autorités françaises, pour plus de 500 millions de dollars d'armes, venant d'Europe de l'Est, au régime angolais. D'importantes commissions ont été versées en marge de ces ventes.

Le 19 octobre dernier, lors d'une audience publique devant la chambre de l'instruction de la Cour d'appel de Paris qui examinait une demande de remise en liberté, Pierre Falcone avait affirmé qu'il était "innocent de tout ce dont on (l)'accuse". Interrogé sur les soupçons de trafic d'influence pesant contre lui, il avait répondu : "J'ai passé ma vie à rendre des services. Je n'ai jamais demandé et a fortiori monnayé quoi que ce soit comme faveur".

Pierre Falcone est né le 19 mars 1954 à Alger, où son père et ses oncles paternels, originaires de la région de Naples, géraient une société de pêche et conserveries de sardines Papa Falcone. Sa soeur Josée-Line et son chauffeur sont également poursuivis dans l'affaire du trafic d'armes, pour "recel d'abus de biens sociaux", ayant perçu de l'argent venant de la société de ventes d'armes Brenco, qui était dirigée par M. Falcone. L'autre personnage central de l'affaire, Arcadi Gaydamak, fait l'objet d'un mandat d'arrêt international depuis le 6 décembre 2000. Réfugié en Israël, ce riche homme d'affaires né en Russie, disposant de quatre nationalités (angolaise, canadienne, israélienne et française), a toujours refusé de s'expliquer devant les juges d'instruction parisiens en charge de ce dossier et a toujours affirmé son innocence.
Avec AFP, lemonde.fr, 01.12.01 12h10

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Pierre-Joseph Falcone a été remis en liberté après un an de détention

L'homme d'affaires Pierre Joseph Falcone, au cœur de l'enquête sur les ventes d'armes vers l'Angola, a été remis en liberté samedi 1er décembre. M. Falcone, qui était incarcéré depuis le 1er décembre 2000, ne pouvait être maintenu plus d'un an en détention provisoire en vertu de la loi sur la présomption d'innocence. Devant la prison de Fleury-Mérogis (Essonne), son avocat, Me Christian Charrière-Bournazel, a indiqué que son client avait "été victime d'une machination, un terrorisme judiciaire".

Pierre-Joseph Falcone a été astreint à une caution record de 16 millions d'euros (environ 105 millions de francs) et à un contrôle judiciaire strict qui lui interdit notamment de quitter Paris - il devra pointer trois fois par semaine au palais de justice -, de gérer une société, d'entrer en contact avec les autres mis en examen ainsi qu'avec une quarantaine de témoins.

Mis en examen pour "trafic d'influence, commerce illicite d'armes, fraude fiscale, abus de biens sociaux et abus de confiance", Pierre-Joseph Falcone, 47 ans, était la dernière personne en détention provisoire dans cette affaire dans laquelle sont poursuivies plusieurs personnalités comme Jean-Christophe Mitterrand, Charles Pasqua ou Paul-Loup Sulitzer. A titres divers, elles auraient bénéficié de la prodigalité intéressée de M. Falcone. Dirigeant de la société Brenco, il est soupçonné d'avoir vendu en 1993 et 1994, sans autorisation, pour 633 millions de dollars d'armes au gouvernement angolais.

Lors de son dernier interrogatoire par le juge Philippe Courroye, le 10 octobre, M. Falcone a été interrogé sur un " mémo" de juin 1999, découvert récemment chez sa secrétaire, Isabelle Delubac, indiquant que Philippe Douste-Blazy, actuel président du groupe UDF à l'Assemblée nationale et maire de Toulouse, avait souhaité le convier à dîner, en compagnie d'un couple d'amis communs, les Pascal. "Il se peut qu'il m'ait appelé pour m'inviter à dîner", a déclaré M. Falcone. "A quel titre ?", lui ont demandé les magistrats. "Je ne sais pas. Peut-être a-t-il voulu me connaître", a répondu l'homme d'affaires, qui a assuré que "cette rencontre n'(avait) pas eu lieu". Questionné sur un autre " mémo", de juin 1998, indiquant : "M. Pascal : M. Douste-Blazy a été élu à l'Assemblée nationale groupe alliance UDF", M. Falcone a déclaré : "je pense que M. Douste-Blazy doit être un ami de Pascal et que celui-ci a voulu me téléphoner pour me dire que son ami avait été élu". Interrogée le 1er octobre, Mme Delubac avait affirmé : "C'est un message qui a dû être adressé à M. Falcone lorsqu'il était à l'étranger. Peut-être pour qu'il félicite Philippe Douste-Blazy de son élection. Je ne sais pas -s'ils- se voyaient." Lundi matin 3 décembre, M. Douste-Blazy a indiqué au Monde n'avoir "rencontré M. Falcone qu'une fois, à la demande du père d'un de -ses- collaborateurs - Camille Pascal - qui était le décorateur d'intérieur de M. Falcone. Cette rencontre n'a eu aucune suite", a-t-il assuré.
Fabrice Lhomme, Le Monde, 4 décembre 2001, p. 38, LE MONDE 03.12.01 15h29

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M. Douste-Blazy a été interrogé en qualité de témoin dans l'affaire Falcone

APRÈS Gérard Depardieu, l'abbé Pierre ou encore Danielle Mitterrand, la galerie des personnalités invitées à témoigner dans l'affaire Falcone s'est enrichie d'une nouvelle figure. Jeudi 3 janvier, c'était au tour de l'actuel président du groupe UDF à l'Assemblée nationale et maire de Toulouse (Haute-Garonne), Philippe Douste-Blazy, d'être interrogé par le juge parisien Philippe Courroye, qui l'avait convoqué en qualité de témoin. M. Douste-Blazy s'est expliqué sur la nature de ses relations avec Pierre-Joseph Falcone, l'homme d'affaires au centre de l'enquête sur les ventes d'armes vers l'Angola, libéré le 1er décembre 2001 à l'issue d'un an de détention provisoire.

Le nom de M. Douste-Blazy est apparu à l'automne 2001, à la suite d'une perquisition chez la secrétaire de M. Falcone, Isabelle Delubac (Le Monde du 4 décembre 2001). L'examen de disquettes dissimulées à son domicile avait permis aux enquêteurs de trouver trace de nombreux " mémos" sur lesquels figuraient les personnes avec qui M. Falcone était en contact. Plusieurs de ces documents ont mis en lumière l'existence de relations entre l'homme d'affaires et l'ancien ministre de la santé (1993-1995) puis de la culture (1995-1997), qui auraient eu lieu par l'intermédiaire de Jacques Pascal. Décorateur d'intérieur, M. Pascal a effectué des travaux chez M. Falcone. Le fils de Jacques Pascal, Camille Pascal, a été un collaborateur de M. Douste-Blazy.

découverte de "mémos"
L'un des " mémos" découverts, daté de juin 1998, indiquait : "M. Pascal : M. Douste-Blazy a été élu à l'Assemblée nationale groupe alliance UDF." "C'est un message qui a dû être adressé à M. Falcone lorsqu'il était à l'étranger", avait déclaré Mme Delubac au juge Courroye, le 1er octobre 2001. "Peut-être pour qu'il félicite M. Douste-Blazy de son élection", avait-elle ajouté. Un autre " mémo", du 12 mai 1999, signalait, en dessous de la mention "bureau Philippe Douste-Blazy" : "Avait convenu lors du dernier RV de vous rappeler." Un troisième, en date du 10 juin 1999, portait l'annotation suivante : "Ph Douste-Blazy. Aimerait vous inviter à un dîner avec les Pascal. Voir votre planning pour disponibilités."

Interrogé le 10 octobre 2001, M. Falcone avait indiqué, à propos de Jacques Pascal, qu'il avait "fait pas mal de décoration au bureau avenue Kléber et à la maison avenue Montaigne". Questionné sur le " mémo"de juin 1999, il avait affirmé : "Il se peut que [M. Douste-Blazy] m'ait appelé pour m'inviter à dîner." "A quel titre ?", lui avait demandé le juge. "Je ne sais pas. Peut-être a-t-il voulu me connaître ?", avait répondu M. Falcone. "Cette rencontre n'a pas eu lieu. Je ne le connais pas", avait assuré pour conclure l'homme d'affaires.

Lundi 14 janvier, Philippe Douste-Blazy a déclaré au Mondeavoir expliqué au juge Courroye qu'il avait rencontré M. Falcone "une seule fois, une vingtaine de minutes, courant 1998". "A l'époque, je cherchais des sponsors pour le club de rugby de Lourdes, ville dont j'étais le maire. Mon collaborateur, Camille Pascal, m'avait alors soumis le nom de M. Falcone, qu'il m'avait présenté comme un homme d'affaires en relation avec son père." Selon M. Douste-Blazy, la rencontre avec M. Falcone n'aurait "donné aucun résultat". "Lorsque nous avions discuté et que je lui avais demandé s'il pouvait financer l'équipe, il ne m'avait dit ni oui ni non. Ensuite, j'ai dû essayer de le joindre au téléphone deux fois, mais sans succès." Le maire de Toulouse affirme n'avoir découvert la nature des activités de M. Falcone qu'à la fin de l'année 2000, "lorsque la presse a évoqué ses mises en examen". "On me parle aujourd'hui d'articles de L'Evénement du jeudi datant de 1997 et relatant son éventuelle implication dans un trafic d'armes, mais je n'en avais jamais eu connaissance", conclut M. Douste-Blazy.
Fabrice Lhomme, LE MONDE 15.01.02 16h03

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Les juges demandent à entendre Hubert Védrine et Pierre Moscovici dans le cadre de l'affaire Falcone

LE PARQUET de Paris a transmis au parquet général, vendredi 8 février, la demande formulée la veille par les juges d'instruction parisiens Philippe Courroye et Isabelle Prévost-Desprez, qui souhaitent interroger, en qualité de témoins, le ministre des affaires étrangères, Hubert Védrine, ainsi que le ministre délégué chargé des affaires européennes, Pierre Moscovici, dans l'enquête sur les ventes d'armes vers l'Angola. Le parquet général doit désormais transmettre le dossier à la chancellerie, qui rédigera un rapport à l'intention du conseil des ministres, seul habilité à autoriser l'audition de deux de ses membres.

Les magistrats semblent faire un lien entre les rémunérations versées par Pierre-Joseph Falcone - l'homme d'affaires au centre de l'enquête judiciaire - à Jacques Attali et les démarches que ce dernier aurait effectuées en faveur de M. Falcone auprès du ministère des affaires étrangères. Ancien conseiller de François Mitterrand à l'Elysée, M. Attali est poursuivi depuis le 8 mars 2001 pour "recel d'abus de biens sociaux et trafic d'influence". Il lui est reproché d'avoir perçu en 1998, via sa société de conseil ACA, 1,5 million de francs de Brenco - structure dirigée par M. Falcone - pour l'élaboration d'un "projet de microcrédits" en Angola.

Outre que cette étude pourrait avoir été surfacturée, elle aurait également eu pour contrepartie des interventions de M. Attali en faveur de l'homme d'affaires. M. Attali serait intervenu dans le contentieux qui opposait aux services fiscaux la société slovaque ZTS-Osos, qui avait vendu pour 633 millions de dollars (696 millions d'euros) des armes au gouvernement angolais en 1993 et 1994. Considérant que Brenco était la représentation française de cette société spécialisée dans le matériel militaire - qui disposait d'un compte bancaire à Paris sur lequel M. Falcone disposait de la signature -, le fisc lui réclamait environ 3 milliards de francs.

Pour contester ce redressement, l'avocat de M. Falcone, Me Allain Guilloux, lui-même mis en examen, s'efforça de démontrer que ZTS-Osos exerçait l'intégralité de ses activités à l'étranger. C'est dans ce contexte que M. Attali, également client de Me Guilloux, aurait introduit l'avocat auprès du ministre des affaires étrangères, M. Védrine, afin d'obtenir l'appui du Quai d'Orsay. Dans un procès-verbal de synthèse remis aux juges d'instruction le 12 octobre 2001, la brigade financière évoquait, notamment, "un déjeuner organisé au domicile de Jacques Attali" en septembre 1998 afin que ce dernier présente l'avocat à M. Védrine. "Au cours de ce rendez-vous, Me Guilloux -avait remis- au ministre un courrier du président angolais", notaient les policiers.

En février 1999, Me Guilloux, toujours par l'entremise de M. Attali, fit parvenir à M. Védrine d'autres documents visant à établir que les poursuites diligentées par le fisc à l'encontre de ZTS-Osos n'étaient pas fondées. Selon les policiers, ces démarches auraient été couronnées de succès. "Les investigations, écrivent-ils, ont mis en évidence que le MAE -ministère des affaires étrangères- a pris en compte ces arguments et a demandé par un télégramme, daté du 18 mars 1999, à l'ambassadeur de France en Slovaquie de retourner les commandements de payer concernant la société ZTS-Osos afin que l'administration fiscale reconsidère sa position dans ce dossier."

De fait, la sous-direction des conventions du ministère des affaires étrangères, qui avait adressé en août 1998 à l'ambassadeur de France à Bratislava deux commandements de payer, pour un montant total de 2 milliards de francs, devant être notifiés à ZTS-Osos, s'était ravisée sept mois plus tard. "Il apparaît que ce télégramme diplomatique du 11 mars 1999 est dépourvu de toute base légale. Cette décision (...) priv -ait- ainsi l'administration fiscale de toute possibilité de recouvrer des fonds auprès de la société de droit slovaque ZTS", estime la brigade financière. Selon les policiers, "informé de ces réactions du Quai d'Orsay (...), le cabinet du ministre de l'économie et des finances -Dominique Strauss-Kahn- a donné pour instruction, le 15 avril 1999, de suspendre toutes les poursuites à l'encontre de ZTS-Osos". Ils concluent que c'est seulement le 24 avril 2001, soit "bien après le début de -l-'enquête", ouverte en juin 2000, que le ministère des affaires étrangères décida de relancer la procédure à l'encontre de ZTS-Osos.

Le 9 mars 2001, après une perquisition au Quai d'Orsay, M. Védrine avait affirmé n'être "jamais intervenu" en faveur de Pierre-Joseph Falcone. L'entourage du ministre avait ajouté que les documents qui avaient été adressés à M. Védrine par Me Guilloux n'avaient eu "aucune conséquence" (Le Monde du 12 mars 2001). Selon l'avocat de M. Attali, Me Jean-Michel Darrois, "l'audition de MM. Védrine et Moscovici confirmera ce que répète mon client, à savoir qu'il n'a jamais essayé d'obtenir un quelconque avantage fiscal en faveur de M. Falcone".
Fabrice Lhomme, LE MONDE 09.02.02 17h08, Le Monde 10/11 février 2002, p. 9

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Mercredi 20 février 2002 : Affaire Falcone : Védrine et Moscovici seront entendus

Le Conseil des ministres a autorisé le ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine et celui des Affaires européennes Pierre Moscovici à être entendus comme témoins dans l’affaire Falcone.

Les juges Philippe Courroye et Isabelle Prévost-Desprez veulent interroger les deux ministres pour savoir s’ils ont joué un rôle en 1998 pour tenter de résoudre un redressement fiscal de ZTS Ozos, la société de l’homme d’affaires Pierre Falcone, personnage central de l’affaire, remis en liberté début décembre après un an de détention provisoire.

Jacques Attali, ancien conseiller du président Mitterrand, a été mis en examen en mars 2001 dans cette affaire pour « recel d’abus de biens sociaux et trafic d’influence ». La justice lui reproche d’avoir perçu environ 230.000 euros pour user de son influence auprès de M. Védrine afin de tenter de résoudre l’important contentieux avec le fisc de Pierre Falcone.
La Nouvelle République du Centre Ouest, - 21.02.2002

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Charlotte Rampling chez les juges

SES INTERLOCUTEURS habituels sont plus souvent les réalisateurs, Claude Lelouch, Luchino Visconti, Yves Boisset et Woody Allen, que les magistrats. Pourtant, on vient d'apprendre que la célèbre comédienne Charlotte Rampling s'est rendue très discrètement, le 10 janvier dernier, dans le cabinet des juges d'instruction parisiens Philippe Courroye et Isabelle Prévost-Desprez, chargés du dossier des ventes d'armes à l'Angola, pour être entendue comme témoin. Son compagnon, Jean-Noël Tassez, est en effet mis en examen pour avoir reçu 1,1 million de francs (167 700 €) en liquide entre 1997 et 1999 de la part de Pierre Falcone, l'homme d'affaires au coeur du dossier. Les magistrats veulent comprendre pourquoi l'ancien patron de la Sofirad, aujourd'hui consultant en affaires, a perçu ces sommes. « Jean-Noël Tassez ne me tenait pas au courant de ses revenus et je n'étais pas au courant de ces remises d'argent », a expliqué la star, qui a confirmé aux juges que son compagnon aimait cacher son argent liquide dans les jaquettes de leurs nombreuses cassettes vidéo.

Dettes de jeu
« Après le début de l'affaire, il m'a expliqué qu'il avait reçu cet argent à cause de dettes de jeu. Il m'a d'ailleurs parlé d'un prêt, non pas d'un don », a-t-elle ajouté. Tassez, grand amateur de black jack, l'emmenait au casino d'Enghien, près de Paris. « Mais je lui avais conseillé d'arrêter de jouer : je sais bien qu'on ne gagne jamais à ce jeu-là. » Charlotte Rampling a confirmé avoir reçu 50 000 F (7 622 €) en liquide de la part de son compagnon, « à Noël ou pour son anniversaire », pour s'acheter une Mini Austin d'occasion. L'argent aurait aussi servi à payer la location d'une villa à Saint-Tropez, plusieurs étés de suite. Grâce à Jean-Noël Tassez, l'actrice a dîné plusieurs fois avec Pierre Falcone, un homme qu'elle décrit comme « très chaleureux » et « énergique », chez Lucas Carton et à la terrasse de Marius et Jeannette. Avec une quarantaine de personnes, le couple avait assisté, dans la loge de Falcone, à la finale de la Coupe du monde au Stade de France, en 1998. « Je n'ai jamais entendu parler de trafics d'armes, a encore expliqué Charlotte Rampling. D'ailleurs, je ne crois pas que Jean-Noël Tassez, qui a comme clients Thomson, Bayer, Alcatel, travaillait avec Pierre Falcone. » Pour l'avocate de Tassez, Sophie Bottai, « l'audition de Charlotte Rampling confirme en tous points celle de mon client ». C'est en toute discrétion que Charlotte Rampling s'est rendue le 10 janvier à la convocation des juges Courroye et Prévost-Desprez.
Laurent Léger, Le Parisien, jeudi 28 février 2002, p. 14.

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Le trafic d'armes vers l'Angola s'est poursuivi jusqu'à l'été 2000

L'homme d'affaires Pierre-Joseph Falcone a été mis en examen une seconde fois pour "commerce illicite d'armes", le 27 mars. Courrier et documents semblent établir qu'il continuait à fournir Luanda en matériel militaire bien après la période 1993-1994, qui lui avait valu ses premières poursuites.

Le trafic d'armes vers l'Angola se serait poursuivi au moins jusqu'à l'été 2000, soit au moment du déclenchement de l'enquête qui a valu à l'homme d'affaires Pierre-Joseph Falcone de passer un an en détention provisoire et à son associé, Arcadi Gaydamak, réfugié en Israël depuis décembre 2000, d'être visé par un mandat d'arrêt international. Jusqu'ici, l'enquête s'était centrée sur les ventes de matériel militaire au gouvernement angolais, en 1993 et 1994, pour un montant de 633 millions de dollars (696 millions d'euros). Les ventes d'armes avaient été effectuées par l'intermédiaire d'une société slovaque disposant d'un compte à la banque Paribas à Paris, ZTS-Osos - représentée en France, selon les enquêteurs, par Brenco, la société de M. Falcone.

Les nouvelles découvertes effectuées par les policiers de la brigade financière ainsi que le retour de certaines commissions rogatoires ont conduit le juge parisien Philippe Courroye, qui instruit l'affaire avec Isabelle Prévost-Desprez, à mettre en examen une seconde fois Pierre-Joseph Falcone pour "commerce d'armes illicite", mercredi 27 mars.

Cette nouvelle poursuite a été rendue possible après que le ministre de la défense, Alain Richard, sollicité par le parquet de Paris, eut déposé plainte, le 25 octobre 2001. Un décret de 1939 dispose que des poursuites pour trafic d'armes ne peuvent être engagées que "sur la plainte des ministres compétents". Le juge Courroye, qui a par ailleurs signifié à l'homme d'affaires une nouvelle mise en examen pour "abus de biens sociaux", l'a astreint au versement d'une caution de 5 millions d'euros. La remise en liberté de M. Falcone, le 1er décembre 2001, avait déjà été conditionnée au versement d'une caution record de 16 millions d'euros. M. Falcone a également été interrogé sur le rôle qu'il aurait joué dans la renégociation de la dette angolaise à la Russie et qui pourrait avoir donné lieu à des détournements de fonds.

COURRIER "SECRET URGENT"

Sur la foi de documents qu'ils ont saisis courant 2001 au domicile de l'ancienne secrétaire de M. Falcone, Isabelle Delubac, les enquêteurs semblent convaincus qu'à partir de 1997, la société Vast Impex a succédé à ZTS-Osos afin d'alimenter l'Angola en matériel militaire. MM. Falcone et Gaydamak auraient jugé la société slovaque trop " voyante" à un moment où le fisc mais aussi la presse - L'Evénement du Jeudi notamment - commençaient à s'y intéresser. Les policiers ont notamment mis la main sur plusieurs lettres adressées en 1999 et 2000 par des responsables angolais à M. Falcone ainsi qu'à l'ambassadeur angolais en France, Elisio de Figueiredo.

Ces courriers font explicitement allusion à l'approvisionnement de l'Angola, par la société Vast Impex, en armes de guerre lourdes, pour au moins 100 millions de dollars : des chars d'assaut, des blindés, des missiles, du matériel d'aviation, des hélicoptères... Un document mentionne ainsi que 6 hélicoptères ont été facturés 15 millions de dollars. D'autres courriers semblent indiquer que le matériel a bien été livré. Il aurait été acquis par Vast Impex auprès de Promexport, l'une des principales entreprises russes spécialisées dans la livraison de matériel militaire. Les policiers ont également découvert au domicile de Mme Delubac la trace d'ordres de paiement au profit de Vast Impex datés du 14 février 2000, du 19 juin 2000 (pour un montant de 11,5 millions de dollars) et du 6 juillet 2000 - soit quatre jours avant que le parquet de Paris n'autorise les magistrats à enquêter sur la société ZTS-Osos.

Parmi les courriers saisis figure aussi une lettre, adressée à M. Falcone le 21 septembre 1999 par le général Manuel Helder Vieira Dias Jr " Kopelipa", chef de la Maison militaire de la présidence de la République angolaise - l'équivalent du chef d'état-major du président de la République en France. Le général Kopelipa est réputé être l'homme de confiance du président José Eduardo Dos Santos pour tout ce qui concerne les livraisons d'armes. Barrée du tampon "SECRET URGENT", la missive indique : "Par la présente, je me permets d'accuser réception de votre fax du 21/09/1999. Je profite de l'opportunité qui m'est donnée pour vous demander de bien vouloir préciser davantage le calendrier de programmes de livraison de matériel, sur la base des pièces annexes que vous voudrez bien trouver sous ce pli. Je requiers toute votre compréhension et votre plus grande attention pour l'exécution des programmes de livraison, en effet, la "situation" exige que nous ayons le matériel le plus rapidement possible et dans un état opérationnel."

La "situation" évoquée par le général fait sans doute référence à la reprise, en décembre 1998, après quatre ans d'interruption, de la sanglante guerre civile qui oppose depuis l'indépendance du pays, en 1975, les partisans du Mouvement pour l'autodétermination de l'Angola (MPLA) de M. Dos Santos à l'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola (UNITA), dirigée par Jonas Savimbi - tué par l'armée le 22 février. Un cessez-le-feu devait toutefois être signé jeudi 4 avril.

Interrogé par Le Monde, lundi 1er avril, l'avocat de M. Gaydamak, Me Gilles-William Goldnadel, a assuré que son client n'avait "rien à voir avec Vast Impex qu'il ne connaît même pas". "De toute façon, a-t-il ajouté, les livraisons d'armes qu'aurait effectuées cette société n'ont en aucune manière transité par l'Hexagone, la justice française n'est donc pas habilitée à enquêter sur ces faits." Me Goldnadel estime que "l'évocation par les enquêteurs de Vast Impex traduit leur inquiétude, à savoir que toute l'affaire, s'agissant de vente d'armes remontant à 1993 et 1994, risque d'être prescrite".

"PRÉFINANCEMENT PÉTROLIER"

Dès le 12 juin 2001, le juge Courroye avait questionné M. Falcone sur Vast Impex, notamment à propos d'un ordre de paiement à cette société de 1,6 million de dollars, intervenu le 16 novembre 1998. Les fonds provenaient d'un compte détenu par M. Falcone à la Banque internationale du Luxembourg (BIL). "Je ne vois pas à quoi correspond la société Vast Impex. [Cela] doit correspondre à un paiement de l'Etat angolais sur son instruction", avait indiqué M. Falcone, rappelant au magistrat que M. Gaydamak et lui-même avaient été officiellement mandatés par le régime de Luanda pour assurer son "préfinancement pétrolier". "Selon vos propres déclarations, le contrat ZTS-Osos de livraison d'armes se serait achevé en 1996. A quoi correspondrait ce paiement intervenant en 1998 ?", avait demandé le juge. "A des dettes qui seraient arrivées à maturité", avait répondu M. Falcone. "La société Vast Impex n'aurait-elle pas pris la suite de ZTS-Osos pour l'approvisionnement en armes de l'Angola ?", avait insisté M. Courroye. "Je n'en sais sincèrement rien du tout, seul l'Etat angolais pourrait répondre", avait conclu M. Falcone.
Fabrice Lhomme, • LE MONDE 02.04.02 12h01

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Un dossier où apparaissent de nombreuses personnalités

Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak.

Le 10 juillet 2000, les juges Prévost-Desprez et Courroye, qui instruisent une affaire de "blanchiment" impliquant l'avocat fiscaliste Allain Guilloux, enquêtent sur des faits de "fraude fiscale" visant Pierre-Joseph Falcone - client de Me Guilloux -, son associé Arcadi Gaydamak et la société slovaque de vente d'armes ZTS Osos. Le 1er décembre 2000, M. Falcone est mis en examen et placé en détention provisoire - il restera détenu un an. Un mandat d'arrêt est délivré à l'encontre de M. Gaydamak. La justice les soupçonne d'avoir vendu illégalement, via la société Brenco - qui serait une filiale de ZTS Osos -, 633 millions de dollars d'armes au gouvernement angolais, entre 1993 et 1994.

Jean-Christophe Mitterrand.

Les enquêteurs découvrent que M. Falcone a fait bénéficier de sa prodigalité intéressée de nombreuses personnalités, parmi lesquelles des proches de Charles Pasqua, un syndicat de magistrats ou encore Jean-Christophe Mitterrand. Le fils aîné de l'ancien président de la République, qui a perçu 1,8 million de dollars sur un compte en Suisse, est mis en examen le 21 décembre 2000. Autres bénéficiaires de la générosité de M. Falcone, l'ancien directeur général de la Sofirad, Jean-Noël Tassez, et l'auteur à succès Paul-Loup Sulitzer sont également poursuivis.

Jacques Attali et Hubert Védrine.

Le 8 mars 2001, l'ancien conseiller de François Mitterrand Jacques Attali, est poursuivi pour "recel d'abus de biens sociaux" et "trafic d'influence". Client de Me Guilloux, M. Attali, dont la société a bénéficié de fonds de Brenco pour une étude en Angola, est soupçonné d'être intervenu auprès du ministre des affaires étrangères, Hubert Védrine, pour freiner des investigations fiscales sur Brenco et ZTS Osos. M. Védrine a été interrogé comme témoin le 21 mars 2002.

Charles Pasqua et Jean-Charles Marchiani.

Le 19 avril 2001, le parquet de Paris ouvre deux informations judiciaires visant Charles Pasqua et le financement du RPF qu'il préside. En mai, M. Pasqua est mis en examen pour "financement illégal de campagne électorale", mais aussi dans l'affaire Falcone : une association dont il est proche a bénéficié de virements de Brenco. Soupçonné d'avoir perçu des fonds de M. Falcone, l'homme de confiance de M. Pasqua, le député européen Jean-Charles Marchiani, est poursuivi.
LE MONDE 02.04.02 12h01, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 03.04.02

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Hubert Védrine s'en prend à Jacques Attali

INTERROGÉ comme témoin par le juge Philippe Courroye le 21 mars dernier (2002) pendant 6 heures, Hubert Védrine a « lâché » son ami Jacques Attali. Le magistrat voulait savoir comment l'énorme redressement fiscal visant une société de vente d'armes a pu être arrêté grâce au ministère des Affaires étrangères et à Bercy. Depuis 1997, en effet, le fisc réclame plus de 300 millions d'euros (2 milliards de francs) à la société ZTS Osos qui a vendu des armes à l'Angola grâce aux hommes d'affaires Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak. Installée en Slovaquie, cette société devrait, selon Bercy, payer des impôts en France.
Les juges soupçonnent Jacques Attali, le célèbre écrivain touche-à-tout, d'être intervenu auprès du Quai d'Orsay et des Finances pour le compte de l'avocat de Pierre Falcone et de ZTS Osos, Allain Guilloux. Objectif : faire en sorte que le redressement fiscal soit abandonné. Toujours est-il que le ministère des Affaires étrangères ordonne en mars 1999 qu'on cesse de réclamer 2 milliards à la société slovaque, avant de relancer les poursuites en avril 2001… un mois après la perquisition des juges au ministère ! Attali et Guilloux ont été mis en examen pour « trafic d'influence ».

« Il aurait mieux fait de s'abstenir »
« Je préfère Attali l'intellectuel à celui qui fait ce genre de démarches », a asséné Hubert Védrine, dans sa déposition encore inédite. Invité à déjeuner chez Attali le 28 septembre 1998, il fait la connaissance d'Allain Guilloux. « Attali m'avait expliqué qu'Allain Guilloux était l'avocat du président angolais Dos Santos qui avait un problème avec Bercy. Je ne crois pas qu'il ait employé les mots redressement fiscal. » L'avocat lui remet un pli contenant une note du président angolais, une démarche que Védrine trouve « bizarre », mais il ne dit rien et répond : « Je verrai. »
Devant le juge, il s'étonne d'avoir reçu la note par le canal de l'avocat : « Si cela avait concerné la diplomatie, il y avait d'autres circuits comme l'ambassade d'Angola en France, ou notre ambassadeur en Angola. Je ne vois pas pourquoi on est venu me chercher dans cette affaire. » Il affirme ne jamais avoir entendu parler de Falcone et Gaydamak avant les premiers articles, fin 2000. Après le fameux déjeuner, « Allain Guilloux nous a harcelés de courriers. Par intuition j'ai compris qu'il ne fallait pas se mêler de cette histoire ».

Jacques Attali, que Védrine a connu en 1973 dans les groupes d'experts de Mitterrand, n'a plus la cote : « Il aurait mieux fait de s'abstenir. » « J'ignorais qu'Attali était en relations d'affaires avec ces gens et qu'il avait reçu 160 000 dollars de Brenco (NDLR : une société de Falcone, pour une étude). Si je l'avais su avant, je ne serais même pas allé déjeuner chez lui. » Et d'enfoncer le clou : « J'ai complètement cloisonné les deux fonctions de Jacques Attali, consultant privé d'un côté, et le rapport sur l'élargissement de l'Europe que je lui avais confié, de l'autre. » L'arrêt des réclamations fiscales ? « Il n'y a eu aucune instruction de mon cabinet ou de moi-même. » Et leur reprise deux ans plus tard ? Idem.

Entendu à son tour le 2 avril (2002), Pierre Moscovici, ministre des Affaires européennes, a assuré ne rien connaître de ce litige fiscal.
Laurent Léger, Le Parisien, samedi 13 avril 2002, p. 15.

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Pierre Falcone inculpé en Suisse pour "blanchiment" dans l'affaire du règlement de la dette angolaise

L'homme d'affaires Pierre Falcone, mis en examen à plusieurs reprises dans l'enquête sur les ventes d'armes vers l'Angola, conduite par les juges parisiens Philippe Courroye et Isabelle Prévost-Desprez, est désormais poursuivi par la justice suisse. Le 23 avril, dans le cadre d'une commission rogatoire internationale, le juge genevois Daniel Devaud lui a signifié, dans le cabinet de M. Courroye, son inculpation pour "blanchiment d'argent", "soutien à une organisation criminelle"et "corruption d'agents publics étrangers". M. Falcone se voit reprocher d'avoir agi, "de concert" avec Arcadi Gaydamak - son associé, visé par un mandat d'arrêt depuis décembre 2000 -, José Eduardo Dos Santos, Joaquim David et Elisio de Figueiredo - respectivement président, ministre de l'industrie et ambassadeur itinérant de la République d'Angola -, "dans le cadre d'une organisation secrète œuvrant entre Genève, Moscou et Luanda et poursuivant le but de se procurer des revenus illicites par les moyens criminels tels que la corruption et la gestion déloyale des intérêts publics".

Selon l'exposé des charges établi par M. Devaud et figurant dans l'interrogatoire de première comparution de M. Falcone, ce dernier aurait mis en place "une structure utilisant des sociétés écrans, notamment la société Abalone Investment Limited, destinée à soutirer au préjudice de la République d'Angola, voire de la Fédération de Russie, des ressources financières lui revenant". L'exposé du magistrat helvétique mentionne explicitement le "versement de commissions illicites"à MM. Dos Santos, de Figueiredo et David, ainsi qu'à une autre personnalité de l'Etat angolais, José Leitao Da Costa, ministre du bureau de la présidence et secrétaire du conseil des ministres.

Le juge Devaud enquête sur le règlement, entre 1996 et 2000, de la dette de l'Angola à la Russie, qui aurait donné lieu à des détournements de fonds évalués à 614 millions de dollars. Le ministère des finances russe n'aurait touché, pendant cette période, que 161 millions de dollars sur les 773,9 millions payés à Abalone Investment Limited, la société agissant comme intermédiaire dans le recouvrement de la dette et dont les ayants droit sont Arcadi Gaydamak et Pierre Falcone. S'élevant à l'origine à 5 milliards de dollars, cette dette - héritage de l'époque soviétique - avait été réduite de 70 % grâce à un accord conclu en novembre 1996, aux termes duquel l'Angola s'était engagé à rembourser 1,5 milliard de dollars à la Russie sous forme de billets à ordre, d'ici à 2016.

La justice suisse est parvenue à identifier une partie des 614 millions de dollars susceptibles d'avoir été détournés : environ 120 millions de dollars auraient été reversés à M. Falcone et 60 millions de dollars à M. Gaydamak. Joaquim David, ancien président de Sonangol - compagnie nationale des combustibles angolais - et aujourd'hui ministre de l'industrie, aurait perçu 4 millions de dollars (en deux virements, le 12 mars et le 6 octobre 1997), tandis que José Leitao Da Costa aurait touché 3 millions de dollars, le 6 juillet 2000. Selon le juge Devaud, plus de 40 millions de dollars, versés entre le 3 octobre 1997 et le 15 janvier 1998 depuis le compte Abalone à l'UBS de Genève sur un compte ouvert au Crédit agricole Indosuez, au Luxembourg, ont "vraisemblablement" eu pour destinataires MM. de Figueiredo et Dos Santos.

Les magistrats français, quant à eux, ont été destinataires, en mars, de signalements Tracfin (service antiblanchiment du ministère des finances français) ayant permis d'établir que M. Falcone avait ouvert en 1998 des comptes au nom de trois sociétés de droit panaméen (Dramal, Camparal et Tutoral), à la banque internationale du Luxembourg (BIL). Selon Tracfin, les "bénéficiaires économiques" de ces comptes seraient, outre M. Falcone lui-même, MM. de Figueiredo et Dos Santos (Le Monde du 3 avril).

Interrogé sur ce point le 27 mars (2002) par le juge Courroye, M. Falcone s'est "inscrit- en faux contre -l'- affirmation de Tracfin". "En aucune façon je n'ai ouvert un compte pour M. Dos Santos", avait-il précisé. Dans un entretien accordé au Monde du 16 avril, M. Falcone avait évoqué, à propos de la note Tracfin, "une tentative de déstabilisation" du gouvernement angolais. Au sujet du compte à la BIL, dont M. de Figueiredo aurait été l'ayant droit, M. Falcone a déclaré au juge Courroye : " J'imagine qu'il avait des missions bien spécifiques -...- dans l'intérêt de son pays." L'ambassadeur aurait également perçu 18,8 millions de dollars sur un compte ouvert à la Discount Bank aux îles Caïmans.

Au cours de son interrogatoire de première comparution, le 23 avril, M. Falcone, qui a "contest-é- formellement l'intégralité des faits qui -lui- sont reprochés", a toutefois refusé de s'expliquer, affirmant qu'il n'avait pas eu "le temps matériel" de prendre connaissance de la commission rogatoire internationale du juge Devaud. Les avocats de M. Falcone estiment d'autre part que les procédures française et suisse sont entachées d'irrégularités. "Les juges Courroye et Devaud se sont échangé des documents de manière "sauvage", dans un cadre non officiel", a déclaré au Monde M. Falcone, qui y voit "une preuve supplémentaire de la manipulation judiciaire" dont il se dit victime. "Même la justice suisse, fait exceptionnel, vient de le reconnaître", a-t-il ajouté.

M. Falcone fait allusion à une ordonnance de la chambre d'accusation du canton de Genève qui, le 16 avril, a admis le recours formé par M. Falcone, qui contestait la transmission par M. Devaud à M. Courroye de pièces le concernant. Dans son ordonnance, la chambre d'accusation indique : "S'il est légitime que, dans le cadre d'une commission rogatoire concernant une procédure nationale, le juge chargé de l'exécution puisse avoir connaissance des documents nécessaires à cette exécution, il n'est pas légitime qu'il puisse utiliser, dans sa propre enquête, des documents qui ne lui ont pas été transmis par la voie légale. Or -...-, les documents communiqués au juge français dans le cadre de la procédure nationale -suisse- ont également été saisis dans le cadre de la procédure -française-, d'où un risque évident de confusion." Le 3 mai, le président de la chambre d'accusation de Genève a demandé à l'Office fédéral de la justice - la chancellerie suisse - d'"attire -r- l'attention des autorités françaises" sur le fait que certaines pièces transmises par M. Devaud à M. Courroye ne sauraient être utilisées.
Fabrice Lhomme, ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 24.05.02, p. 12, LE MONDE 23.05.02 16h08

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L'hôtesse d'accueil faisait aussi le « ménage »

L'ENQUÊTE sur un trafic d'armes vers l'Angola amène le juge Courroye à s'intéresser à un réseau d'hôtesses parisiennes. Les jeunes femmes, recrutées généralement pour des week-ends, étaient chargées de participer à des dîners d'affaires et elles étaient souvent payées en espèces par Brenco, la société de Pierre Falcone. Emmanuelle D., chargée de recruter ces hôtesses, a déjà été mise en examen dans l'enquête sur le trafic d'armes. Mais le juge Courroye vient également de mettre en examen, pour recel d'abus de biens sociaux, Mélanie, une ancienne hôtesse de Brenco. Interrogée le 16 avril dernier, cette femme de 31 ans a révélé comment elle avait été chargée, à deux reprises, de « faire le ménage » dans les archives de la société de Falcone. Un témoignage embarrassant pour l'homme d'affaires. Mélanie a travaillé deux ans chez Brenco entre 1997 et 1999. Elle est soupçonnée, en marge de ses salaires comme hôtesse d'accueil, d'avoir perçu 30 490 € (200 000 F) en espèces et 13 263 € (87 000 F) pour l'achat d'une voiture.

« Certaines personnes venaient chercher de l'argent »

Devant le juge, elle a raconté qu'elle recevait dans les locaux de la société de Pierre Falcone, des « visiteurs réguliers » et cite les principaux « mis en examen » du dossier : Jean-Christophe Mitterrand, qu'elle a vu « une bonne vingtaine de fois environ », mais aussi Jacques Attali, Jean-Charles Marchiani, et Paul-Loup Sulitzer, le romancier homme d'affaires également mis en examen. « J'ai compris au fil du temps que certaines personnes venaient chercher de l'argent », confie-t-elle.
L'hôtesse se souvient d'une anecdote : « J'avais retrouvé une enveloppe aux toilettes après le passage de Paul-Loup Sulitzer qui avait rencontré immédiatement avant M. Falcone. J'en ai donc déduit qu'il était allé recompter l'argent aux toilettes… D'ailleurs, ajoute-t-elle, tous les employés de Brenco disaient qu'un certain nombre de gens touchaient de l'argent en espèces. » Une confirmation de l'enquête du juge Courroye.
Mais Mélanie révèle aussi deux épisodes de « nettoyage » jusque-là inconnus. « La première fois, il s'agissait de rechercher au sous-sol, dans la cave, des documents à entête de ZTS Osos (la société tchèque qui vendait les armes en Angola). Nous avons cherché dans des classeurs et dans des cartons. » L'hôtesse se souvient alors qu'Isabelle Delubac, la secrétaire personnelle de Pierre Falcone, a mis la main ce jour-là sur les documents retrouvés. « Elle avait l'air pressée », dit-elle au juge. « La deuxième fois, poursuit Mélanie, qui situe l'épisode en 1998, Isabelle Delubac nous avait prévenues qu'on allait avoir de la visite. Elle nous a demandé de vider les armoires au premier étage. » Mélanie se souvient alors avoir « rempli des cartons avec des noms de pays, Angola, Amérique du Sud… Nous avons fait cela un soir, et peu de temps après il y a eu une autre perquisition. » Les dirigeants de Brenco avaient-ils été prévenus ?
Laurent Valdiguié, Le Parisien, vendredi 31 mai 2002, p. 23

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AFFAIRES Le rapport confidentiel de la police judiciaire détaille les relations entre l'homme d'affaires Pierre Falcone, Charles Pasqua et Jean-Charles Marchiani

Pierre Falcone et Charles Pasqua. Cette synthèse montre le rôle du ministère de l'Intérieur, en 1993 et 1994, qui permit la vente d'armes à l'Angola, attitude en contradiction avec la ligne du gouvernement Balladur qui avait officiellement exclu toute vente de matériel militaire au régime du président Eduardo Dos Santos. (DR)

Affaire Falcone : le rapport secret Le document a été transmis avant l'été aux juges Philippe Courroye et Isabelle Prévost-Desprez, en charge de l'affaire dite des ventes d'armes à l'Angola. Intitulé Synthèse des investigations relatives aux relations entre messieurs Pierre Falcone, Arcadi Gaydamak, Charles Pasqua et Jean-Charles Marchiani, ce rapport de 19 pages signé de Noël Robin, le patron de la brigade financière, met au jour près de deux années d'enquête sur les liens présumés entre les quatre principaux protagonistes du dossier.

«Cette mise en perspective de 1993 à 2000, de l'ensemble des éléments concernant les relations entre les intéressés, s'attache à dégager la logique des intérêts communs qui a prévalu entre messieurs Charles Pasqua et Jean-Charles Marchiani – qui ont soutenu politiquement les contrats de ventes d'armes initiés entre 1993 et 1994 – entre Pierre Falcone, Arcadi Gaydamak et l'Angola. Les profits des contrats ayant ensuite contribué, jusqu'à l'année 2000, à financer tout à la fois le train de vie de Jean-Charles Marchiani mais aussi l'activité politique de ce dernier et de Charles Pasqua», est-il ainsi écrit en introduction du rapport.

Claire et minutieuse, cette synthèse, demeurée confidentielle à ce jour, montre tout d'abord le rôle du ministère de l'Intérieur, en 1993-1994, alors dirigé par Charles Pasqua, pour permettre la vente d'armes à l'Angola. Une attitude en totale contradiction avec la ligne du gouvernement d'Edouard Balladur qui avait officiellement exclu toute vente de matériel militaire au régime du président Eduardo Dos Santos. Les policiers font d'ailleurs état de plusieurs notes en ce sens, dont une émanant d'Alain Juppé, alors ministre des Affaires étrangères.

Dans ce contexte politique, le rapport souligne qu'un homme au sein du ministère de l'Intérieur a joué un rôle clé pour permettre la signature du contrat d'armes entre la société de Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak et le gouvernement angolais: Jean-Charles Marchiani, proche conseiller de Charles Pasqua. Quelques jours avant la finalisation de l'opération, c'est d'ailleurs lui qui se rend discrètement en Angola, aux frais de Pierre Falcone. Le rapport de la brigade financière précise à ce sujet que «Charles Pasqua n'ignorait rien des missions à Luanda de son conseiller».

Mais cette intervention politique n'est apparemment pas restée vaine. Toujours d'après le rapport, une double contribution financière aurait été accordée en retour par les hommes d'affaires Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak: à Jean-Charles Marchiani personnellement et à Charles Pasqua politiquement. Aux billets d'avions, séjour à l'île Maurice, multiples versements en espèces dont aurait bénéficié l'ancien préfet du Var, les enquêteurs ajoutent un compte à l'étranger par lequel 1,2 million de francs aurait transité. Mieux encore, à en croire un document manuscrit saisi au domicile de Jean-Charles Marchiani, «il apparaît qu'en 1992 et 1993 un dénommé CP est intéressé au fonctionnement de ce compte et a perçu la somme totale de 700 000 francs». Ce compte, que les enquêteurs n'ont pas localisé, ainsi que la véritable identité de CP devraient faire l'objet d'autres investigations.

Aux soupçons d'enrichissement personnel de Jean-Charles Marchiani, le rapport détaille enfin les éléments de l'enquête accréditant l'hypothèse d'un financement politique.

Par sa construction et la précision des détails apportés, le rapport est accablant. Pour autant, depuis le début des investigations – ce que les policiers ne manquent d'ailleurs pas de souligner –, Charles Pasqua et Jean-Charles Marchiani ont toujours démenti avec la plus grande fermeté être impliqués dans les ventes d'armes à l'Angola et contesté encore plus vigoureusement avoir touché le moindre franc de Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak. Une défense qui apparaît aujourd'hui de plus en plus fragile.
Le Figaro, Eric Decouty [17 août 2002]

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Intermédiaires planétaires
Falcone et Gaydamak poursuivis pour le rachat de la dette de l'Angola à la Russie.

Quand ils ont des ennuis, c'est en grand. Déjà empêtrés à Paris dans une colossale vente d'armes à l'Angola ­ pour 463 millions de dollars (autant d'euros) ­, les «intermédiaires» Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak doivent désormais s'expliquer en Suisse sur leur opération de rachat de la dette angolaise à l'Etat russe, soit 1,5 milliard de dollars.

Pierre Falcone a été mis en examen sur ce dossier, le 23 avril, pour «blanchiment d'argent, soutien à une organisation criminelle et corruption d'agents publics étrangers» par le juge suisse Daniel Devaud. Courant septembre, le magistrat genevois a reçu une demande de constitution de partie civile des mains de l'un des défenseurs de la Chambre des comptes russe, présidée par Sergueï Stepachine. Cette démarche, révélée par le quotidien le Temps, est un sérieux revers pour les intermédiaires qui clament haut et fort qu'ils n'ont fait que rendre service à deux Etats en difficulté. En l'état actuel de l'enquête, il apparaît en effet que la fédération de Russie n'a reçu que 161 millions de dollars, soit moins de 15% de la somme qu'elle est en droit d'attendre. Mais jusqu'à présent aucune plainte, côté russe, n'avait encore été déposée. En mai, une délégation de la Chambre des comptes s'était rendue à Genève afin d'étudier le dossier.

Déballage.
L'avocat d'Arcadi Gaydamak, Me William Goldnadel, a mis en doute, vendredi, la validité de la démarche engagée, ainsi que le mandat de l'avocat suisse. «La Cour des comptes de Russie n'a aucune possibilité de se porter partie civile en lieu et place de la Fédération de Russie» a déclaré Me Goldnadel à Libération. Le débat n'est pas tranché. La Chambre des comptes russe ­ qui a donné un mandat général à Me Martin Schwartz ­ n'est pas la seule à s'être manifestée. Le ministère des Finances russe, directement impliqué dans le règlement de la dette ­ et représenté par un autre avocat, Me Maurice Harari ­ pourrait ne pas goûter le déballage.

Le dossier de renégociation de la dette a laissé les Suisses pantois. Ni Falcone, ni Gaydamak ne sont issus de la finance internationale. L'un a fait Sciences po à Aix-en-Provence avant de démarrer dans la commercialisation de sardines. L'autre a quitté Moscou très jeune pour se lancer dans la traduction. Ils ont donc appris sur le tas. Leur première grosse affaire, les armes pour l'Angola, s'est faite, en 1994, grâce à leurs connexions politiques ­ réseaux Pasqua pour Falcone, services spéciaux russes pour Gaydamak. Cette vente a introduit solidement les deux «faciliteurs», selon l'expression de Gaydamak, auprès des autorités angolaises, sur le diamant comme sur l'agroalimentaire. Forts d'un mandat du ministère du Plan angolais, les deux amis renégocient donc à la baisse, en 1996, la dette du pays africain auprès de la Russie. D'un montant initial de 5 milliards, celle-ci est ramenée à 1,5 milliard dans le contrat de règlement signé par les deux Etats. Mais entre les deux pays, il y avait désormais Abalone ­ une société de Falcone et Gaydamak, fondée tout spécialement à Genève.

Pour rembourser sa dette, la banque centrale d'Angola a émis 31 billets à ordre de 48,7 millions de dollars chacun à l'intention des Russes. Abalone s'entremet. Elle obtient auprès des Angolais un contrat de livraison de pétrole pour 1,5 milliard de dollars, qui doit lui permettre de rembourser la Russie. Quand l'argent du pétrole arrive ­ 775 millions de dollars sont engrangés par Falcone et Gaydamak. Mais Abalone ne rembourse que six billets à ordre aux Russes, pour 161 millions de dollars. Et comme au bonneteau, on ne sait plus sous quel verre est passé l'argent.

Les juges suisses eux le voient. Ils s'aperçoivent que certains fonds revenant aux Russes ont été répartis sur d'autres comptes. Gaydamak aurait encaissé 130 millions de dollars, Falcone, 60, un banquier russe partenaire des deux amis, 48. Montants que les associés présentent comme des «profits légitimes dégagés par le trading».

Plaintes.
Mais les sommes versées à des personnalités angolaises ou leurs sociétés sont plus difficiles à justifier. Surtout quand il s'agit de Jose Eduardo Dos Santos, le président angolais lui-même, de Jose Leitao Da Costa, ministre du bureau de la présidence, d'Eliseo de Figuereido, l'un de ses ambassadeurs itinérants et de Joaquim David, ex-président de la compagnie pétrolière angolaise Sonangol. Le 24 mai, le président Dos Santos a d'ailleurs écrit au président de la Confédération helvétique pour se plaindre «des actes pratiqués par le juge Daniel Devaud», «manifestation claire» selon lui, «d'arrogance et d'abus de pouvoir». En 2001, Dos Santos avait déjà écrit à Jacques Chirac pour prendre la défense de «son mandataire Pierre Falcone» et lui demander un retrait des plaintes. En Suisse, Pierre Falcone a tenté moult fois de se présenter en «mandataire» des Angolais. La dernière fois, en mars, en tentant de s'opposer, sans succès, à la transmission à la France des mouvements de ses 18 comptes bancaires en Suisse dans l'affaire de la vente d'armes.
Libération, Par Karl LASKE, 5 et 6 octobre 2002, page 18

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15 octobre 2002 : Pierre Falcone retourne en prison

PIERRE FALCONE retourne à la case prison. Déjà incarcéré pendant un an à Fleury-Mérogis dans le cadre de l'enquête sur le trafic d'armes présumé avec l'Angola, l'homme d'affaires dort depuis mardi soir à la prison de la Santé, cellule 131, celle laissée vacante la semaine dernière par Jacques Crozemarie. Pourquoi ce retour ? Le juge de la détention, Philippe Jean-Draeher, estime que Pierre Falcone n'a pas respecté son contrôle judiciaire et lui reproche d'avoir rencontré une des quarante et une personnes avec lesquelles tout contact lui était interdit. « Il s'agit d'une simple bévue involontaire », plaident les avocats de Falcone, qui ont aussitôt enclenché une demande de référé-liberté. A l'occasion d'une perquisition récente au domicile de Paul Anselin, un élu de Bretagne, les policiers tombent sur une carte de Pierre Falcone, partiellement déchirée, avec l'adresse de l'homme d'affaires avenue Montaigne et l'étage de son appartement. Dans la foulée de la perquisition, Paul Anselin, actuel maire de Plöermel et conseiller régional de Bretagne, et ancien « consultant » de Brenco, la société de Pierre Falcone, est mis en examen pour recel d'abus de biens sociaux. Il lui est reproché d'avoir bénéficié de largesses de Brenco, notamment d'une voiture et d'un chauffeur, pour une somme de 1,9 MF. « Et alors ! » réplique vivement Paul Anselin, qui nie farouchement tout délit et « tout contact avec l'Angola », mais admet avoir « travaillé pour Pierre Falcone au Mexique ». « Je suis otage de ce dossier ! s'emporte-t-il. J'ai été payé pour un travail effectué, et, en tant qu'officier de l'armée française, je n'ai rien à me reprocher », poursuit cet ancien de Saint-Cyr, compagnon d'armes de Jacques Chirac pendant la guerre d'Algérie, à qui le président, en janvier 1957, « avait personnellement sauvé la vie ». Et la carte de visite de Falcone retrouvée chez lui ? « J'ai effectivement vu Pierre Falcone à ma demande cet été pour lui présenter mes condoléances à la suite de la mort de son père », nous indique Paul Anselin, 71 ans, qui ajoute « avoir ignoré » que cette rencontre était « interdite ».

« Il est tombé des nues »

C'est le hic. En reconnaissant avoir rencontré l'homme d'affaires, l'ancien militaire, même s'il ignorait l'interdiction, signe l'infraction. Convoqué mardi après-midi par le juge Courroye, Pierre Falcone voit son contrôle judiciaire révoqué. « Il est tombé des nues », confie M e Christian Charrière-Bournazel, un des avocats de Falcone. « D'accord, il n'aurait pas dû voir M. Anselin, qui est à la périphérie de ce dossier, mais ce rendez-vous n'avait aucun rapport avec l'enquête, et la sanction est totalement disproportionnée », plaide l'avocat. Plus incisif, M e Charrière-Bournazel s'interroge sur « les mobiles de cette incarcération » et se « demande s'il ne s'agit pas de relancer une enquête enlisée. » Les avocats de l'homme d'affaires espèrent qu'il sortira de prison « d'ici à la fin de la semaine ».
Laurent Valdiguié, Le Parisien , mercredi 16 octobre 2002, page 19

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Pierre Falcone remis en liberté
La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a ordonné vendredi (25 octobre 2002) la remise en liberté de l'homme d'affaires Pierre Falcone, personnage central d'une affaire de trafic d'armes présumé vers l'Angola, a indiqué l'un de ses avocats, Me Yves Lévy, à l'Agence France Presse.
Pierre Falcone, qui a déjà été écroué durant un an dans le cadre de cette affaire, avait été de nouveau placé en détention provisoire le 14 octobre pour non-respect de son contrôle judiciaire.
"La cour d'appel a reconnu le caractère disproportionné de la sanction", a estimé Me Lévy."C'est un désaveu sur la façon dont cette affaire est instruite", a-t-il ajouté, précisant que son client, écroué à la prison parisienne de la Santé, sortirait "en milieu de journée".
LCI, vendredi 25 octobre 2002 - 11h19

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Témoignage accablant contre l'ex-préfet Marchiani


C'EST UN TÉMOIGNAGE accablant contre Jean-Charles Marchiani. Yves Manuel, un homme d'affaires de 76 ans, a raconté au juge Courroye comment l'ancien préfet du Var aurait bénéficié de commissions occultes. Mis en examen pour recel d'abus de biens sociaux dans le dossier Falcone, Yves Manuel a évoqué le rôle de l'ancien préfet dans des opérations en marge de l'enquête. Un récit brutal, que dément de bout en bout Jean-Charles Marchiani, évoquant « une manipulation ».

« Il fallait rester discret »
Yves Manuel, assisté ce jour-là de M e Bernard Gorny, commence par détailler devant le juge Courroye ses relations avec Marchiani et Falcone. « J'ai effectivement vu l'évolution de Pierre Falcone, qui est passé d'un petit bureau avenue Hoche à cet hôtel particulier avenue Kléber, et je considérerais cette évolution comme fulgurante », dit-il. Voisin d'immeuble de Jean-Charles Marchiani, dans le VIIe arrondissement de Paris, Yves Manuel est persuadé que ce dernier « était parfaitement informé des activités de vente d'armes de Pierre Falcone ». Manuel décrit les deux hommes comme des « gens qui sont sympathiques au premier abord, qui vous embobinent. Et on se réveille un jour avec un grand coup sur la tête ». Il indique aussi « qu'il fallait rester discret sur leurs relations, que ce n'était pas très bon pour l'image de marque de M. Pasqua ».

« J'étais l'écran »

L'homme d'affaires en vient ensuite au coeur de son témoignage. « Cela devait être en 1994 ou 1995. Pierre Falcone nous avait donné rendez-vous à la brasserie le Suffren. Il a dit devant M. Marchiani et moi qu'il mettait 5 millions de dollars à disposition de Jean-Charles Marchiani. » A l'époque, Falcone lui précise que cette somme est destinée à « financer la protection et le coût d'une délégation zaïroise qui viendrait en Angola ». Mais devant le juge Courroye, avec sept ans de recul, Yves Manuel doute de cette version. « J'ai parfaitement compris qu'on me demandait d'être l'écran », dit-il. Sur les 5 millions versés par Falcone sur les comptes suisses de Manuel, 3 millions repartent sur un compte de Jean-Charles Marchiani à la banque Indosuez. « Je pense effectivement, au fond de moi-même, que Jean-Charles Marchiani et Pierre Falcone se sont moqués de moi, dit-il au juge. Il y avait d'autres intérêts à la clé. » En clair, Yves Manuel pense que l'opération de sécurité entre le Zaïre et l'Angola évoquée devant lui pour justifier le versement « n'a jamais eu lieu » et que les fonds étaient destinés au préfet du Var. Réaction de Jean-Charles Marchiani : « Yves Manuel parle sous la dictée. »

« Une perquisition le lendemain »

Autre volet du témoignage d'Yves Manuel, les coulisses d'une perquisition opérée en 1996. « Je dînais avec des amis américains chez Edgar. Marchiani m'a appelé sur mon portable. Il m'a dit que je devais prévenir Pierre Falcone d'une perquisition qui allait intervenir chez lui le lendemain. Il devait être 23 heures… L'objet de l'appel de Marchiani était de les prévenir pour que le ménage soit fait. Selon moi, il a dû être informé de cette perquisition par les services . » Yves Manuel, son repas terminé, se rend dans les locaux de Falcone, à deux pas du restaurant. « Il régnait une certaine agitation », raconte-t-il au magistrat. Selon lui, plusieurs employés de Falcone sont présents et se livrent à des « recherches », notamment sur des disquettes informatiques. Réaction de l'ancien préfet du Var : « Je n'ai aucun souvenir de cet éventuel coup de fil. »

« Il est devenu fou »

Le juge interroge ensuite Yves Manuel sur ses rencontres récentes avec Falcone et Marchiani. « Jean-Charles Marchiani est venu me voir à mon domicile, poursuit Manuel, la scène se situant en octobre dernier. Il m'a dit qu'il avait organisé un rendez-vous par ses avocats entre Pierre Falcone et moi. Il m'a dit que je devais demander à Pierre Falcone qu'il finance son ou ses avocats. Je lui ai dit que c'était extrêmement gênant et il a insisté… Il semble qu'il avait des difficultés financières, ce qui m'a surpris. » Yves Manuel raconte avoir ensuite rencontré Pierre Falcone dans le hall d'un hôtel parisien. « Il était très surpris de cette demande. Il m'a dit que Marchiani était devenu fou. » Réaction ironique de l'intéressé : « Je serais effectivement devenu fou si j'avais fait cela. » Le juge Courroye, qui a réclamé la levée de son immunité de député européen, devrait prochainement interroger Marchiani.
Laurent Valdiguié, Le Parisien, samedi 18 janvier 2003, p. 17

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(Septembre 2003) Immunité diplomatique pour Pierre Falcone


Selon "Le Monde", l'homme d'affaires, figure centrale d'un trafic d'armes présumé vers l'Angola, a été nommé conseiller à la délégation angolaise à l’Unesco. Il bénéficie à ce titre d'une immunité totale.

Pierre Falcone n’a-t-il plus rien à craindre de la justice française ? C’est ce qui ressort apparemment des révélations du Monde dans son édition de samedi (20 septembre 2003). L'homme d'affaires, personnage central d'une affaire de trafic d'armes présumé vers l'Angola et placé sous contrôle judiciaire, a été nommé ministre de l'Angola à l'Unesco et bénéficie ainsi de l'immunité diplomatique. Nommé ministre conseiller à la délégation permanente de l'Angola "à la mi-juin", selon son avocat, il s'est fait remettre jeudi sa plaque diplomatique à l'ambassade d'Angola à Paris. Il pourrait quitter la France prochainement.

"Il n'a pas revu sa famille depuis trois ans, mais il ne souhaite pas que cette nomination soit assimilée à un stratagème pour fuir ses responsabilités. Il entend répondre aux convocations de la justice", a affirmé son avocat Me Lévy. "Normalement, estime Me Lévy, Pierre Falcone ne pourrait plus être convoqué par la justice, mais il ne se dérobera pas". L’avocat a ajouté que son client "n'avait été convoqué que deux fois en deux ans, et encore pas sur le fond du dossier". En ce qui concerne sa nomination, Me Lévy estime qu'il "s'agit de la part de l'Angola d'un acte politique fort qui vient confirmer que Pierre Falcone a toujours agi au nom de la République d'Angola", "ce que (son client) ne cesse de clamer".

Les soupçons pesant sur Pierre Falcone

Les ministres plénipotentiaires auprès de l'Unesco bénéficient d'une immunité totale, conformément à un accord signé en 1954 entre la France et l'organisation des Nations-Unies pour l'éducation et la culture, dont le siège est à Paris. Du côté du quai d'Orsay, on affirme "être lié par l'accord de siège avec l'Unesco qui ne nous laisse aucune marge d'appréciation dès qu'une mission accréditée auprès de l'Unesco notifie la nomination d'un de ses membres".

Mis en examen notamment pour "trafic d'influence, commerce illicite d'armes sans autorisation, abus de biens sociaux et abus de confiance", Pierre Falcone, dirigeant de la société de vente d'armes Brenco, est soupçonné d'avoir vendu en 1993 et 1994, sans avoir reçu d'autorisation officielle des autorités françaises, pour plus de 500 millions de dollars d'armes, venant d'Europe de l'Est, au régime angolais. Ce dont il affirme être innocent. D'importantes commissions auraient été versées en marge de ces ventes. Pierre Falcone, qui a été écroué durant un an dans le cadre de cette affaire, entre décembre 2000 et décembre 2001, avait été placé en détention provisoire le 14 octobre 2002 pour non-respect de son contrôle judiciaire, puis remis en liberté par décision de la cour d'appel le 25 octobre.
Tf1, news, Mis en ligne le 20 septembre 2003
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Le Parlement européen protège un Marchiani «persécuté»
Arguments discutables pour le maintien de son immunité parlementaire.


Ce serait donc un complot politique : «Il n'est pas exclu que les démarches pénales engagées par des éléments individuels, isolés, de l'appareil judiciaire français étaient sous-tendues par l'intention de porter atteinte à l'activité politique du député.» Voilà le coeur du rapport du député allemand Klaus-Heiner Lehne qui fonde l'avis de la commission juridique du parlement européen en faveur du maintien de l'immunité de Jean-Charles Marchiani (Libération d'hier).

Partisan.
C'est l'application du fumus persecutionis, ce principe selon lequel, écrit le rapporteur, «les députés du parlement européen doivent être protégés contre les poursuites à caractère tendancieux». Ce document, approuvé à l'unanimité par la commission juridique, ne s'attarde pas sur les faits. Rappelons que le juge Courroye soupçonne Jean-Charles Marchiani d'avoir détourné à son profit, et grâce à ses fonctions de haut fonctionnaire, environ 5,5 millions d'euros dans l'affaire Falcone ­ un trafic d'armes illicite ­ et dans deux dossiers de corruption présumée liée à des marchés.

Dans ses requêtes, le magistrat expliquait son intention de placer Jean-Charles Marchiani en détention provisoire, pour prévenir tout risque de fuite et de concertation avec d'autres protagonistes de ces affaires. Après l'évocation du principe du fumus persecutionis, le rapporteur explique que des députés de la commission ont mis en avant, lors d'un débat le 8 juillet 2003, le caractère supposé partisan qui serait à l'origine de la demande du juge Courroye. «Ces députés ont notamment souligné qu'en l'état de la Constitution française, il aurait par exemple été possible de mener tout d'abord la procédure d'enquête à l'encontre de l'accusé et de demander ensuite seulement la levée de son immunité parlementaire. De plus, comme le montrent des articles parus dans la presse française, il semble que le juge chargé de l'affaire n'ait pas respecté le secret de l'instruction. Depuis, il a même été signalé que le juge d'instruction compétent faisait lui-même l'objet d'une enquête interne de l'administration judiciaire française pour faux en écriture», ajoute Klaus-Heiner Lehne.

Pour l'anecdote, le rapport contient plusieurs erreurs formelles étonnantes, le juge d'instruction étant par exemple appelé «maître Philippe Courroye».

En tout état de cause, les arguments de la commission correspondent à ceux répétés depuis des mois par Marchiani, dont les avocats ont adressé une note aux députés européens.

«Transparence».
Joint par Libération, Jean-Charles Marchiani estime «que la commission ne pouvait prendre une autre décision face à un juge falsificateur et menteur, et lorsque le droit est foulé aux pieds. Toutes les opérations visées ont été effectuées dans la plus grande transparence». L'allusion, par le rapport Lehne d'une «enquête interne de l'administration judiciaire française», est inspirée par la plainte déposée contre le juge Courroye par les avocats de Pierre Falcone, Charles Pasqua et Jean-Christophe Mitterrand, qui l'accusent d'avoir antidaté une ordonnance. La cour d'appel de Paris a considéré, en 2001 que l'erreur n'était que formelle.
Libération, Par Fabrice TASSEL, vendredi 28 novembre 2003, p. 18
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(mai 2004) Falcone continue de narguer la justice française
Recherché dans l'affaire des ventes d'armes à l'Angola, il joue de son passeport diplomatique.

Il est passé par ici. Il repassera par là. C'est désormais la petite chanson qui trottine dans la tête des policiers chargés de l'affaire des ventes d'armes à l'Angola. Depuis qu'il a obtenu de ce pays la charge de ministre plénipotentiaire auprès de l'Unesco, l'intermédiaire Pierre Falcone court, court et échappe régulièrement aux autorités judiciaires françaises, qui ont diffusé un mandat d'arrêt international à son encontre, courant janvier.

Lundi 3 mai, l'homme d'affaires recherché a été reçu au palais de justice de Genève par la juge Christine Junod, pourtant chargée de l'entraide judiciaire avec la France. Il est reparti libre et sans souci pour Luanda. En revanche, mercredi, il a été interpellé à l'aéroport de Lisbonne, en provenance de Luanda, par la police des frontières, alors qu'il s'apprêtait à s'envoler le plus tranquillement du monde pour Londres. Mais le service des étrangers et des frontières (SEF), qui dépend du ministre de l'Intérieur, l'a laissé repartir, Falcone s'étant prévalu de son immunité diplomatique. «Il n'est resté que quelques heures sous le contrôle du SEF», a indiqué le porte-parole de l'ambassade de France à Lisbonne.

L'affaire a provoqué un scandale politique au Portugal. Le groupe parlementaire socialiste a demandé des explications au gouvernement, vendredi, suivi par les principaux partis de gauche. Le PS et le Bloc de gauche (BE) s'interrogeant sur la détermination des autorités à combattre «la criminalité organisée» et sur leurs relations «périlleuses» avec l'Angola ­ ancienne colonie portugaise. Ces prises de position n'ont été suivies d'aucune réaction officielle. Seul le procureur de Lisbonne a indiqué qu'une «question disciplinaire» pourrait se poser «si une faute de procédure a été commise».

«A l'aise».
Il y a un mois, Pierre Falcone avait déjà fait sensation à Lisbonne, en répondant aux questions de l'hebdomadaire portugais Expresso. Invité à se rendre à Madrid la veille de l'entretien, le journaliste Daniel Ribero avait été informé du lieu de rendez-vous vingt minutes avant celui-ci. Falcone l'attendait à l'hôtel Ritz. Là, surprise : l'intermédiaire recherché, qui occupait une suite du palace, se promenait tranquillement dans l'établissement. «Il était très à l'aise et m'a dit que son mandat d'arrêt était illégal», explique le journaliste. Aucune enquête n'a été déclenchée à Madrid.

L'arrivée de Falcone à Londres, après sa brève rétention à Lisbonne, n'est pas non plus passée inaperçue. Interpol Londres aurait avisé les autorités françaises ­ contrairement aux Portugais ­, mais sans l'arrêter non plus. Les avocats de Pierre Falcone, qui minimisent «l'incident» de Lisbonne, considèrent que le mandat diffusé dans l'espace Schengen est «inapplicable», compte tenu du statut diplomatique de leur client. Le statut de ministre plénipotentiaire à l'Unesco obtenu par le marchand d'armes, le 10 juin 2003, lui a en tout cas permis de tracer la route hors de France trois jours après avoir reçu ses documents diplomatiques, en septembre : le passeport de «ministre» angolais et une carte du ministère des Affaires étrangères français, signe de l'assentiment français.

Discrets remous.
Après avoir estimé, à la lecture des explications du ministère des Affaires étrangères, que l'immunité du marchand d'armes n'était que «partielle» ­ et qu'elle se limitait aux seuls actes accomplis dans le cadre de ses fonctions ­, le juge Philippe Courroye l'avait reconvoqué, sans succès, durant l'automne, puis avait délivré un mandat d'arrêt à son encontre. La désignation de Falcone au sein de l'Organisation des nations unies «pour l'éducation, la science et la culture» n'a provoqué que de discrets remous diplomatiques, et aucune réaction politique. Seule Catherine Deneuve a renoncé à son poste d'ambassadrice pour la préservation du patrimoine cinématographique. Falcone ne s'est, bien sûr, jamais présenté à l'Unesco. Et lorsqu'on téléphone à la délégation angolaise pour lui laisser un message, les employés incrédules répondent que c'est impossible.
Libération, Par Karl LASKE, mardi 11 mai 2004, p. 18

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(Mai 2004) Sulitzer, Attali, Mitterrand et les trafiquants d'armes

APRÈS DEUX ANS et demi de travail, trois experts financiers ont remis au juge Courroye leur rapport sur les activités de l'homme d'affaires Pierre Falcone. Sous le coup d'un mandat d'arrêt international, couvert par l'immunité d'ambassadeur auprès de l'Unesco, Pierre Falcone et son associé, Arcady Gaydamak, en fuite en Israël, sont soupçonnés d'avoir orchestré un trafic d'armes avec l'Angola, ce qu'ils ont toujours nié. Cette expertise judiciaire dresse un tableau accablant de leurs activités en France. « Le système, écrivent les experts, a ainsi alimenté une économie parallèle échappant à la loi et à l'impôt et renchéri le coût des produits livrés au profit d'intérêts particuliers et au détriment de sociétés privées ou publiques. » Parmi ces « intérêts particuliers », ceux de Jean-Christophe Mitterrand, Paul-Loup Sulitzer, ou de Jacques Attali...

Les sociétés n'étaient que des boîtes aux lettres.

Evoquant « les difficultés rencontrées » au cours de leur mission, les experts déplorent d'abord « les destructions systématiques d'archives », « les réticences des différents intervenants », « leurs curieuses pertes de mémoire », et « l'incapacité dont certaines banques ont fait preuve pour fournir l'intégralité des informations réclamées ». Malgré ces entraves, les experts démontrent que la plupart des sociétés du groupe Brenco de Falcone et Gaydamak étaient en réalité des « boîtes aux lettres », dont le but était de masquer « les véritables donneurs d'ordre ». Ainsi, la société slovaque ZTS Osos, qui est censée avoir vendu le matériel militaire à l'Angola, était en réalité, selon les experts, entièrement pilotée par Falcone et Gaydamak. Entre 1993 et 1998, 4,233 milliards de francs d'armes auraient ainsi été vendues à l'Angola depuis Paris.

Des intermédiaires très bien rémunérés.

« Certes, le maître d'oeuvre incontesté, celui qui a imaginé, pensé, réalisé et dirigé ce système est M. Falcone, avec dans son ombre M. Arcadi Gaydamak... mais l'un et l'autre n'ont pu y parvenir qu'avec le concours de préposés et de tiers », écrivent les experts. Ces « actifs intermédiaires » étaient « rémunérés partiellement ou totalement en espèces et ne pouvaient ignorer le rôle qu'on leur faisait jouer ». Grâce à eux, Falcone et Gaydamak ont pu « combiner leurs intérêts personnels avec des enjeux nationaux ». Parmi ces intermédiaires, une dizaine au total, les trois experts citent Jacques Attali, ancien conseiller de François Mitterrand, et la propre secrétaire de Falcone, Isabelle Delubac. Son mari a d'ailleurs reconnu que Falcone avait remis 1,3 MF en espèces à sa femme pour « acheter son silence ».

Un consultant... Jean-Christophe Mitterrand.

Selon l'expertise, 14,3 MF ont été virés par Falcone à Jean-Christophe Mitterrand, en Suisse. Le fils aîné de l'ancien président a retiré 11,5 MF en espèces de ce compte pour alimenter celui d'Iwik Investissement, sa société de pêcherie en Mauritanie. « Consultant » pour Pierre Falcone, Jean-Christophe Mitterrand, selon les experts, « n'a pu expliquer la nature exacte des missions qui lui étaient confiées et qui pourraient justifier des rémunérations d'une telle importance », concluent-ils sèchement.

Où l'on reparle de Paul-Loup Sulitzer.

Engagé par Falcone pour « lui apprendre à gérer sa communication avec le monde des affaires et de la presse », l'écrivain Paul-Loup Sulitzer a d'abord cherché à minimiser son rôle. Selon les experts, ses déclarations sont émaillées « de contrevérités et d'incohérences ». Le romancier, après avoir « affirmé à plusieurs reprises ne pas détenir de comptes à l'étranger », a finalement « avoué avoir menti », et a reconnu des comptes aux Bahamas, à Zurich, à Nassau et à Genève. Il a aussi admis avoir effectué de 1995 à 1999 plusieurs dépôts en liquide (7 MF au total) et avoir procédé à « de nombreux transferts d'espèces par le biais de passeurs ». Il aurait reçu de Falcone 2,7 MF « au minimum ». Seule certitude des experts, « il est évident que M. Paul-Loup Sulitzer ne déclare pas l'intégralité de ses revenus au fisc français ni l'état réel de son patrimoine à l'ISF ».

Où sont passés les 56,6 millions de dollars ?

Au final, les trois experts ont tenté de comprendre où allait l'argent. S'ils sont parvenus à identifier certains bénéficiaires angolais, ils doivent admettre que 56,69 millions de dollars sont partis en direction « de bénéficiaires inconnus ». « Les cas de Charles Pasqua et de Jean-Charles Marchiani n'ont pas été étudiés dans cette expertise », précise aussi une source judiciaire. Les deux élus, candidats à leur propre succession au Parlement européen, sont soupçonnés d'avoir bénéficié de fonds mais protestent de leur innocence.
Laurent Valdiguié, Le Parisien, 12 mai 2004, p. 17

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L'Elysée pompier de l'affaire Falcone
L'Angola exige une nouvelle fois le retrait des plaintes pour trafic d'armes. Et la France négocie.

Comment étouffer l'affaire des ventes d'armes à l'Angola ?
C'est l'actuel challenge diplomatico-judiciaire de Jacques Chirac. L'ex-ambassadeur Michel de Bonnecorse, actuel M. Afrique de l'Elysée, s'est rendu tout spécialement à Luanda, voilà trois semaines, pour trouver avec le président Eduardo Dos Santos des solutions à la crise diplomatique provoquée par les ennuis judiciaires du marchand d'armes français Pierre Falcone, devenu au fil des ans l'un des hommes de confiance du Président.

Les grands services que Falcone a rendus à l'Angola (entre autres, déverser quelque 600 millions de dollars d'armement en pleine guerre civile) lui ont valu sa mise en cause à Paris pour «commerce illicite d'armes» en 2001. Les Angolais croyaient le protéger en le nommant, en septembre, ministre plénipotentiaire de l'Angola auprès de l'Unesco, avec l'assentiment du Quai d'Orsay. Ils ont déchanté en voyant le juge Philippe Courroye diffuser, en janvier, un mandat d'arrêt international à son encontre. En mai, Falcone a été brièvement interpellé, puis relâché, à Lisbonne par la police des frontières, mais il ne peut toujours pas mettre un pied à Paris où les autorités judiciaires estiment que son immunité diplomatique n'est que «partielle» (1).

«Persécution».
La colère du président Dos Santos s'est traduite récemment par des gestes très lourds qui ont provoqué la mission spéciale de Michel de Bonnecorse dans la capitale angolaise. Le nouvel ambassadeur de France, Guy Azaïs, présent à Luanda depuis le 17 février, n'avait toujours pas pu, mi-juin, déposer ses lettres de créance au ministère des Affaires étrangères angolais. L'ambassadeur de l'Angola à Paris avait été rappelé, quant à lui, à Luanda trois mois plus tôt. Bien plus grave : les autorités angolaises ont différé la signature avec Total de deux permis d'exploitation de gisements pétroliers, en off-shore profond, découverts en son temps par Elf-Aquitaine. Laissant entendre que l'américain Exxon-Mobil avait ses chances.

Lors de la visite de Bonnecorse, les Angolais ont fait savoir une fois de plus à l'Elysée qu'ils ne comprenaient pas que «l'on persécute Falcone». Bonnecorse, lui, s'est déclaré «navré» du contentieux, mais déterminé à «retrouver la confiance». En signe de bonne volonté, les Angolais ont levé leur «embargo» diplomatique, autorisant l'ambassadeur français à fonctionner et rétablissant leur propre ambassadeur à Paris. L'envoyé spécial de l'Elysée a rassuré les autorités en estimant qu'«il n'y avait pas trafic d'armes», contrairement à ce que l'ex-ministre de la Défense socialiste Alain Richard avait jugé en déposant plainte pour commerce illicite il y a trois ans.

Demande.
En avril 2001, Dos Santos avait écrit à Chirac qu'il lui semblait «indispensable» que l'Etat français retire ses plaintes contre Falcone, «aussi bien pour fraude fiscale que pour vente illicite d'armes». Chirac avait alors gentiment répondu au président angolais qu'il transmettait ses observations au ministère français de la Justice. Bonnecorse a été confronté, fin juin, à la même demande d'un retrait des plaintes. Cette décision symbolique, attendue dans un délai assez court par les Angolais, serait a priori écartée par l'Elysée. Sans effet juridique sur la procédure, elle fait courir le risque d'être «déjugé par Courroye».

Ainsi que l'a révélé la Lettre du Continent, le ministre des Affaires étrangères, Michel Barnier, devrait prendre le relais des négociations, fin juillet, à Luanda. Les Angolais espèrent, avant, un accord de principe. Les autorités angolaises soutiennent qu'elles n'étaient soumises à aucun embargo lors des livraisons d'armes, entre 1993 et 1995. Leur «ministre plénipotentiaire» prétend de son côté qu'il pouvait s'abstenir de déclarer ses marchés puisqu'il vendait de l'armement des pays de l'Est. En réalité, Falcone ne disposait d'aucune autorisation, et la diplomatie française jugeait impossible de livrer des armements au pouvoir, de relancer la guerre civile en plein processus de paix avec l'Unita. A l'époque, seule l'équipe de Charles Pasqua ­ très liée à Falcone ­ était informée des ventes d'armes à Dos Santos. L'ancien ministre de la Défense François Léotard s'est d'ailleurs indigné devant le juge Courroye de «l'intervention de l'intermédiaire français» et de cette «diplomatie parallèle». «Je ne peux pas imaginer qu'une autorité civile ou militaire du ministère de la Défense, qui aurait été informée d'une telle opération, manifestement illégale, ne le fasse pas savoir», a-t-il indiqué. La première note de la DGSE sur les ventes d'armes de Falcone date du 6 décembre 1995. Elle souligne alors «les grandes quantités de matériel militaire provenant de certains pays de l'Est et de la Russie» reçu par le pouvoir angolais, «par l'entremise d'un intermédiaire français non autorisé». Ce qui se passe de commentaire.

Soutien.
A minima, les négociations conduites par l'Elysée viseraient à rendre à Falcone sa liberté de circulation. Sur ce point, Falcone pourrait compter sur le soutien des autorités françaises qui ont annoncé aux Angolais leur détermination à «sortir de la crise avant la fin de l'été». Le marchand d'armes, qui a ignoré trois convocations du juge Courroye avant d'être recherché, devra d'abord se rendre au palais de justice. Si le juge accepte le principe d'un nouveau contrôle judiciaire, il pourra peut-être ensuite aller visiter l'Unesco.
(1) En vertu de la convention de Vienne, le marchand d'armes ayant la nationalité de l'Etat accréditaire ­ la France ­, sa protection diplomatique se limite aux seuls actes liés à sa fonction.
Par Karl LASKE, jeudi 08 juillet 2004 (Liberation - 06:00)

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Un marchand d'armes très protégé

1993. Pierre Falcone est introduit par Jean-Christophe Mitterrand auprès des autorités angolaises qui lui commandent dans un premier temps 463 millions de dollars d'armement. Au ministère de l'Intérieur, le préfet Marchiani est tenu informé.

1996. Lors d'une perquisition à Paris, les services fiscaux découvrent l'ampleur du trafic ­ qui inclut des mines antipersonnel. Le fisc réclame à l'intermédiaire un redressement de 2,2 milliards de francs. Falcone fait intervenir Jacques Attali auprès du Quai d'Orsay.

2000. Le juge Courroye saisit le dossier fiscal chez l'avocat de Falcone. L'enquête judiciaire démarre. Ecroué en décembre, le marchand d'armes est remis en liberté un an plus tard. L'office d'armement du ministère de l'Intérieur, Jean-Christophe Mitterrand et Marchiani sont mis en cause.

2003. Falcone devient ministre plénipotentiaire de l'Angola à l'Unesco. Il part pour Londres, après avoir été inscrit, sans difficulté, sur la liste diplomatique du Quai d'Orsay.
jeudi 08 juillet 2004 (Liberation - 06:00)

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Pierre Falcone attaque les éditions Denoël pour diffamation

PARIS (AP) - L'homme d'affaires Pierre Falcone a porté plainte pour diffamation contre les éditions Denoël et le journaliste Karl Laske, respectivement éditeur et auteur du livre "Des coffres si bien garnis - Enquête sur les serviteurs de l'Etat-voyou", a annoncé mercredi Denoël.

M. Falcone, mis en examen pour commerce illicite d'armes vers l'Angola et visé par un mandat d'arrêt international, "estime son honneur et sa considération mis en cause par les passages le concernant" dans ce livre publié en mai dernier, précise l'éditeur dans un communiqué.

M. Falcone a engagé mardi dernier ces poursuites devant le tribunal de grande instance de Paris, réclamant 100.000 euros de dommages et intérêts, ainsi qu'une dizaine d'insertions judiciaires dans différents journaux, selon Denoël. Les éditeurs se disent sûrs de leur "bon droit", accusant M. Falcone de vouloir faire régner "l'omerta autour de lui". AP
yahoo.fr, actualités, mercredi 4 aout 2004, 15h18

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(Juin 2005) Affaire Falcone : un ancien responsable de Paribas en examen

Au cours de ses investigations sur 1'affaire des ventes d'armes à l' Angola, le juge Philippe Courrroye s'est intéressé à la banque Paribas. Un ancien responsable à de cet établissement a récemment été mis en examen pour « recel de trafic d'influence ».
André Lévy-Lang, président du directoire de Paribas au moment des faits, a pour sa part été longuement entendu à deux reprises, comme témoin par les policiers puis par le magistrat instructeur. Plusieurs faits saillants ressortent de la procédure.

Paribas, financier de Falcone et de Gaydamak.
La relation entre Paribas et les marchands d'armes Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak remonte au 12 décembre 1994. La société ZTS Osos, à travers laquelle les deux associés ont monté la fourniture de matériel militaire à 1'Angola, obtient une ligne de crédit de 30 millions de dollars.
« Après avoir sollicité plusieurs banques, la solution est venue du département compensation de Paribas avec la mise en place d'importants crédits gagés sur la livraison future de pétrole angolais », résument les policiers dans un rapport de synthèse.

L'enquête du juge Courroye a établi qu'entre 1995 et 1997, Paribas a financé à hauteur de 573 millions de dollars les ventes d'armes effectuées par la société ZTS Osos à l'Angola.

La responsabilité des cadres de Paribas.
Le département compensation de Paribas dirigé à l'époque par Alain Bernard et son adjoint Jean-Didier Maille s'est chargé du montage. Les deux hommes sont suspectés d'avoir perçu 30 millions de dollars de commissions sur des comptes à l'étranger.
Victime d'un accident de santé en 1997, Alain Bernard ne peut être entendu. Jean-Didier Maille, en revanche, a été mis en examen le 23 mars dernier pour « recel de trafic d'influence ».

Au sujet de sommes qu'il aurait reçues sur un compte luxembourgeois, il a expliqué que celui-ci « servait de passage pour payer des commissions aux décideurs angolais.
Nous mettions en place des financements (comme ceux en faveur de Pierre Falcone, NDLR) qui étaient gagés sur des ventes futures de pétrole (...) Il fallait donc payer des commissions aux personnes qui étaient chargées d'organiser les ventes de pétrole. C'étaient des commissions occultes, donc elles devaient passer par un circuit occulte ». Selon Jean-Didier Maille, Alain Bernard et Pierre Falcone s'étaient« mis d'accord» sur ce système.

La responsabilité de Paribas.
Sur procès-verbal, Jean-Didier Maille a affirmé que « la direction de Paribas avait connaissance des activités de Alain Bernard (...) Tout le monde savait qu'il payait des commissions (...) On appelait ces activités : les affaires spéciales. »

Les déclarations de l'ancien président de Paribas
A la tête du directoire de Paribas de 1991 à 1999, André Levy-Lang a été interrogé une première fois par la brigade financière en février dernier. Au sujet des 30 millions de dollars perçus par les anciens cadres de la banque, il s'est dit «furieux et scandalisé de découvrir ces chiffres» dont il a assuré ne rien savoir. Le 5 avril, lors d'un nouvel interrogatoire, cette fois devant le juge Courroye, il a vigoureusement démenti les accusations de Jean-Didier Maille.
Pour lui, « le paiement de commissions était contraire à la politique de la banque ».
Quant aux relations de Paribas avec Falcone, il a dit ne pas se souvenir « avoir été tenu au courant de cette opération de vente d'armes à destination de l'Angola ». « Je savais que la banque finançait des opérations d'exportation de pétrole de l'Agola en contrepartie d'importations à destination de ce pays, a expliqué André Levy-Lang. Mais pour cette opération précise, la question ne m'a pas été posée.
Si on était venu me voir pour m'informer de ce projet portant sur des achats d'armes j'aurai exigé que l'on vérifie la conformité de cette opération avec la position politique française et les engagements internationaux (...) Au regard de ce que je sais, je n'aurais donc pas donné mon aval».

Paribas a pourtant financé les activités de Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak quand les ventes d'armes à l'Angola étaient sous embargo de l'ONU. Une source judiciaire indique que la banque pourrait être poursuivie en tant que personne morale.

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Pierre Falcone revient comme il veut, quand il veut La justice a levé hier les deux mandats d’arrêt qui visaient l’homme d’affaires.
Par Renaud Lecadre, Libération, QUOTIDIEN : jeudi 4 octobre 2007, p. 10

La justice française, c’est parfois simple comme un coup de fil.
Pierre Falcone, homme d’affaires, poursuivi dans deux scandales politico-financiers, a obtenu hier la levée des mandats d’arrêt internationaux pesant sur lui. Mis en examen dans deux dossiers instruits à Paris et visant les réseaux Pasqua (Sofremi et Angolagate), il avait pris la fuite à l’étranger fin 2001, après un an de détention préventive. Protégé par un passeport diplomatique de l’Angola auprès de l’Unesco (de pure complaisance, le siège de l’Unesco étant à Paris), Falcone était de fait «inarrêtable».


Galaxie.

A l’approche du procès Sofremi (société d’exportation du ministère de l’Intérieur ayant multiplié les commissions occultes au profit de la galaxie Pasqua), prévu lundi ( Libération d’hier), Falcone avait envoyé quelques signaux : d’accord pour comparaître en correctionnelle, mais pas menottes aux poignets.

Dans un Etat de droit, il n’est pas d’usage de négocier à l’avance une décision judiciaire, seul un tribunal pouvant ordonner la levée de son mandat d’arrêt. «Mais on peut toujours demander au parquet quelles seront ses réquisitions», souligne un magistrat. L’avis du parquet n’étant que facultatif, le cas Falcone était censé relever de l’appréciation souveraine de juges du siège. Hier, dans la matinée le tribunal correctionnel a d’abord levé son mandat d’arrêt dans l’affaire Sofremi, moyennant une caution de 300 000 euros.

Le procès au fond étant imminent, pourquoi pas : tout citoyen a droit à un procès équitable, le parquet faisant assaut de civilité en estimant que l’équité commande que Falcone puisse comparaître libre. Croyant sauver l’honneur, il s’est contenté «d’émettre les doutes les plus sérieux sur les déclarations d’intention de monsieur Falcone», qui n’était évidemment pas présent hier à l’audience. Il faut donc croire sur parole ses avocats - «il a recruté la moitié du barreau», ironise un confrère - qui font miroiter sa présence effective, lundi au procès Sofremi.

Justice bananière.

Car Falcone exigeait une autre garantie. C’est la deuxième couche, le tribunal correctionnel levant l’après-midi l’autre mandat d’arrêt dans l’affaire Angolagate. Pour le coup, on nage en pleine justice bananière. Ce procès-là n’est pas prévu avant fin 2008, le président du tribunal n’est pas encore formellement désigné, plusieurs avocats au dossier (représentant la cinquantaine de prévenus et parties civiles) n’ayant même pas reçu l’ordonnance de renvoi en correctionnelle. Ce tribunal a pourtant siégé pour, comme à la parade, annuler le second mandat d’arrêt.

Seule explication rationnelle : la raison d’Etat. Nicolas Sarkozy doit s’envoler pour l’Angola début 2008. La semaine dernière à l’ONU, il célébrait la fin des «mauvaises relations entre la France et l’Angola» avec son homologue Dos Santos. Lequel n’avait qu’une seule exigence : que la justice française arrête de chercher des poux à son «ambassadeur» de luxe.
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Pierre Pasqua et Pierre Falcone condamnés à de la prison ferme
LEMONDE.FR avec AFP 11.12.07 15h03 • Mis à jour le 11.12.07 16h35


Pierre Pasqua, fils unique de l'ancien ministre de l'intérieur Charles Pasqua, a été condamné, mardi 11 décembre, par le tribunal correctionnel de Paris à dix-huit mois de prison ferme (deux ans d'emprisonnement dont six mois avec sursis), et l'homme d'affaires Pierre Falcone à un an ferme (deux ans d'emprisonnement dont un avec sursis) dans le dossier des commissions occultes versées par la Sofremi dans les années 1990. Pierre Pasqua n'était pas présent à l'audience, mais son avocat a déjà fait savoir qu'il comptait faire appel.

La Sofremi, qui dépendait de la Place Beauvau, était chargée d'aider les entreprises françaises désireuses de vendre à l'étranger du matériel de police. Les commissions indues versées par la Sofremi portaient sur quatre marchés, au Koweït, en Colombie, en Argentine et au Brésil.

L'argent versé en échange de l'obtention de ces contrats transitait principalement par l'homme d'affaires Pierre Falcone ou encore Etienne Leandri, un proche de Charles Pasqua mort en 1995, via des sociétés écrans dans des paradis fiscaux.

Au cours de l'une de ses auditions devant le juge, Bernard Dubois, l'ex-PDG de la Sofremi, a d'ailleurs assuré que les commissions étaient "un des moyens de financement du système de Charles Pasqua".

DEUX ANCIENS DIRIGEANTS SANCTIONNÉS

Le tribunal a par ailleurs sanctionné deux anciens dirigeants de la Sofremi. L'ex-PDG Bernard Dubois, 73 ans, a été condamné pour abus de biens sociaux à trois ans avec sursis et 100 000 euros d'amende. L'ancien directeur général adjoint Bernard Poussier, 62 ans, a écopé de trois ans dont un an avec sursis et 300 000 euros d'amende. L'ancien conseiller diplomatique de Charles Pasqua, Bernard Guillet, 62 ans, a été condamné à six mois avec sursis et 50 000 euros d'amende.

Enfin, le tribunal a relaxé l'ancien directeur administratif financier de la Sofremi, Nicolas Maroslavac, ainsi que l'ancien préfet du Var Jean-Charles Marchiani et les hommes d'affaires libanais Iskandar et Akram Safa.
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"Angolagate" : le ministre français de la Défense "blanchit" Pierre Falcone
Par Afrik.com Afrik - Vendredi 18 juillet, 18h53


Pierre Falcone, au cœur de l’affaire des ventes d’armes à l’Angola, ne serait coupable d’aucun délit, selon le ministre français de la Défense Hervé Morin. "Il résulte de l’examen du dossier de mon ministère à la lumière de vos observations, qu’en l’absence de transit par le territoire français, la législation relative aux opérations de vente d’armes et de munitions (...) ne s’appliquait pas aux dates retenus par le dossier de l’instruction à l’activité exercée par M. Pierre Falcone", écrit Hervé Morin dans sa lettre datée du 11 juillet, publiée par le magazine Le Point.

Hervé Morin répondait à une requête des avocats de Pierre Falcone. Ils estiment en effet que la plainte de la France, au cœur de la procédure judiciaire dont fait l’objet l’homme d’affaires, est infondée.

En visite officielle en Angola le 23 mai dernier, le président français Nicolas Sarkozy avait assuré à son homologue Eduardo dos Santos, impliqué dans le dossier, qu’il souhaitait « tourner la page des malentendus du passé ».
Le procès de l’Angolagate, privé désormais de toute substance, s’ouvrira néanmoins en octobre prochain.

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ETIENNE LEANDRI ET CONSORTS


Quand la gauche frnçaise se financait allègrement à coup de frégates et de chars Leclercs aux Emirats ( en y laissant la aussi une facture de 10 miiliards de FF aux français qui ont du subir sur leurs impots la recapitalisation du GIAT accordée par un M Jospin reconnaissant ) le réseau suisse tournait encore trés bien après le décès de E Léandri qui pour le compte de Thomson jouait les requins ... Voir plus bas.

JC Marchiani

En 1992 Adjoint de A Gomez !
Retour sur l'itinéraire d'un préfet atypique, expert dans l'art de manier tantôt l'humour, tantôt la menace, qui cultive à souhait le mystère. Fils aîné d'un fonctionnaire des impôts et d'une institutrice, Jean-Charles Marchiani, 59 ans, visage mobile, accent à la fois chantant et rocailleux qui laisse deviner ses origines corses, obtient une licence en droit en 1966, à la faculté d'Aix-en-Provence. Le jeune homme, qui n'a jamais caché ses opinions très «Algérie française», effectue son service militaire à l'Ecole d'infanterie de Montpellier. Promu sous-lieutenant le 1er novembre 1967, il est affecté au Sdece (Service de documentation extérieur et de contre-espionnage) - l'ancêtre de la DGSE - où il reste après son service, à titre civil. A 27 ans, le jeune agent peut - déjà - revendiquer quelques faits d'armes glorieux. Dans les années 1968-1970, il participe, fait peu connu, à l'exfiltration, via Rotterdam, de juifs polonais en butte aux attaques antisémites de plus en plus nombreuses en Pologne. En Afrique - sa terre de prédilection, déjà - il livre des armes aux rebelles biafrais.

En janvier 1970, il quitte la «Piscine» (le siège du Sdece) à la suite des remous suscités par l'affaire Markovitch; il n'en poursuit pas moins ses activités d'homme de l'ombre, comme «honorable correspondant». De 1970 à 1983, il est successivement en poste chez Peugeot, à la Servair ou au groupe Méridien, deux filiales d'Air France. En 1982, Marchiani, qui travaille encore pour la chaîne hôtelière - il la quittera en 1983 sur ordre de Charles Fiterman, ministre des Transports, pour «chiraquisme primaire»! - rencontre un jeune homme d'affaires libanais, Iskandar Safa. Tous deux, fidèles partisans des chrétiens du Liban, sympathisent. Marchiani travaille ensuite pour le groupe Thomson, présidé par Alain Gomez.

Aux hommes du Hezbollah : «Attention, ne me causez pas d'ennuis. Car mes amis corses sauraient réagir»

En 1986, sous l'égide de Charles Pasqua, ministre de l'Intérieur de Jacques Chirac, Jean-Charles retrouve son ami Iskandar. Les deux hommes lient alors leurs destins pour une mission quasi impossible: la libération des otages français. Plusieurs mois durant, Marchiani s'active. Grâce à ses bons contacts avec les services secrets moyen-orientaux, mais aussi avec les milieux chiites, rencontrés lors de séjours en Afghanistan, Marchiani discute avec le Hezbollah, qui détient nos otages. Les négociations sont âpres. Et, surtout, dangereuses. A chacun de ses contacts avec le Hezbollah, Marchiani craint pour sa sécurité. Sachant qu'il risque sa peau, il n'hésite pas à employer la menace. En prévenant les hommes du Hezbollah: «Attention, ne me causez pas d'ennuis. Car mes amis corses sauraient réagir.» Un discours musclé, qui marche. Marchiani informe régulièrement Pasqua, toujours en langue corse, pour éviter que certains services secrets ne comprennent leurs conversations.

Finalement, le miracle. Le 5 mai 1988, entre les deux tours de l'élection présidentielle, Alexandre Stefani - nom d'emprunt de Marchiani - débarque à Paris avec les trois otages encore vivants, Marcel Carton, Marcel Fontaine et Jean-Paul Kauffmann. Treize ans plus tard, voici que cette histoire resurgit. D'une étrange façon. Par une note de la DST, qui révèle, grâce aux confidences d'un informateur anonyme, qu'une rançon aurait pu être versée aux ravisseurs (lire l'article).

Une mission de bons offices
Marchiani prend goût aux missions secrètes. D'autres vont suivre. Comme celle que lui confie, en Angola, à la fin de 1994, Charles Pasqua, revenu Place Beauvau. Ce dernier souhaite tout faire pour aboutir à une réconciliation entre le président marxiste angolais, Eduardo Dos Santos, et le chef des rebelles de l'Unita, Jonas Savimbi, qui se livrent une guerre sans merci depuis vingt ans. Pour y parvenir, il confie une mission de bons offices à Marchiani. Lequel, à la fin de 1994, s'envole pour Luanda, où il rend visite à Dos Santos, ainsi qu'au chef des services secrets angolais, le général Miala. Les entretiens se déroulent dans la plus grande cordialité. L'envoyé de Pasqua promet, sous l'égide des Nations unies, d'oeuvrer pour la paix et de sceller un accord entre Dos Santos et Savimbi.

De retour à Paris, Marchiani rend compte à son ministre du déroulement de son séjour en Angola. Dans les mois qui suivent, le général Miala lui adresse cinq lettres de remerciement. Dans la cinquième, reçue le 29 mars 1995, voici ce qu'écrit le général à son «illustre ami», Jean-Charles: «J'aimerais vous apporter encore une fois mon soutien pour vos efforts dans ces élections et nous continuerons à faire de notre mieux pour que les bonnes personnes soient aux bonnes places.» Le courrier se termine: «Nous saurons comment vous rembourser pour tout dans le futur, quand nous serons en paix.» Entre la galaxie pasquaïenne et l'Angola, serait-ce le début d'une lune de miel? A en juger par le ton de la lettre du général Miala, décidé à aider l'action politique menée par Pasqua, cela en a tout l'air... La référence aux élections - vraisemblablement l'élection présidentielle de mai 1995 - crédibilise cette impression. Un homme est chargé de mettre en musique les bonnes intentions de l'Angola. C'est Pierre Falcone, déjà mandataire du président Dos Santos pour les livraisons d'armes.

En octobre 1995, un an après son voyage à Luanda, Marchiani se voit confier une nouvelle mission. Pas par Pasqua - il n'est plus ministre de l'Intérieur - mais par le président Chirac: le rapatriement de deux pilotes français, le capitaine Frédéric Chiffot et le lieutenant José Souvignet, prisonniers de l'armée serbe de Bosnie dans la région de Pale, et qui, depuis le 30 août, croupissent dans des geôles surveillées par des proches de Ratko Mladic, chef d'état-major de l'armée serbe.

Une tâche périlleuse. Pour réussir, Marchiani a bien conscience qu'il n'a qu'une solution: entrer en contact avec les services secrets serbes. Il s'adresse alors à Arcadi Gaydamak, le milliardaire russe qu'il a rencontré par l'intermédiaire de Pierre Falcone.
Grâce à ses entrées auprès de l'ex-KGB soviétique, qui, lui-même, entretient des rapports étroits avec les services de renseignement du frère slave, la Yougoslavie, Gaydamak va être le joker de Marchiani. Sans perdre de temps, le Russe s'envole pour Moscou et rencontre le colonel Vladimir Koulitch. C'est un as du renseignement. Il a été, pendant vingt-cinq ans, chargé des questions yougoslaves au sein du KGB.

Quelques jours plus tard, Gaydamak informe Marchiani de son entretien avec Koulitch. Selon ce dernier, et malgré l'affirmation contraire de la DGSE, les deux pilotes sont bien vivants. L'Elysée a été averti. Le 29 octobre, le conseiller de Pasqua et Gaydamak s'envolent du Bourget à bord d'un Mystère 20 à destination de la capitale yougoslave. De leur côté, Koulitch et deux officiers russes partent de Moscou, également pour Belgrade. Arrivées sur place, les équipes française et russe logent à l'Intercontinental, où ils ont réservé deux chambres.

Un ultime coup de bluff
Premiers contacts avec les services de renseignement de Milosevic. Déception et avertissement: «Si vous recherchez des pilotes français, nous considérerons que vous menez, sur un territoire étranger, une opération hostile. Vous risquez d'être emprisonnés», préviennent les Serbes. Atmosphère tendue. Koulitch se démène en quittant, tôt le matin, l'Intercontinental pour aller aux nouvelles. Au début de novembre, le colonel russe annonce à ses deux partenaires qu'il a vu les pilotes français. Bien vivants.
Le 12 novembre, le duo franco-russe rencontre le président de la République serbe de Bosnie, Radovan Karadzic, à Pale, près de Sarajevo, puis, le 25, le général Ratko Mladic. Lequel a déjà rencontré, le 17 novembre, un autre émissaire français, dépêché par Raymond Nart, n° 2 de la DST, le général Pierre Gallois...

Le 12 décembre, c'est le dénouement. Grâce à un ultime coup de bluff de Marchiani. La veille, il a menacé Karadzic: «Si vous ne libérez pas les deux pilotes, les troupes françaises évacueront les quartiers serbes de Sarajevo, qui seront à la merci des Bosniaques.» Ça a marché. Le 12, donc, les pilotes sont remis au chef d'état-major des armées, le général Jean-Philippe Douin, qui a spécialement fait le voyage de Paris. Dans la soirée, ils embarquent dans le Mystère 20. Jean-Charles Marchiani les accompagne. Deux heures plus tard, à l'aéroport de Villacoublay, le président de la République, Jacques Chirac, et son ministre de la Défense, Charles Millon, accueillent les deux officiers. «Bravo, bravo!» lance chaleureusement le président à Marchiani. Lequel peut désormais se consacrer à la préfecture du Var, où il vient d'être nommé en novembre.

Très vite, le nouveau préfet montre que la langue de bois n'est pas sa tasse de thé (lire ci-contre). En juillet 1997, à la suite du retour au pouvoir de la gauche, il quitte son poste pour occuper, à Paris, celui de secrétaire général de la zone de défense. Un placard doré qui lui laisse quelques plages de liberté. D'abord, pour préparer les européennes de 1999, ensuite pour être candidat à la mairie de Toulon en 2001. S'il entre au Parlement de Strasbourg, il échouera dans sa conquête toulonnaise.

Au cours de l'été 2000 éclate l'affaire Falcone. En décembre, le juge commence à tourner autour de Marchiani. Le soupçonnant d'avoir reçu, sous le pseudonyme de Robert, 450 000 dollars de Falcone destinés au financement de la liste Pasqua-Villiers pour les européennes de 1999. Marchiani se défend: «Robert, ce n'est pas moi. Il s'agit d'un pseudonyme collectif qui regroupe des représentants de divers services secrets.» Falcone dit la même chose. L'ex-assistante de ce dernier, Isabelle Delubac, affirme le contraire: «Pour moi, Robert, c'était Marchiani.» C'est aussi la conviction des enquêteurs, qui ont découvert que les numéros de téléphone du mystérieux Robert correspondaient à celui du portable de Marchiani et à ceux de la préfecture du Var ou du secrétariat général de la zone de défense de Paris.

Quelques mois plus tard, nouveaux doutes du juge Courroye. Cette fois à propos de l'ordre national du Mérite remis à Gaydamak, le 14 juillet 1996, par Jean-Charles Marchiani, dans les locaux de la préfecture du Var. Or, quarante-huit heures plus tôt, Falcone, via sa société Brenco, a adressé un don de 1,5 million de francs à une association, France Afrique Orient (FAO), fondée en 1988 par Pasqua. Interrogation du magistrat: ce versement a-t-il un lien avec la remise de l'ordre du Mérite à Gaydamak? En clair, Falcone a-t-il voulu remercier Pasqua d'avoir promu Gaydamak pour le récompenser de son rôle joué dans la libération des otages de Bosnie? Là, Marchiani se fâche. Entendu par la brigade financière, le 12 avril 2001, l'ex-préfet du Var ne mâche pas ses mots: «Il est saugrenu et insultant de penser que les plus hautes autorités de l'Etat soient obligées de remettre une distinction pour obtenir une subvention à une association de 1901.» Il précise: «Ce million et demi apparaît en comptabilité comme une subvention du gouvernement angolais [...]. Celui-ci a subventionné FAO afin de maintenir la politique de la France et de notre mouvance politique en Afrique.»

Quant à Charles Pasqua, il juge «carrément aberrant» de penser un seul instant qu'il existe un lien entre ce 1,5 million de francs versé par Brenco - dont il n'a jamais été informé - et la distinction accordée à Gaydamak. Et l'ancien ministre de l'Intérieur d'ajouter que, depuis 1991, il n'occupe plus aucune fonction à FAO.

Galopent les mois. Lorsque survient un coup de théâtre. En juin 2001, le juge Courroye apprend qu'un autre émissaire a également été dépêché en Bosnie pour sauver les pilotes français, à la demande du n° 2 de la DST, Raymond Nart. Il s'agit du général Pierre Gallois. Malgré son grand âge - 90 ans - il est parti le 16 novembre 1995 en Bosnie pour quarante-huit heures, où il rencontrera Radovan Karadzic et Ratko Mladic.

Le 17 novembre, le général Gallois a un long entretien avec Mladic, non loin de Pale. Ce dernier lui certifie que les deux pilotes recouvreront la liberté si un militaire français de haut rang vient lui rendre visite. De retour à Paris, Gallois est confiant. Les otages, croit-il, seront libérés dans les tout prochains jours. Or rien ne se passe. Ce n'est que trois semaines plus tard, le 12 décembre, qu'ils reviennent en France en compagnie de Marchiani.

Histoire troublante. Sur laquelle nous avons tenté - en vain - de recueillir le point de vue de Jean-Charles Marchiani.
Cette affaire, pourtant, risque d'empoisonner la vie de l'ancien préfet du Var, qui décline, depuis plusieurs mois, les convocations du juge. Agacé, celui-ci a demandé la levée de l'immunité du député européen. Le magistrat attend d'autant plus cette échéance qu'il a de nombreuses questions à poser sur des millions de francs découverts en Suisse.

Décidément, avec Jean-Charles Marchiani, rien n'est simple.

E Léandri
Les requins de Julien Caumer,
Un réseau au cœur des affaires, Flammarion, 1999

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Un livre foisonnant, bourré d'informations, et souvent passionnant. Le fil conducteur en est un personnage hors du commun, Étienne Leandri (1915-1995), que l'auteur a personnellement connu et dont il narre les nombreuses fortunes et relations. Antisémite et anticommuniste, passé par la collaboration, par la mafia (ambassadeur de Lucky Luciano auprès de la CIA) et par le SAC (Service d'action civique), il devint un spécialiste des montages parallèles, des contrats d'armement, des paradis fiscaux et des commissions grand format. Il représentait Elf, Thomson et Dumez.

C'était un intime de la famille Pasqua, en particulier du fils Pierre-Philippe, qu'il emmenait faire " des virées à la Scala de Milan, et des affaires d'armes en Afrique ". Étienne dirigeait à cet effet plusieurs sociétés, dont la très officielle Sofremi (Société française d'exportation du ministère de l'Intérieur), tandis que Pierre-Philippe œuvre dans une discrète officine, la Cecri.

Un certain nombre d'amis de Leandri rejoignent la trame. Citons trois brasseurs de milliards :

Alfred Sirven, le munificent marionnettiste d'Elf, qu'on ne présente plus. Sauf que, nous confirme Caumer, c'est un "honorable correspondant" de la DGSE, dont les officiers traitants successifs furent le colonel Pierre Léthier (au cœur du volet allemand de l'affaire Elf, le dossier Leuna-Minol) - puis le lieutenant-colonel Olivier ;

le richissime financier irako-britannique Nadhmi Auchi, qui fit fortune dans l'installation de pipe-lines, en association avec le groupe Elf, puis dans les ventes d'armes lors du conflit Irak-Iran ;

André Guelfi, habitué aux méga-commissions comme Étienne Leandri, ne faisait pas partie des intimes de ce dernier, mais partageait plusieurs amis communs. À commencer par Sirven. Guelfi aussi est décrit par les Renseignements généraux comme " très proche de M. Charles Pasqua, qu'il a financé à plusieurs reprises ". Il serait, selon les RG, " devenu "indispensable" à M. Loïk Le Floch-Prigent, dont il sera le "banquier" spécial pour des opérations de financement politique au Congo et en Angola, en collaboration avec l'homme de Charles Pasqua chez Elf, M. Alfred Sirven " (l'intéressé assure que les RG racontent n'importe quoi).

Beaucoup d'autres amis de Leandri nous sont présentés . Avec eux, on relie nombre d'"affaires" de ces quinze dernières années : la splendeur et la chute de l'industriel textile Maurice Bidermann (787 millions), les scanners de Georgina Dufoix, la vente des frégates à Taiwan (2,5 milliards de commissions), les sièges sociaux d'Elf en Afrique, l'entretien de la guerre civile angolaise, les marchés truqués du TGV-Nord (1,2 milliards de surfacturations), Jacques Toubon et la place d'Italie, sa belle-fille et la déconfiture d'Isola 2000 (253 millions amnistiés), la SEM 92 des Hauts-de-Seine, Coopération 92, les rames du métro parisien, son nettoyage (600 millions de surcoût), la rénovation des lycées d'Île-de-France, l'affaire Maillard & Duclos (avec ce mot manuscrit " 1,8 M en Suisse. Pour Juppé "), le "corbeau" et la commissaire Brigitte Henri, le duel familial Noir-Botton, Samaranch et le CIO, l'affaire Elf-Minol-Leuna bien sûr, le Fondo Sociale di Cooperazione Europea, la " call-girl escroqueuse " Anne-Rose Thiam (qui prétend avoir convoyé 500 millions d'Elf dans sa mallette en croco, au fil des arrosages de personnalités les plus diverses), le réseau de prostitution de luxe démantelé par le juge N'Guyen (" les portables des filles du réseau avaient une fâcheuse tendance à se contacter de longues minutes sur des lignes directes de la tour Elf "), Eurodif et le terrorisme iranien, la GMF et le gouffre de l'île Saint-Martin (plus de 2 milliards de pertes), les voltiges cannoises de Jean-Marc Oury et de l'Immobilière Phénix, etc.

Julien Caumer rappelle utilement ce propos de Loïk Le Floch-Prigent (Le Nouvel Observateur, 23/01/97) : " Tout le monde sait que pour obtenir le droit de chercher du pétrole, il faut payer en liquide. Les mœurs de cette industrie n'ont rien à voir avec ce qui se pratique ailleurs. Les gens les plus rigoristes devraient en être conscients quand ils vont faire leur plein. [...] Les arrangements avec la morale sont inévitables. [...] Veut-on ou non que la France soit un acteur pétrolier majeur dans le monde ? Ce qui compte, c'est le solde global ! Le groupe Elf valait 52 milliards en Bourse à mon arrivée et 112 milliards quatre ans plus tard, quand je l'ai quitté ".

On peut cependant reprocher à l'auteur de ne pas contester cette notion de "solde global" (il y a d'autres modes de calcul). Et de ne pas discuter ce propos d'un négociant pétrolier aguerri, proche de Leandri : " Quant aux pays d'Afrique, le pouvoir s'y obtient par les armes dans des luttes tribales terrifiantes, et la corruption est un mode de vie de tous les jours. Je grossis le trait, mais cela y ressemble : [...] on ne peut pas s'installer, à 10 000 kilomètres de chez soi, sans jouer le jeu ". Il y a d'autres jeux possibles, fondés sur des raisonnements un peu moins bruts de pétrole.


Étienne Leandri . Cet intermédiaire de haut vol, proche de Pierre-Philippe et Charles Pasqua, ainsi que de Jean-Charles Marchiani, était jusqu'à sa mort, en 1995, un personnage central des affaires d’armes et de corruption en France. Collaborateur notoire, doté d'un uniforme de la Gestapo, il s'était enfui en Italie après la guerre. Il y était devenu trafiquant de cigarettes, de fausse monnaie et de drogue, branché sur la filière corse de trafic d'opium. Ami de Jo Renucci et Antoine Guerini, il se lie aussi au chef mafieux Lucky Luciano : il le représente auprès de la CIA, dont il rencontre plusieurs fois le patron, Allen Dulles. L'agence américaine apprécie son anticommunisme. Elle obtient en 1955 l'annulation de sa condamnation à vingt ans de travaux forcés pour collaboration.

Étienne Leandri rentre en France, il est avec son compatriote corse Charles Pasqua l'un des cofondateurs du célèbre SAC (Service d'action civique). Il se lance dans l'immobilier, puis dans les contrats d'armement, avec sa société Tradinco. C'est alors qu'il devient l'ami inséparable du milliardaire irako-britannique Nadhmi Auchi. Opérant souvent depuis Londres, comme Auchi, il y représente officiellement les intérêts d'Elf, Dumez et Thomson – trois groupes où les commissions dépassent parfois allègrement la centaine de millions de francs. Ses propres pourcentages le transforment en nabab, intime entre autres du roi Fahd d'Arabie saoudite. En fait, malgré les inquisitions du fisc, Leandri vit en France. Vu ses clients, il y bénéficie des plus hautes protections. Et même d'un droit de regard sur la Sofremi, une officine parapublique de vente d’armes et d’équipements, sise rue de Messine et dépendant du ministère français de l’Intérieur. Il a par ailleurs initié au monde des ventes d'armes le fils de Charles Pasqua, Pierre-Philippe.

La famille Falcone, comme la famille Pasqua, est donc l'amie de cet Étienne Leandri – allez savoir pourquoi . Elle serait aussi au mieux avec la famille Bush, selon Airy Routier . Avant de devenir président des Etats-Unis, George Bush senior dirigea la CIA. Avant d'accéder à son tour à la Maison blanche, George Bush junior, gouverneur du Texas, aurait fréquenté, à Scottsdale en Arizona, le somptueux ranch des Falcone – qui ont financé sa campagne. Son épouse serait d'ailleurs devenue l'amie de Sonia Falcone, l'épouse d'origine bolivienne de Pierre Falcone junior. Les Bush sont très proches du lobby pétrolier américain, surinvesti en Angola . Les Falcone surarment le régime angolais.

En 1985, les Falcone créent à Paris la société Brenco, une SARL au capital initial de 50 000 francs, puis deux ans plus tard Brenco Trading International Limited, " basée sur l’île de Man " – dont la SARL devient la filiale, sous le nom de Brenco-France. Ils se lancent dans les ventes d'armes, en commençant par la Colombie . Puis ils représentent la Sofremi en Amérique latine (notamment l’Argentine, l’Équateur et le Mexique, outre la Colombie). Ils acquièrent le statut de résident à vie au Brésil, mais peuvent aussi mobiliser des capitaux équatoriens et colombiens . Ils sont présents à Londres et Montréal. Ils étendent leurs activités commerciales vers l'Asie, puis vers l'Afrique. Brenco aurait traité vers 1988 un marché de gaz de combat avec l'Irak (dont est originaire l'ami Auchi), gaz qui aurait servi dans la région du Kurdistan. À Pékin, elle est représentée par Thierry Imbot, fils de l’ancien patron de la DGSE . Au Vietnam et en Birmanie, on l'a vu, Brenco et Setraco mêlent leurs savoir-faire pour placer des équipements militaires est-européens.

En 1993, via Charles Pasqua, Étienne Leandri a fait nommer deux proches à la tête de la discrète Sofremi : deux anciens de Thomson, Bernard Poussier (Corse par sa mère, originaire du même village que Charles Pasqua) et Bernard Dubois. Après coup, Poussier admet que la Sofremi n’est qu’" un outil dont le seul but est d’éviter les appels d’offres internationaux ", " une imposture commerciale et juridique ". Le jeune Falcone est en cheville avec la Sofremi depuis 1989, sur la recommandation d’un collaborateur de Pasqua, Yan Guez . Dans ce qui est devenu un cocon pasquaïen, où il est désormais " l’unique interlocuteur ", omniprésent, il peut donner la mesure de son talent :

" Avec Marchiani, Pierre Falcone a contribué à la conclusion d’un accord franco-angolais de sécurité et de police conclu, avec l’aval de la présidence de la République française, après le retour de Pasqua au ministère de l’Intérieur, en mars 1993. Négocié sur place par Marchiani, il comprenait notamment un volet "technique" géré par la Société française d’exportation de matériels, systèmes et services (Sofremi) relevant du ministère de l’Intérieur. […] À l’époque, son conseiller pour les affaires angolaises n’est autre que Pierre Falcone qui, avec son partenaire Gaïdamak, va veiller à la livraison d’armes. L’accord passé entre les sociétés angolaises et françaises stipulait alors que les armes en question ne devaient pas transiter par la France, que les exportations devaient être en règle et enfin que les sociétés d’exportation mises à contribution ne devaient pas avoir leur siège en France ".

Il n’était pas interdit, par contre, de "dégager" de belles marges en fourguant des matériels de fin de série ou d’occasion. Pierre Falcone Jr a bien appris les leçons de Leandri. Ayant déniché en Italie du matériel de communication soldé, il l’aurait revendu pour 300 millions de francs à l’Angola, via la Sofremi. Trois fois le prix. 50 % de commissions . Falcone obtient de la Sofremi " des commissions exorbitantes ", confirme le préfet Henri Hurand , futur directeur de cet office.

Peut-on faire des affaires en Angola sans négocier du pétrole ? Falcone a un ranch en Arizona. Il y accueillait entre autres le gouverneur du Texas, George W. Bush, futur président des Etats-Unis, très proche du lobby pétrolier américain. Il a établi à Panama une holding pétrolière, Falcon Oil & Gas. Avec les 10 % obtenus dans le bloc 33, opéré par Exxon, ce pétrolier d’occasion a décroché un pactole .

Falcone codirige aussi la société angolaise Simportex, qui avait le quasi-monopole de la nourriture et de l’habillement des Forces armées angolaises (FAA) . Simportex est étroitement liée au principal acheteur d’armes des FAA, le général Manuel Helda Vieira Dias, alias Kopelipa.

En 1997, Simportex et Kopelipa ont acheté en Europe de l’Est pour quelque 3 milliards de francs d’armes, munitions et fournitures diverses. Heureux courtiers : Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak (ce qui conduit le fisc français à leur réclamer 1,25 milliards de francs ). Ingénierie financière : Glencore et Paribas (chef de file d’un pool d’une dizaine de banques dont la BNP, Worms, la Banque populaire… ) . Cette société suisse et cette banque française sont au cœur d’un système de prêts gagés sur le pétrole futur de l’Angola. On peut bien appeler cela une pompe à fric, vu les usages de ces prêts, et leur taux élevé. L’ancien "Monsieur Angola" de Paribas, Jean-Didier Maille, est devenu le directeur financier de Glencore. Après la chute du mur de Berlin, celle-ci a gagné des milliards de francs suisses sur le pétrole de l’ex-URSS, en association avec Menatep, la banque russe au cœur du "Kremlingate". Glencore a transféré son expertise en Angola, au service de l’équipe Falcone .

En septembre 1999, cette sympathique prospérité a été troublée par une alerte rouge. Dix ans plus tôt, les USA avaient battu l’URSS par jet de l’éponge. Depuis, la mafia tenait le haut du pavé dans une Russie exténuée – qu’il fallait quand même aider. D’un coup, la réalité est revenue en boomerang : la mafia captait l’essentiel des prêts du FMI, elle a "recyclé" 10 milliards de dollars d’aide internationale, elle s’est même permis, avec cet argent, de circonvenir l’une des plus vieilles banques américaines. Nombre de dirigeants occidentaux se laissent volontiers corrompre, avec leurs amis du Sud, par les facilités paradisiaques des îles Vierges ou Caïman. Mais ils découvrent qu’à ce jeu-là – la loi de la jungle -, la mafia russe est aussi imbattable que ses compatriotes aux échecs.

Les Américains et le FMI s’agitent. Ils ne sont pas les seuls. Le 30 septembre 1999, La Lettre du Continent publiait un éditorial Angola : Une affaire "franco-russe" ?, où elle signalait d’autres gens soucieux. Arcadi Gaydamak en a fait condamner certains termes. Mais pas d’autres :

" Depuis que l’affaire du "Kremlingate" a éclaté à Moscou, on dort mal au Palais de Futungo, à Luanda, et on s’inquiète à Paris chez les initiés du village franco-angolais. [...] Une réunion informelle sur ce dossier s’est même tenue à l’Élysée [...] entre des militaires de haut rang, des responsables des services de renseignement et des diplomates. La lancinante question était de savoir si la France ne risquait pas, un jour, d’être impliquée dans une extension du "Kremlingate" en Angola. [...]

À l’origine de ce malaise, on trouve l’équipe franco-russe constituée dans les années 80 entre Arcadi Gaïdamak, très actif dans le complexe militaro-financier russe [...], et l’homme d’affaires français Pierre J. Falcone, président de Brenco [...]. Les deux hommes sont devenus les piliers incontournables des relations franco-angolaises [...]. Le vrai patron de l’équipe est [...] Arcadi Gaïdamak [...], ancien émigré russe en Israël, naturalisé français en 1975 sur l’intervention de Robert Pandraud [...].

Plusieurs grands groupes angolais ont leurs comptes à la Bank of New York qui est accusée par le FBI d’avoir "recyclé" 10 milliards $ d’argent russe. [...] Des sociétés liées à Menatep ont aussi opéré dans les circuits de financement du pétrole angolais ".

Résumons : Glencore a gagné des milliards sur le pétrole russe, de concert avec les héritiers de la nomenklatura soviétique, ce qui a creusé d’autant la faillite financière de la Russie. Ce même groupe d’héritiers sans scrupules a aussi bradé l’arsenal de l’Armée rouge, les stocks stratégiques d’aluminium, d’engrais , etc. (avec des profits astronomiques ), ainsi que les créances du pays , et dix milliards de dollars du FMI. Une part de ces flux (pétrole, armes, dettes) ont pu être brassés entre la Bank of New York et les recettes du pétrole angolais, grâce à la gestion parfaitement occulte du régime de Luanda. Pierre Falcone est constamment en affaires avec Glencore et Paribas – entre lesquels Jean-Didier Maille a fait la navette. Au printemps 2000, Glencore a encore levé 3 milliards de dollars de prêts gagés à l’Angola, avec des banques comme Paribas, la Société générale, la Dresdner Bank Luxembourg, etc.

À propos de Paribas. Dans un rapport confidentiel envoyé à son ministère, le 26 novembre 1996, l’ambassadeur de Belgique au Luxembourg explique qu’existe au Grand-duché " un circuit dans lequel de "l’argent criminel" est blanchi ". Il passe par la Banque Continentale du Luxembourg (BCL), ou "Conti". Celle-ci a appartenu conjointement à Paribas et au groupe Auchi de 1982 à octobre 1994. À cette date, Paribas a repris les parts de son associé, avant de céder le sulfureux établissement en 1996 à une consœur flamande, la Kredietbank (KB) . Selon la note diplomatique belge, " des analystes financiers au Luxembourg ont l’impression que, via la "Continentale", de grandes banques telles que la [...] KB, Paribas, Suez,... profitent chacune à leur tour de ce circuit noir ".

Longtemps copropriétaire de la "Conti", Nadhmi Auchi en était aussi l’ingénieur financier. Ce multimilliardaire irako-britannique partageait avec Pierre-Philippe Pasqua un grand ami commun : Étienne Leandri , décédé en 1995. Le trio représentait un capital exceptionnel d’expérience dans les ventes d’armes et leur financement. Auchi a " fait fortune dans le commerce des armes pendant la guerre Iran-Irak, explique un businessman moyen-oriental installé à Paris. Les contrats transitaient par la société Tradinco, rebaptisée plus tard Concepts in Communication ". Il avait commencé de s’enrichir en construisant des pipelines dans son pays natal, l’Irak, avec une filiale d’Elf. Puis c’est devenu un acrobate de la finance, un précurseur de la connexion entre paradis fiscaux. " Ses sociétés sont domiciliées au Luxembourg et à Panama, ce qui soulage considérablement les démarches administratives... ", mais ne l’aide pas à démentir les accusations de blanchiment dont il est régulièrement l’objet. Dans une de ses sociétés luxembourgeoises, la Pan African Invest, Auchi domicilie une filiale d’Elf. Il en est devenu le cinquième actionnaire de la compagnie pétrolière, avec 1 % des parts.

Le rapport de l’ambassadeur belge a suscité une enquête de l’hebdomadaire bruxellois Le Soir Illustré :


" Sous "l’ère Auchi", la Banque continentale du Luxembourg a accueilli les comptes en banque de dictateurs notoires : Saddam Hussein, Bokassa, Houphouët-Boigny, Bourguiba, Kadhafi et l’inévitable Mobutu. [...] Plusieurs holdings de droit luxembourgeois auraient été créés par un de ses hommes de confiance [...] Jean-Pierre Bemba, le fils du patron des patrons zaïrois : Saolona Bemba [aujourd’hui ministre de Kabila]. [...] La tristement célèbre Radio Mille Collines [...] était financée par des capitaux provenant des comptes ouverts auprès de la Banque Continentale du Luxembourg qui possède, soit dit en passant, des filiales au Zaïre et au Rwanda. [...] La Conti semble donc être le passage obligé, depuis une quinzaine d’années, d’opérations de blanchiment à l’échelle internationale ".

Auchi est un relais considérable des réseaux françafricains. Paribas est fortement engagée dans leurs acrobaties financières. Elle a le chic de surendetter les pays en guerre civile, comme le Congo-Brazzaville ou l’Angola, où le mélange armes-pétrole domine les flux financiers. Jusqu’à son absorption en 1999 par la BNP, son actionnaire de référence était... Nadhmi Auchi, avec 7,1 % du capital. La BCL donc, filiale de Paribas et de la nébuleuse Auchi, a été mêlée aux épisodes les plus sombres de la région des Grands Lacs, avec une forte clientèle mobutiste.

Revenons à Pierre Falcone. Par-delà la Sofremi, il est surtout le dirigeant du groupe Brenco International – une société " très proche de M. Jean-Charles Marchiani ", le négociateur tout-terrain de Charles Pasqua. La filiale Brenco-France, dont le capital a été porté à 1 500 000 francs, est installée 64 avenue Kléber, Paris 16e, dans des locaux somptueux. Grâce à ses " appuis au sein de la DST ou dans des groupes comme Thomson, le Giat ou la Compagnie des Signaux ", Falcone était Pierre Falcone est devenu " l'un des plus grands marchands d'armes du monde " et, depuis Paris, " le chef d’orchestre incontestable " des ventes d’armes à l’Angola . Via Brenco. Ou la société de droit slovaque ZTS-Osos, " dont Brenco pourrait n’être qu’une "excroissance" française " : " les juges ont découvert effectivement des versements sur son compte [ZTS-Osos] dans une agence parisienne de Paribas, et une impressionnante série de marchés d’armes (chars, bazookas, missiles, orgues de Staline) avec l’Angola ".

" En septembre dernier [2000], les juges avaient mené de discrètes perquisitions dans les superbes appartements de Falcone, avenue Montaigne et avenue Kléber. […] Les logiciels de ses principaux collaborateurs (eux aussi incarcérés) livrèrent des comptes rendus fort instructifs de réunions, dont certaines tenues en présence du président angolais Dos Santos. Il y était question de ventes d’armes pour la bagatelle de quelques centaines de millions de dollars, de mouvements de fonds associés au nom de Marchiani et plus généralement de bienveillance pour Pasqua et ses amis ".
Il y en a eu au total pour 633 milliards de dollars : des hélicoptères et des chasseurs Mig ont été rajoutés au menu . Les premiers sont une spécialité maison, on l’a vu à propos des activités de Roussin, Brenco, Total et Cie en Birmanie.

" De nombreux anciens des services travaillaient pour Brenco comme Thierry Imbot, décédé le 10 octobre. Le fils de l’ancien patron de la DGSE était ces derniers temps chargé d’opérations de change – de francs CFA en dollars – pour des chefs d’État africains comme le président congolais Sassou II, grand ami du président angolais ".
L’on restait en effet très proche des affaires d’État dans la nébuleuse Falcone-Brenco : " les frontières entre Brenco et la Sofremi ont longtemps été plus que floues, Falcone, le patron de Brenco […] ayant longtemps joué quasiment officiellement les VRP pour la Sofremi " ; " Brenco et la Sofremi collaboraient tant et si bien qu’ils ont offert conjointement une voiture blindée [une Safrane] au président angolais, en marge des contrats de "sécurité" ".

Pierre Falcone a été aussi l’intermédiaire dans une exportation illégale de matériels d’interception de sécurité par la société Communication & Systèmes (CS, ex-Compagnie des Signaux), " ayant donné lieu à 7 millions de dollars de commissions occultes. Ces matériels, officiellement destinés à l’Angola, auraient été finalement livrés à la Yougoslavie, fin 1999 ". Le juge Marc Brisset-Foucault enquête sur cette affaire. En perquisitionnant le 9 mai 2000 au siège de CS, il ne pensait pas déclencher un tel hourvari.

C’est que CS est une firme spéciale, où ont "pantouflé" d’anciens hauts responsables de la DST (l’ancien n° 2 Raymond Nart et son adjoint Jacky Debain), ainsi qu’un brillant stratège du Secrétariat général de la Défense nationale, le général Claude Mouton. Sous la houlette d’un ancien du groupe Bolloré, Yazid Sabeg. Lorsque Arcadi Gaydamak intente un procès en diffamation – une arme qu’il dégaine systématiquement –, Raymond Nart vient volontiers témoigner " des nombreux services " que le Russo-Israëlien a rendus à la France .

La réexportation vers la Serbie d’une partie des matériels d’écoute ultra-perfectionnés livrés au régime angolais n’a rien d’invraisemblable. On est très philoserbe chez les anciens de la DST, comme dans le réseau Pasqua. William Goldnadel, l’avocat commun à Nart et Gaydamak, préside aussi une "Ligue internationale contre la désinformation" qui a organisé fin 2000 au Sénat un colloque historique. Vladimir Volkoff y a assuré qu’au Kosovo, " on a péniblement trouvé deux cents cadavres dont on ne sait s’ils sont serbes ou albanais " (les enquêteurs approchent en fait du chiffre de 10 000 victimes albanaises). D’ailleurs, " en Russie la liberté de la presse est incroyable, alors que tout est manipulé en France " .

Le même avocat a participé à la fameuse mission d’observation partie cautionner au Gabon la réélection truquée d’Omar Bongo, fin 1998. Le foccartissime Robert Bourgi a dépêché aux frais de la princesse une escouade de treize gens de robe, dont l’avocat élyséo-africain Francis Szpiner et William Goldnadel, conduite par le magistrat Georges Fenech, président de la très droitière APM (Association professionnelle des magistrats). L’équipée fit scandale pour diverses raisons. Entre autres parce que fut intercepté à Roissy " un familier des dossiers africains [...], porteur d’une mallette contenant une très importante somme en argent liquide. Il avait expliqué que ces fonds provenaient de la "présidence du Gabon" et qu’ils étaient destinés au Club 89 ", animé par Robert Bourgi. En 1997 déjà, un compte suisse de la société Brenco, du tandem Falcone-Gaydamak, a versé 100 000 francs à la revue Enjeu justice de l’APM…

Ce tandem pourtant, malgré sa générosité et la protection d’une importante faction de la DST, n’a pas que des amis. Dès " le 12 décembre 1996, une centaine de policiers ont perquisitionné simultanément tous les locaux professionnels et privés de Falcone et Gaydamak à Paris, ainsi qu’à la banque Paribas (où étaient ouverts les comptes de ZTS-Otzos, contrôlée par le Russe) ". Lors de ces perquisitions, " selon certains, des documents et des bandes magnétiques "gênantes pour certains hommes politiques français" ont été saisis ". Il faudra attendre près de quatre ans et une nouvelle perquisition pour que ces noms-là ressortent…

Une semaine plus tôt, le 5 décembre 1996, L’Événement du Jeudi avait publié la photocopie d’un contrat de fourniture de matériel militaire russe d’un montant de 47 151 550 dollars, signé par Falcone avec le cachet de ZTS-Osos. De quoi équiper une division motorisée de 8 000 combattants, à vocation offensive (alors qu’en principe le gouvernement angolais appliquait l’accord de paix de Lusaka, avec la rébellion Unita) :

" Voilà deux mois, l’EdJ (n° 622) a raconté dans quelles circonstances Falcone, associé à un ressortissant russe naturalisé français, Arkady Gaydamac, avait vendu des milliers de camions russes à l’Angola – les mêmes que ceux qui équipent l’armée russe. Nous avions déjà évoqué dans l’article l’existence du contrat d’armement entre la Russie et l’Angola.
Falcone et Gaydamac avaient juré le cœur sur la main n’être aucunement liés à ce marché, expliquant même que "le commerce des armes les révulsait". Gaydamac, que plusieurs services français soupçonnent d’avoir des liens avec la mafia russe, reconnaissait simplement avoir mis les Angolais en rapport avec les bons interlocuteurs moscovites, "mais à titre purement gracieux". Le contrat que nous publions le prouve : ils ont menti. [...] [Jusqu’en 1993], la France [...] a continué de privilégier l’Unita. [...] [Puis Paris a résolu d’aider aussi] aussi discrètement Dos Santos sans que la France apparaisse officiellement. [...]

Cette assistance militaire clandestine, ce sont Gaydamac et Falcone qui la mettent en place. Le tandem était en service commandé. D’ailleurs, ils s’en cachent à peine : "Il faut lire entre les lignes de ce contrat, tempête Falcone quand on le compare à un marchand d’armes. Nous sommes venus au secours d’un gouvernement légal, celui du président Dos Santos. La morale est dans notre camp". Plus rusé, Gaydamac affirme ne pas avoir connaissance du contrat d’armement signé par son associé. "Mais si, d’aventure, il existe, souligne-t-il, vous remarquerez qu’il a permis de rétablir la paix. Cela seul compte". [...]

Hélas, la République est parfois ingrate avec ses serviteurs de l’ombre. Le fisc français estime que Falcone et Gaydamac, résidents français, doivent acquitter des impôts sur les 47 millions versés par l’Angola ".

Ce coup du fisc, comme la descente de police qui a suivi, montre que la République légaliste commençait d’affronter la "République souterraine" – celle qui, entre autres, gère les rentes pétrolières et les rétro-commissions sur contrats d’armement. Gaydamak a été " protégé au-delà de toute prudence par la DST, en raison des portes qu'il lui ouvrait en Russie ". " Falcone fut longtemps intouchable ". Mais " un Pasqua vous manque et tout est dépeuplé ".

On est monté d’un cran deux ans plus tard, fin 1998 : selon Le Canard enchaîné du 23 décembre, Falcone " vient de se voir menacer par les douanes d’une amende de 1,5 milliard de francs à la suite d’un achat d’armes en République tchèque pour le compte de l’Angola ". Ce qui donne un ordre de grandeur des transactions ainsi mises à l’amende...

Fin 2000, le tandem Falcone-Gaydamak est encore davantage "agressé". Pierre Falcone est arrêté et incarcéré le 1er décembre, après la secrétaire de Brenco, Isabelle Delubac, et son gérant Jérôme Mulard. Bernard Poussier, l’ex-directeur de la Sofremi conseillé par Falcone, est mis en examen et écroué le 16 décembre : le fisc a mis en évidence des " transferts de charges et de produits " entre Brenco et la Sofremi . Arcadi Gaydamak fait l’objet, le 6 décembre, d’un mandat d’arrêt international . Il préfère se plaindre au Monde depuis Londres, avant de se réfugier en Israël :

" En France, gagner de l’argent trop vite est suspect. […] Depuis des années, des dizaines de journaux m’ont présenté comme un trafiquant d’armes ou un mafieux. Je les ai tous fait condamner en diffamation par les tribunaux français. […] La France devrait me traiter en héros et elle me traite en bandit ".
Cette fois, la menace de procès en diffamation n’arrête plus la presse. Des noms sortent. " Les enquêteurs soupçonnent le parti de Charlie [Pasqua] d’avoir bénéficié de largesses indues venant des sociétés créées par Falcone et par son associé Arkadi Gaïdamak ". Ils perquisitionnent le parti pasquaïen, le RPF et les bureaux du président du Conseil général des Hauts-de-Seine. L’occasion de découvrir qu’une résidente gabonaise, Marthe Mondoloni-Tomi, a fait un don de 7,5 millions de francs pour la campagne européenne du RPF, et s’est portée caution d’un prêt de 4 millions, par une banque monégasque. Ce n’est pas n’importe qui : à la tête du PMU gabonais, elle est la fille de Michel Tomi, général au Gabon de l’empire corsafricain des jeux des frères Feliciaggi : tout un pan du clan Pasqua, très proche de la sulfureuse banque Fiba et du régime angolais. Leurs comptes à Monaco sont l’objet d’une instruction pour " blanchiment " , par une justice locale guère réputée pour ses excès de zèle. Jean-Christophe Mitterrand, son ami Jean-Noël Tassez et Jacques Attali apparaissent eux aussi sur l’inventaire des commissions . Ils sont perquisitionnés les 30 novembre et 1er décembre. Les réseaux de la gauche mitterrandienne en prennent donc aussi pour leur grade. Et Yves Thréard, dans Le Figaro , fait une découverte :

" Longtemps, les Français se sont demandés pourquoi François Mitterrand et Charles Pasqua entretenaient l’un pour l’autre une estime empreinte d’admiration. Quatre ans après la disparition du chef de l’État, l’actualité vient peut-être d’apporter une réponse. Et si le dénominateur commun était la face cachée des relations franco-africaines ? […]

Tous les personnages de ce nouveau feuilleton judiciaire sont bien connus du cercle de la "Françafrique", espèce de société secrète et informelle qui fit la pluie et le beau temps entre Paris et le continent noir jusqu’au milieu des années 90. […] L’Afrique, "pompe à fric" des partis politiques français ? On peut le dire ".

À peine perçue, cette réalité serait dépassée, d’au moins cinq années. Comme le truquage des marchés publics…

Pour corser le tout, " l’enquête des policiers de la brigade financière […] les entraîne jusqu’à un réseau de call-girls. L’ensemble du système Falcone apparaît peu à peu. Des relations à bases financières, bâties dans les milieux les plus divers : show-biz avec Paul-Loup Sulitzer, médias avec l’ancien directeur-général de la Sofirad, Jean-Noël Tassez ".

La relance de l’enquête sur Falcone et Gaydamak se rapproche curieusement de l’affaire de la cassette de Michel Méry, avec son exposé posthume, explosif, des financements politiques occultes en Île-de-France. Brenco International et Michel Méry ont le même avocat, Allain Guilloux. Celui-ci est soupçonné de " blanchiments de fonds entre la France et le Maroc ", en liaison avec un autre de ses clients, Henri Benhamou, mis en examen avec son partenaire Steve O’Hana pour " blanchiment aggravé en bande organisée " – de l’argent présumé " issu du trafic de drogue ". En perquisitionnant chez Me Guilloux, les juges Courroye et Prévost-Desprez ont découvert " plusieurs dossiers concernant MM. Falcone et Gaydamak ". " Guilloux avait monté des structures immobilières sophistiquées avec le duo Falcone-Gaidamak, via des paradis fiscaux. Ainsi, le Russe serait le vrai propriétaire, via la SCI Point Carré, de l’appartement de l’avenue Raymond Poincaré gracieusement prêté à Allain Guillloux . C’est lui aussi qui a racheté, grâce à une cascade de sociétés écrans, la vaste demeure du promoteur Pellerin dans le midi " – aussi pharaonique que la faillite dudit Pellerin.




C Pasqua
Les réseaux suisses qui font trembler la droite française - Jean-Claude Péclet et Sylvain Besson - Le Temps - 070302

Alors que les déclarations de Didier Schuller et le livre d'Eric Halphen enflamment la campagne, la justice met au jour les systèmes de financement occulte des partis français. Dans l'avion qui le ramenait à Paris le 5 février 2002, l'ancien conseiller général RPR des Hauts-de-Seine Didier Schuller, en fuite depuis sept ans, posait en père martyr. S'il avait décidé de se rendre à la justice, c'était pour reprendre en main son fils Antoine, qui avait dévoilé sur Canal+ sa cachette à Saint-Domingue, inspiré, selon son père, par des sectes et la chanteuse Marie Laforêt... Curieusement, depuis qu'il a été libéré sous caution vendredi dernier, le fugitif repenti n'a pas trouvé une minute pour appeler Antoine Schuller, qui vit à Genève et a tenté en vain de parler à son père. En revanche, l'homme qui dirigea l'office HLM des Hauts-de-Seine de 1986 à 1994 s'est montré plus loquace avec le juge Philippe Vandingenen et avec la presse. Au premier, il a confirmé le système de financement occulte du RPR par des commissions versées sur l'attribution des marchés publics.

Plusieurs millions de francs suisses ont abouti sur des comptes au Credit Suisse, à la banque Julius Bär et entre les mains du gérant de fortune genevois Jacques Heyer, en attente de procès pour faillite frauduleuse.

Missile Schuller - Aux journalistes, Didier Schuller déclare que l'avocat Francis Szpiner est «celui dont les conseils l'ont déterminé» à quitter la France en 1995, en pleine campagne présidentielle. Or Francis Szpiner n'est pas n'importe qui. Candidat à l'investiture RPR en Saône-et-Loire contre le socialiste sortant Arnaud Montebourg, il dirige la cellule de crise qui défend Jacques Chirac contre la curiosité croissante des juges. Interrogé à Saint-Domingue, Didier Schuller déclarait que les caisses noires n'étaient pas une spécialité du RPR. Apparemment, il a changé de tactique en lançant son dernier missile contre la garde rapprochée du président. L'événement intervient un mois et demi avant le premier tour de la présidentielle, tandis que la cote du candidat Chirac fléchit et que le juge Eric Halphen décrit dans un livre-réquisitoire les manoeuvres dont il a été victime pour bloquer ses enquêtes.

Le parcours de Didier Schuller ressemble à celui de Jean-Claude Méry, ancien cadre du RPR de la Ville de Paris, mort en 1999. Lui aussi a touché de l'argent des entreprises de construction sur des comptes suisses. Jean-Claude Méry travaillait avec une fiduciaire genevoise, Gestoval, et disposait d'un compte à UBS. «Un cadre de la Lyonnaise des Eaux a introduit Jean-Claude Méry chez Gestoval, se souvient un proche de la société. Il l'a présenté comme un cadre du RPR. Nous savions que l'argent de la Lyonnaise servirait à financer les permanences du RPR.» Pour acheminer l'argent à Paris, Méry le transportait lui-même, ou faisait appel à Interaf, une très discrète société genevoise de transferts de fonds.

Didier Schuller mène à un autre pan des réseaux politico-financiers français en Suisse – ce que le journaliste Nicolas Beau a appelé «La Maison Pasqua»*. Didier Schuller a fait carrière dans l'ombre de Charles Pasqua lorsque ce dernier était président du Conseil général des Hauts-de-Seine. Il invitait Pierre Pasqua, son fils, dans la chasse alsacienne que ses comptes suisses permettaient de financer. Pierre Pasqua a travaillé pour Jean-Claude Mimran, un puissant industriel actif en Afrique et résidant officiellement à Gstaad. Jean-Claude Mimran est lié à Eric de Lavandeyra, un financier genevois proche de Schuller, dont il fut le voisin à Saint-Domingue. «Je les connais, mais je ne les ai pas vus depuis des années», explique Jean-Claude Mimran.

Il y a d'autres liens entre les Hauts-de-Seine et l'Afrique, où Charles Pasqua a bâti un vaste réseau d'influence. Son bras droit au Ministère de l'intérieur, Daniel Leandri, un ancien policier, a été interrogé à Genève dans le cadre de l'affaire Elf. Il s'est décrit comme un «chargé de mission» qui percevait, lors de voyages au Gabon, au Congo ou en Angola, des commissions transférées ensuite sur des comptes suisses. Il a ainsi reçu d'Elf – dont la filiale genevoise lui versait, curieusement, un salaire – quelques millions de francs français provenant d'un contrat pétrolier avec le Cameroun. Elf a aussi souvent mis ses avions à disposition de Charles Pasqua pour ses déplacements.

Distributeur de commissions - La justice suisse a découvert des relations entre Pierre Pasqua et Etienne Leandri, qui n'est pas parent du premier. Mort en 1995, il était un partenaire en affaires de Pierre Pasqua. Il a financé le Quotidien du maire, une publication proche de Charles Pasqua. Travaillant avec des groupes français comme Thomson, cet intermédiaire a, selon un magistrat, servi de distributeur de commissions issues de grands contrats, notamment au travers d'une société écran administrée depuis Genève, Concept in communication. En 1994, GEC-Alsthom lui a versé plus de 2 millions de francs suisses, apparemment pour obtenir du Ministère de l'intérieur l'autorisation de déplacer son siège parisien en banlieue.
D'autres versements mènent des comptes suisses d'Etienne Leandri à ceux de l'ancien préfet Jean-Charles Marchiani. Vieil ami de Charles Pasqua, il a noué des liens fructueux entre le Ministère de l'intérieur et l'Angola, au travers d'un organisme parapublic, la Sofremi.

C'est sur mandat de cette société que l'intermédiaire Pierre Falcone, un ami d'Etienne Leandri, a livré des centaines de millions de dollars d'armes au régime angolais du président Dos Santos. A Genève, Pierre Falcone travaillait avec UBS et sa filiale Ferrier Lullin. C'est au travers de ses comptes suisses qu'il a financé le RPF. Il était assisté dans ses transactions angolaises par un autre client de UBS, le Russe Arkady Gaydamak, aujourd'hui réfugié en Israël. L'heure de vérité approche pour les réseaux Pasqua. La justice suisse vient de transmettre à la France un volumineux dossier concernant les activités d'«intermédiaire» d'Etienne Leandri. Le Tribunal fédéral va se prononcer sur l'envoi à Paris de documents concernant les activités de marchands d'armes du duo Falcone-Gaydamak.

Enfin, la justice genevoise a fait des découvertes qu'on dit «intéressantes» sur la revente en 1995, au prix très surfait de 17 millions de francs français, de la maison familiale des Pasqua à Grasse. L'argent de cette transaction serait passé par les comptes suisses du Libanais Antoine Tabet, actif au Congo et bénéficiaire lui aussi des largesses du groupe Elf. Ces trois dossiers pourraient réserver de bien mauvaises surprises à la droite française d'ici au deuxième tour de la présidentielle, le 5 mai prochain.

* La Maison Pasqua, Nicolas Beau, Paris, Plon, 2002


CHARLES PASQUA
UN "ANIS" QUI VOUS VEUT DU BIEN

Une boisson d'homme fabriquée en France (pas en Europe) pour nettoyer le pays de la chienlit, et accessoirement des juges, dont "les Français se foutent".



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ÉTAT CIVIL: Pasqua Charles, Victor.
Né le 18 avril 1927 à Grasse (Alpes-Maritimes).
Fils de André, policier, et de Françoise, née Rinaldi, femme au foyer.
Marié à Jeanne, un enfant (Pierre-Philippe).

DIPLÔMES: deux certificats de licence de droit.

EMPLOIS: représentant chez Ricard, puis inspecteur, directeur régional et commercial (1952-1971).
Lanceur de l'américano Gancia.

CARRIÈRE POLITIQUE: créé la section RPF des Alpes-Maritimes en 1947, le SAC en 1968, organisateur, avec d'autres, de la contre-manif gaullienne du 30 mai 1968.
Député UDR des Hauts-de-Seine (19681973).
Pilier de l'UDR (1974-1976).
Sénateur des Hauts-de-Seine, puis président du groupe RPR du Sénat pendant cinq ans (1981-1986).
Ministre de l'Intérieur de 1986 à 1988. Récidive en 1993-1995.
Cofondateur et président du RPF
Député européen (souverainiste) depuis trois ans.

SPORTS: marche à pied.

HOBBIES: casinos africains.
Apprendre par coeur l'oeuvre complète de Mongénéral.
Dévore tout ce qui paraît sur son grand homme. Et sur son cousin Napoléon.

OUVRAGES: "La libre entreprise - Un état d'esprit" (1964).
"L'ardeur nouvelle" (1985).
"Que demande le peuple" (1992).
"Demain, la France, tome 1" (1992).
"La priorité sociale" (en coll., 1992).
"Tous pour la France" (1999).

RAISONS DE LA CANDIDATURE:
Officielle: sauver la France de la chienlit européenne.
Officieuse: sauver le sauveur de la France de sa chienlit judiciaire.



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"CHARLES PASQUA n'a Jamais été un mec mesquin". Ce joli mot d'un de ses proches résume la formidable carrière de ce petit-fils de berger corse du Fiumolbu devenu une des rares bêtes de scène de la vie politique française. Charlie a toujours caressé un destin national, sans vraiment l'assumer. L'occasion royale de tenter sa chance, d'après ses plus fidèles conseillers, s'est présentée pourtant une fois, vraiment. C'était aux élections européennes de 1994, qui auraient pu constituer une véritable rampe de lancement. Deux ans plus tôt, Pasqua avait obtenu avec son compère Séguin plus de 49 % des voix au référendum sur Maastricht en préconisant le non. En 1994, face au très européen et centriste Baudis, il dispose d'un formidable espace politique. D'abord pour conduire sa propre liste, puis dans la foulée pour se présenter à la présidentielle de 1995. Il en rêve, il en parle et en laisse parler, mais le voilà qui cale, séduit par les câlins de Balladur, qui le ménage et le cajole. "Trop habitué à servir, psychanalyse Jean-Jacques Guillet, vice-président du RPF, Pasqua ne se vit, pas comme nécessairement destiné au premier rôle". Il faudra attendre l'année 2002 pour que, traqué par la justice et crédité cette fois de 2 % des voix, comme Besancenot ou Mégret, il se lance dans l'arène.

Effectivement, Môssieu Charles possède à son actif quarante années de bons et loyaux services au sein du mouvement gaulliste. Quelques jours après le retour au pouvoir du général de Gaulle, le 13 mai 1958, Charles Pasqua s'enferme avec quelques militants gaullistes prêts à donner l'assaut à la préfecture. Avec un seul mot d'ordre: "Résurrection". Il n'est alors qu'un modeste vendeur de pastis dans la zone des abattoirs de Marseille. La même année, Pasqua est un des créateurs du Service d'action civique (SAC), cette police parallèle imprégnée de relents pétainistes et de valeurs nationalistes, le tout épicé d'un zeste d'activisme.

Lorsque éclate Mai-1968, le futur ministre de l'Intérieur fait distribuer des barres de chocolat aux CRS qui patientent dans leurs cars, boulevard Saint-Germain. C'est surtout un des organisateurs de la marche gaulliste du 30 mai sur les Champs-Elysées. Un triomphe. Dans la foulée, le vice-président du SAC est élu député à Clichy-Levallois, sous l'étiquette UDR et avec l'aide de quelques gros bras venus de Marseille, affublés de plaisants surnoms: "Le Ramoneur" ou encore "Pierrot quatre canons".

Battu aux cantonales de 1976 à Clichy-Levallois, Charles ne doit son salut politique qu'au Corse René Tomasini, dit Toto, le roi du renvoi d'ascenseur et son véritable parrain en politique. Toto le propulse délégué à l'organisation de l'UDR, où Jacques Chirac découvre vite ses talents et en fait promptement son organisateur en chef pour la présidentielle de 1981. Avec le succès que l'on sait.

Après l'arrivée au pouvoir de la gauche, l'ambition de Môssieu Charles s'aiguise. Patron du groupe RPR au Sénat, la meilleure maison de retraite de France, Charlie abandonne son style Canebière années 30 qu'il affectionnait tant. A se frotter ainsi au gratin de la République, le sénateur des Hauts-de-Seine se notabilise, perd la mauvaise réputation qui lui colle à la peau. Fi du costard rayé, il se met à la flanelle grise, donne dans le voyage officiel à Washington, où il est reçu par le vice-président Bush, le père de l'actuel président américain, immédiatement séduit par le personnage, se lie d'amitié avec le flamboyant Berlusconi à Rome, ou encore se prend à acheter du caviar chez Petrossian avant les fêtes.

En 1985, M. le sénateur se lance même dans la rédaction d'un premier ouvrage, "L'ardeur nouvelle" , "un livre roboratif qui se situe à l'opposé de l'esprit capitulard fondé sur le prétendu sens de l'Histoire". Les rondeurs sénatoriales n'ont pas effacé la rugosité de la pensée et une certaine faconde acquise, durant les années Ricard, dans les bars marseillais. Autant dire que les nouveaux habits de Môssieu Charles ont laissé intacts les oripeaux du patron du SAC.

Le vrai tournant dans sa carrière se situe au début des années 90. Môssieu Charles est déçu, lâche Chirac, battu à la présidentielle, et le place dans la catégorie des "grands cons". Et, tel Icare, Charles se sent pousser des petites ailes. Et un destin.

En 1991, le sénateur des Hautsde-Seine crée son propre mouvement, "Demain la France", installé dans de somptueux locaux, rue François-Ier` à Paris. "Rendez-vous à Anchois-pommier", murmurent les conjurés pour fixer de discrètes réunions. Pour peu qu'à l'époque Pasqua et Chirac se retrouvent pour une réunion du bureau politique du RPR, le dialogue n'est pas triste:

"Tu crois que c'est le moment de lancer un débat d'idées? demande le maire de Paris.
- Absolument, c'est le moment, répond Charlie.
- Mais il n'y a pas besoin de débat d'idées au RPR",assène Chirac.

Le problème, c'est que des idées, Charles Pasqua a toujours cru qu'il en avait. Avec Séguin, le voilà qui lance l'offensive contre ces "couilles molles" de Juppé et de Balladur. Avant de présenter en 1999 une liste commune avec Philippe de Villiers qui obtient plus de 12 % des suffrages. Le soir de ce bel exploit, l'ancien du SAC et le vicomte créent le "Rassemblement pour la France" (RPF). Labelle entente entre les deux hommes ne durera que quelques semaines; la brouille sera aussi sanglante que définitive.

Le 9 juin 2001, soit une douzaine de jours après sa mise en examen, le patron du RPF prend la parole devant son mouvement, réuni à Versailles, pour annoncer solennellement son entrée en campagne: "Je serai candidat, proclame-t-il, à la présidentielle". Plus flambant que jamais, le patron du RPF émaille son discours de références à la Résistance. Brontosaure héroïque, il serait "Le seul crédible" pour dénoncer "La trahison par Chirac des idéaux gaullistes". C'est beau comme du Churchill avé l'assent, du Winston Pasqua.

Du sang et des larmes, voilà ce que Môssieu Charles promet aux quelques centaines de militants venus l'acclamer ce jour-là. "Si vous me suivez, il faudra en baver". Son auditoire lui donne du "Président Pasqua".

Las, quelque juges s'acharnent à l'embêter. Mais Charlie joue les blindés. Les poursuites judiciaires entamées contre lui le laisseraient totalement indifférent. "Les Français s'en foutent", tranche Pasqua. Avant d'ajouter: "Les juges ne sont pas là pour juger en fonction de leurs sentiments". Le petit-fils de berger corse joue au maquisard acculé et héroïque. A la bravade "Le juge, je m'en fous!" ont succédé, durant tout l'automne 2001, les "Je ne me laisserai pas faire", et les "Je suis d'un pays où l'on ne pardonne pas" .

Mais son seul vrai souci désormais s'appelle Philippe Courroye, ce juge d'instruction qui lui cherche des poux sur la tête. Sa candidature, espère-t-il, peut lui permettre de négocier, et fort cher, un éventuel ralliement, au second tour, à Jacques Chirac. Et se battre ensuite pour le vote d'une vaste loi d'amnistie. Après tout, en Italie, son ami Silvio Berlusconi a été nommé président du Conseil malgré ses innombrables casseroles judiciaires. Les lois qu'il fait voter font tomber des pans entiers des instructions dirigées contre son groupe de communication.

Avec Charlie, aujourd'hui courtisé par Le Pen, qui espère le voir jeter l'éponge pour récupérer ses voix, la lutte commencée contre la déliquescence de l'Etat pourrait prendre des formes inédites.



L'affaire Iskander Safa est symptomatique de la collusion entre milieu d'affaires, milieu du renseignement et milieu politique qui prévaut dans le cadre des vente d'armes et dont l'affaire Falcone, l'affaire des vedettes de Taiwan et l'affaire Luchaire sont d'autres illustrations.

Cette affaire étant en cours d'instruction, l'ensemble des personnes citées sont présumées innocentes.

Affaire Iskander Safa - Dans le cadre de l'enquête sur l'affaire Falcone (Affaire des ventes d'armes en l'Angola - Angolagate) des commissions rogatoires internationales sont adressées par les juges Philippe Courroye et Isabelle Prévost-Desprez à la justice genevoise au mois de janvier 2001. Les magistrats français recherchaient la trace de comptes bancaires éventuellement détenus par des personnalités impliquées dans l'affaire Falcone, en particulier Jean-Charles Marchiani, Jean-Christophe Mitterrand et Charles Pasqua. L'instruction a ainsi établi l'existence de mouvements de fonds réguliers entre des comptes ouverts en Suisse par Iskandar Safa, un homme d'affaires libano-francais, et ceux de Jean-Charles Marchiani, ancien préfet du Var. Durant une période allant de la fin des années 80 jusqu'à 1997, l'homme d'affaires aurait versé plusieurs millions de francs au collaborateur de Charles Pasqua (Le Monde - 11 janvier 02).

La note de la DST - En Janvier 2001, une note de la direction de la surveillance du territoire (DST) fait part que près de 14 à 32 millions de francs (2,1 à 4,9 millions d'euros) auraient été retirés, en espèces, entre décembre 1995 et janvier 2001, sur un compte ouvert au CCF des Champs-Elysées par Iskander Safa. Ils provenaient du CCF de Genève où l'homme d'affaires possède plusieurs comptes. Selon la DST, entre décembre 1995 et janvier 2001, 13,9 millions de francs avaient été retirés sur ce compte par des proches de M. Safa au profit de l'entourage de M. Pasqua. Pour les seuls mois d'octobre et novembre 2000, 1,7 millions de francs auraient été retirés. La contrepartie de ces dons n'est pas connue mais la note suggère un lien possible avec une remise d'argent pour la libération des otages du Liban en mai 1988 entre les deux tours des élections législatives (Le Monde - 11 janvier 02). Ce lien a été formellement contesté par Jean-Charles Marchiani et plusieurs membres du gouvernement qui ont évoqué une machination politique.

Entourage de Jean-Charles Marchiani - Christiane Marchiani, la femme du député européen, et Marie-Danièle Faure, sa secrétaire, ont été mises en examen le 21 décembre 2001 pour ''recel de blanchiment aggravé" dans le cadre d'une enquête ouverte en juin 2001 par le parquet de Paris pour ''blanchiment aggravé''. Un supplétif a été délivré au juge Isabelle Prévost-Desprez en décembre 2001 pour ''trafic d'influence'' (Le Monde - 11 janvier 02).

Entourage de Iskander Safa - Plusieurs proches de M. Safa ont reconnu avoir effectué des retraits. Deux d'entre eux ont été mis en examen en décembre 2001 pour "complicité de blanchiment aggravé"- et l'un placé en détention provisoire. Laissé en liberté, le chauffeur de M. Safa, Ahmad Al Sayes, a déclaré aux policiers avoir remis à Christiane Marchiani des enveloppes susceptibles de contenir de l'argent - ce que conteste formellement Mme Marchiani. Des collaborateurs d'Iskander Safa affirment avoir remis également des espèces à Jean-Charles Marchiani, à Marie-Danièle Faure, à M. Pasqua, à l'ancien directeur du contre-espionnage, Yves Bonnet, et à un ancien officier de gendarmerie de la cellule antiterroriste de l'Elysée, le général Jean-Louis Esquivié. (Le Monde - 5 février 2002)

Les patrouilleurs du Koweit - L'examen des comptes de M. Safa a conduit la justice à privilégier désormais une autre hypothèse, évoquée par L'Est Républicain du 19 février 2002. Les fonds controversés pourraient provenir des bénéfices dégagés par la vente au Koweït, en mars 1995, de huit patrouilleurs P-37 lance-missiles, des navires de 45 mètres de long pesant 245 tonnes chacun. Ce contrat, de l'ordre de 500 millions d'euros, actuellement en phase finale de signature, implique la Direction des constructions navales (DCN), EADS, Thalès (ex-Thomson) et la CMN, les Constructions maritimes de Normandie, un chantier naval basé à Cherbourg et dont le patron, depuis 1990, est Iskandar Safa. Dans le cadre de cette transaction, pilotée par Triacorp International - une structure appartenant à Iskandar Safa et dirigée de 1987 à 1996 par Anne Denis -, 28,6 millions de francs de commissions auraient été versés, sur des comptes ouverts à Genève, au profit de sociétés immatriculées dans des paradis fiscaux et derrière lesquelles pourraient se dissimuler Iskander Safa.

Triacorp International et les bureaux de Charles Pasqua - Triacorp International est une des sociétés de Iskander Safa, géré par Mme Anne Denis. Triacorp International est intervenu comme intermédiaire dans la vente de patrouilleurs au Koweit. Des bureaux situés au siège de Triacorp international, 3, boulevard La Tour Maubourg, dans le quartier des Invalides, à Paris auraient été mis à la disposition de M. Pasqua en 1992 et 1993 et de son association Association France-Orient (AFO). Les dirigeants de Triacorp international se seraient abstenus de réclamer à l'actuel président du Rassemblement pour la France (RPF) les 100 000 francs de loyer mensuels, soit un préjudice d'environ 2,4 millions de francs (365 877 euros) pour la société Triacorp. (Le Monde du 5 février 2002)

Association France-Orient (AFO) - Selon plusieurs témoignages, dont celui du chauffeur de Iskander Safa, Ahmad Al Sayes, une partie de cet argent aurait été portée dans des enveloppes au siège de l'Association France-Orient (AFO), une structure proche du RPF, le parti dirigé par Charles Pasqua. En outre, selon les enquêteurs, les locaux occupés un temps par l'Association France-Orient (AFO) appartenaient à une des sociétés de Iskandar Safa, Triacorp International, sans que l'association ne paie apparemment de loyer. (Le Monde du 5 février 2002)

Iskander Safa - Homme d'affaire libanais naturalisé francais en 1991. Il participa à la libération des otages du Liban en mars 1986. Il a travaillé entre autres comme intermédiaire pour la Sofremi [Société française d'exportation des matériels et systèmes du ministère de l'intérieur] en 1989, 1990 et 1991. Iskander Safa est actuellement absent de France et résiderait à Abu Dhabi. Il ne s'est pas présenté à une convocation de la police en décembre 2001 et est visé par un mandat d'arrêt depuis le 28 décembre 2001.

Sofremi - La Sofremi est une société d'exportation créée à l'initiative du ministère de l'Intérieur et chargée d'exporter les matériels de police français. Elle se trouve au centre de l'enquête du juge Philippe Courroye sur un trafic d'armes présumé vers l'Angola ("Angolagate", "affaire Falcone" ou "affaire des ventes d'armes à l'Angola") dans laquelle Charles Pasqua et Jean-Charles Marchiani sont également mis en examen. Etienne Léandri, Iskander Safa (Triacorp International) et Pierre Falcone (Brenco) furent différents intermédiaires de la Sofremi. Etienne Léandri est le personnage central du livre de Julien Caumer "Les requins : Un réseau au coeur des affaires" (Flammarion, 1999).

Yves Bonnet - Ancien Directeur de la DST (1982-1985) et ancien député (UDF) de la Manche (1993-1997) dont Constructions mécaniques de Normandie (CMN) d'Iskander Safa sont un des principaux employeurs. Iskander Safa avait financé officiellement "à hauteur de 50 000 francs" sa campagne législative de 1993. "M. Safa a aussi dû verser 20 000 ou 30 000 francs pour les cantonales de 1994, mais il s'agissait d'un financement politique officiel, par chèques, qui figure dans mes comptes de campagne", a précisé M. Bonnet, qui note qu'"en 1993 M. Safa avait également financé la liste de [son] adversaire socialiste". (Le Monde du 5 février 2002)

CMN - Constructions maritimes de Normandie- Les CMN, les Constructions maritimes de Normandie, sont un important chantier naval basé à Cherbourg et dont le patronest Iskandar Safa depuis 1990. Elles ont construit les huit patrouilleurs P-37 lance-missiles vendu au Koweït, en mars 1995. Ce contrat, de l'ordre de 500 millions d'euros, implique la Direction des constructions navales (DCN), EADS, Thalès (ex-Thomson) et la CMN, les Constructions maritimes de Normandie.






 
CHARLES PASQUA


Le sénateur Charles Pasqua, condamné mardi 27 octobre à un an de prison ferme au procès de l'Angolagate, un vaste trafic d'armes vers l'Angola, a demandé, sur France 2, au président de la République la levée du secret défense sur ces ventes d'armes.

"Le président de la République (de l'époque) était au courant de l'affaire de ventes d'armes à l'Angola", a déclaré M. Pasqua :


"Le premier ministre était au courant, la plupart des ministres aussi (…) je crois que le moment est venu de mettre les choses au clair." "Je demande au président de la République de lever le secret-défense sur toutes les ventes d'armes, sur toutes ces opérations qui ont été réalisées à l'étranger afin que l'on sache s'il y a eu des retours de commissions en France et qui en a bénéficié", a-t-il ajouté.


L'ancien ministre de l'intérieur a également réaffirmé son innocence, estimant que les peines prononcées à son encontre n'avaient aucun sens.

"J'ai le sentiment d'un procès qui a été conduit d'une manière inéquitable et d'un verdict incompréhensible", a-t-il déclaré. "Qu'est-ce que je viens faire dans ce procès de l'Angola ?"



Sources: Se référer aux différents articles.
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