G20/OCDE:Interview exclusive de Didier REMER (FinanceOffshore). Par Emanuel de Saint CYR.

INTERVIEW DE DIDIER REMER ( FINANCE OFFSHORE )
PAR EMANUEL DE SAINT CYR

Paris le samedi 23 Mai 2009



Bonjour Didier REMER, considérez vous que les avancées du G20 soient de nature exemplaire au stade actuel des négociations?
La déclaration commune des chefs d’Etat et de gouvernement à l’issue du sommet contient des avancées concrètes pour tenter de répondre aux problèmes rencontrés par l’économie mondiale. Nombre de mesures rejoignent les réflexions et les propositions que les observateurs soulignèrent. On peut considérer que les avancées sont encourageantes et porteuses d'un certain rééquilibrage. Le G20 a identifié parmi les causes de la crise les nombreux défauts de la supervision et de la régulation. Les analyses démontraient qu' il était donc nécessaire de prendre des mesures efficaces sur ces pratiques.
Le conseil de stabilité financière à l'initiative du groupe de réflexion de Larosière est-il le bon moteur de cette volonté?
Le Conseil de Stabilité Financière devra tenir un rôle central dans l’élaboration d’une régulation mieux harmonisée au niveau mondial. Dans l'ensemble la profession accueille également avec satisfaction l’extension de la régulation et de la supervision à l’ensemble des institutions, des instruments financiers et des marchés... Les difficultés rencontrées pour la levé du secret bancaire s'estompent, le Luxembourg est entré dans le rang et la Suisse comprend qu'elle devra en faire de même. Dans ce domaine, les professionnels, pour les meilleurs d'entre eux se sont lancés dans une réflexion constructive et positive pour agir en véritable force de proposition. L'OCDE par son secrétaire général, Angel Gurria s'est montrée efficace, refusant le jeu de la polémique stérile des rivalités entre grands états et petits états. Cette position s'explique par les déséquilibres causés par l'évasion fiscale, les petits (ndlr:Luxembourg, Suisse, Autriche...) disposaient d'apports colossaux des grands états voisins, et souvent utilisaient avec "gourmandise" leur secret bancaire pour s'assurer des meilleurs opportunités. En fait des petits états très pragmatiques. Aujourd'hui les grands états se veulent encore plus pragmatiques, les caisses se sont vidées, il faut que l'argent rentre au "bercail" si je puis dire...
Oui mais la crise est venue mettre un certain bémol à ce genre de pratiques, l'affaire Madoff par exemple, les hedge funds sont dans le collimateur du futur g20 de New-York, vous pensez que s'était la meilleure cible pour faire un exemple?
Dire que le g20 souhaite cibler prioritairement et absolument les hedge funds serait réducteur. Que celà soit au niveau du G20, de l'OCDE, le constat se rapproche de l'expertise du F.M.I. Il faut débarrasser la finance mondiale de certaines pratiques qui sont porteuses de risques systémiques par une culture du secret volontairement organisée. Le résultat est bien dans la décision concrète de voir “les hegde funds ou leurs gestionnaires enregistrés et à présent tenus de communiquer de manière régulière, les informations nécessaires pour évaluer les risques systémiques qu’ils font courir, à titre individuel ou collectif”. Les états se souviendront longtemps des causes de cette crise, dans un premier temps financière et dans le temps que nous vivons actuellement, sociale. Les conséquences économiques sont d'une nature si grave qu'elles pourraient inspirer des réflexes protectionnistes et donc amplificateurs de difficultés parfois nouvelles...

On voit bien que la crise sociale était annoncée par l'OCDE, Angel Gurria, plus tard par le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker... Les statistiques sont de plus en plus alarmistes pour l'Union Européenne, votre avis?
Il faut organiser les marchés avec une volonté de transparence et d'équité. Si nous sommes incapables de tirer les leçons de cette crise financière devenue en plus sociale nous allons passer de l'ère des paradis fiscaux à l'enfer total. Sur les chiffres j'adopte une posture prudentielle, en effet tant que la relance ne sera pas amorcée, les leviers qui logiquement sont porteurs et vertueux feront défaut. Pour l'emploi, les politiques sont dans une relative voie sans issue.
Finalement, pour éviter les erreurs du passé comment justement réorganiser les marchés?
Il faut s'intéresser à tous les compartiments de la finance!Ne pas oublier par exemple celui des marchés des dérivés de crédit.Le G20 encourage leur transformation en marchés organisés par la mise en place de chambres de compensation soumises à une régulation et une supervision efficaces.C' est une "grande" liste de mesures à compléter, nous sommes en relative bonne voie mais bien qu’elle soit très ambitieuse, la déclaration du G20 doit toujours être complétée sur plusieurs points. Sur le plan prudentiel, par exemple, les établissements français adhèrent pleinement aux mécanismes proposés que ce soit au plan de la macro-supervision, ou à celui de la micro-supervision sur base transnationale. Ils insistent cependant sur le fait que tous les pays doivent adopter et mettre en oeuvre rapidement les mêmes règles et notamment Bâle II aux Etats-Unis.Ils attirent également l’attention des pouvoirs publics concernés sur les conséquences possibles de la mise en place d’un ratio de levier. Cet indicateur (ndlr:rapport entre les fonds propres et le total du bilan) sous sa forme américaine n’a franchement pas permis d’éviter la crise.Il présente plusieurs inconvénients majeurs notamment celui de ne pas prendre en compte les risques, puisque tous les actifs sont traités de la même manière. En outre, il pose des difficultés sur le plan comptable principalement en raison des différences entre les normes européennes et américaines. Les banques françaises suggèrent à juste titre une étude approfondie préalable à la mise en oeuvre éventuelle d’un tel ratio.Concernant les normes comptables, la profession bancaire accueille favorablement la déclaration des ministres des finances européens demandant à l’IASB de s’aligner sur les normes américaines modifiées fin mars, afin que les banques européennes ne soient pas désavantagées par rapport à leurs concurrentes américaines. Cependant, les banques françaises souhaitent que soit revue la place de la juste valeur, “fair value” dans les normes comptables. Elles sont opposées à son application à des instruments financiers qui ne font pas l’objet de transactions sur des marchés liquides. Le modèle comptable en “juste valeur” ne s’est pas montré suffisamment robuste pour résister à la crise. Il est donc fondamental que les normalisateurs comptables évitent d’étendre la notion de valeur de marché à l’ensemble des instruments financiers.
Pensez-vous que l'initiative luxembourgeoise de création du LIGFI (Luxembourg Institute for Glogal Financial Integrity) soit une initiative porteuse d'intérêts pour faire avancer la réflexion qui s'installe actuellement pour cet ensemble de questions?
Je n'ai pas de jugement à porter sur une association à but non lucratif qui de toute évidence est intégrée dans un "plan de communication gouvernemental inavoué" (façon de parler). La seule chose positive que j'ai intégré dans cette opération de bonnes volontés, c'est bien son caractère ouvert, constructif. Jacques Santer est un modèle éthique, c'est tout à l'honneur du Ligfi que d'avoir donné bonne place à cet ancien président de la Commission Européenne qui connaît bien la notion du méa culpa... Et c'est faire honneur à sa droiture que de le préciser. Il est avant tout un excellent juriste de formation qui s'est souvent retrouvé président de conseils d'administration comme CLT UFA, RTL Group... Sa double compétence entre grand serviteur de l'état et administrateur de grands groupes lui offre une ouverture d'esprit intéressante. Homme de dialogue il peut incarner pour le LIGFI une image plus consensuelle que l'objectif réel de l'opération. Il devrait pouvoir éviter à cet organisme de voir son image confondue avec celle du président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker suspecté au plus haut point par le couple franco-allemand d'être à l'origine de la fronde contre l'OCDE. Mais bon les amis ont le droit de se passer un petit coup de fil par ici où là...
Pour vous le LIGFI est une invention du gouvernement luxembourgeois?

Pas au sens ou votre question le suppose, simplement je vous précise que le virage amorcé pour la place de Luxembourg est logiquement lié à un intérêt économique évident. C'est une opération qui se prépare pour le futur g20 de Pittsburgh, occasion intelligente pour que Luxembourg annonce sa nouvelle spécificité sur la question éthique. Une opération de transparence que l'intelligence ne pouvait éviter. Nous entrons dans des notions subtiles, il faut comprendre que les intérêts sont importants...
On voit bien que Luxembourg est à présent dans la phase concrète de mise en oeuvre des décisions prises lors du G20. Maintenant que faut-il attendre et faire avant le prochain G20?
Comme la France, l'Allemagne, les USA et plus modestement Luxembourg, il faut à présent passer à la phase de mise en oeuvre concrète de l’ensemble des décisions prises lors du G20 de Londres. Restaurer la confiance dans le système financier international et d’assurer le financement de l’économie. Dans ce contexte, il sera important de veiller à ce que les nouvelles mesures soient suffisamment homogènes au niveau international pour permettre des conditions de concurrence équitables. Outre les questions comptables et prudentielles, d’autres points tels que la création de chambres de compensation liées aux banques centrales, l’adoption au niveau de toutes les places de nouveaux principes pour les rémunérations des opérateurs de marché, devront être abordés dans les prochaines semaines.
Pour les centres offshores et les paradis fiscaux?

Par exemple s’agissant des paradis fiscaux, les banques françaises ont créé des groupes de travail pour faire progresser activement la réflexion. L'article 26 de l'OCDE est la norme actuelle, bien que décrié il fait force de référence même chez les plus irréductibles, donnons du temps au temps, le G20 de Pittsburgh est le bon timing sur lequel tout le monde travail... Donc on rencontre de plus en plus de bonnes volontés et forces de propositions pour contribuer à faire des propositions au niveau européen, notamment dans le cadre de la consultation de la Commission européenne consécutives au rapport du groupe Larosière souhaité par une mise en oeuvre rapide à une organisation intégrée de la supervision définie dans le rapport. Pour la profession bancaire, ce rapport constitue une contribution essentielle pour faire progresser la supervision des groupes transfrontières en Europe. La profession soutient les recommandations pour une plus grande harmonisation des règles prudentielles, en particulier l’adoption d’une définition commune du capital réglementaire, et la poursuite d’une harmonisation des institutions de surveillance et de leurs pratiques. A cet égard, la profession rappelle que les collèges de superviseurs seront plus efficaces si le rôle du superviseur consolidant est renforcé. La profession bancaire souhaite désormais une mise en oeuvre rapide des préconisations du rapport Larosière. S’il est validé par le Conseil européen de juin, la Commission pourra présenter des propositions législatives à l’automne.
Plus de problème de liste au prochain g20, si l'on en croit votre analyse?
Je ne dis pas cela, mais il est clair qu'il y avait un avant et que maintenant nous sommes dans l'après. Certains préfèrent voyager dans les wagons de tête quant d'autres cherchent encore à raccrocher leur wagon au train de la réforme qui s'opère... Les rapports de force vont demeurer mais il faut s'attendre à une série de mesures pénalisantes pour les états qui s'entêteront...
Une reprise au deuxième trimestre 2010, pour vous c'est une hypothèse possible?
Il faut être prudent sur les effets d'annonces actuels... Un journaliste d'un grand média français que je conseille me posait la question, je lui ai répondu que si le deuxième semestre 2010 ne voit pas les signes actuels positifs se confirmer, qu'il faudra nous attendre à une double complication. La récession devrait se stabiliser à un niveau que la BCE juge encourageant, mais la crise sociale risque de porter un mauvais coup au moteur de la reprise. La France s'en sort relativement bien par rapport à ses voisins, le matelas que représente la cohorte de fonctionnaires si coûteux à l'état s'avère un bon socle pour la consommation qui maintient ainsi une relative stabilité. L'OCDE met en garde le manque d'initiative des gouvernements pour l'emploi, il faut dire que les états semblent complètement impuissants pour créer de l'emploi, ils n'arrivent déjà plus à stopper les délocalisations et fermetures de sites... On peut considérer que pour 2012 la crise sera en partie dans sa phase de sortie.




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