Thursday, April 30, 2009

Luxembourg: Jean-Claude Juncker en pleine crise! Par Didier REMER

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"Rares sont les ministres européens qui disent que nous sommes un paradis fiscal, car nombreux sont ceux qui savent que ce n'est pas vrai. On ne peut pas réduire un pays à sa place financière: je ne dirais jamais que la France cesserait d'exister si son industrie d'armement s'écroulait. Ce serait également injurieux. On ne m'a jamais accusé publiquement d'être le chef d'une place qui appliquerait des règles nuisibles aux intérêts des autres.
C'est sous mon impulsion - on l'oublie trop souvent en France - que nous avons amorcé, en novembre 1997, la lutte contre la concurrence fiscale déloyale et avancé sur l'harmonisation de la fiscalité de l'épargne. Je siège à l'Ecofin depuis 1989: pensez-vous vraiment que, si le gouvernement britannique avait été animé par une volonté de réglementation financière, le petit Luxembourg aurait pu s'y opposer? Le centre financier du Luxembourg, un des plus importants du monde, ne peut pas vivre en dehors de la réglementation internationale. S'il y a des failles, il faut les éliminer. La crise prouve à l'évidence que la régulation financière est trop faible et que nous avons besoin de bien plus d'Europe en la matière."


Jean-Claude Juncker




C'est ainsi que répondait en janvier 2008, Jean-Claude Juncker au journaliste français de l'Express. Depuis, le premier ministre du Luxembourg sait que sa citadelle est "assiégée". Un état jugé paradis fiscal depuis le G20 et qui tente d'affronter les critiques de ses voisins en recherche perpétuel d'un Luxembourg toujours plus exemplaire en matière de moralisation financière. "Il y a actuellement à Luxembourg une grave crise de confiance entre le citoyen et le politique, il faut dire que la caricature faite de ce pays prend une tournure désastreuse! Réduire tout un état à sa place financière dans une image d'Epinal qui ne tient pas compte de ses autres réalités est une erreur. Le pays dispose d'un nombre considérable d'atouts autres que sa place financière et d'une diversité dont un bon nombre pourrait s'inspirer..." Précise un observateur du monde économique local. Jean-Claude Juncker qui dirige l'Eurogroupe ne sait pas s'il pourra se maintenir dans cette fonction après les élections de son pays au mois de Juin. En effet en plus d'être logique, l'annonce d'un possible retrait interviendrait qu'en fonction des résultats des échéances électorales. En fait il faut trouver la vrai raison dans une certaine lassitude du premier ministre luxembourgeois qui durant une vingtaine d'années n'a jamais ménagé ses efforts pour que le couple franco-allemand conserve ce précieux lien d'amitié, d'échanges. Aujourd'hui, une crise financière plus tard, il semble que le premier ministre luxembourgeois soit laché par certains chefs d'états européens, plus enclins à se consacrer au sort qui prédomine l'actualité... Comme bien trop souvent évoqué à Luxembourg, ce n'est pas la France qui souhaite cette "mise à l'écart", car à Paris "On sait que -Jean-Claude- est un allié, une source d'inspiration qui repose sur l'expérience! Un homme d'une très grande modestie, et plus fort, capable de faire bouger des montagnes... de diplomatie!(...) Il est vrai que pour le dossier des paradis fiscaux, il y a eu certaines passes d'armes pas toujours faciles, mais il ne faut pas s'y tromper, le contentieux entre la France et le Luxembourg n'est qu'un phantasme de journalistes avides de sensations!" Souffle un conseiller qui tempère son propos: "Nous avons avec ce pays un lien si fort que les envieux profitent de la moindre occasion pour mettre l'huile sur le feu!". Car depuis la crise ouverte avec l'OCDE, et son secrétaire général Angel Gurrià, Jean-Claude Juncker s'est retrouvé un temps "isolé" avec les Suisses et tous les autres états listés. Si on prend le temps d'analyser objectivement les déclarations du chef de l'Eurogroupe, il fait force de dire tout haut ce que finalement tout le monde pense tout bas: "La liste de l'OCDE est incomplète et il faudra bien que ceux qui veulent faire dans l'exemple s'appliquent à eux-mêmes des règles équivalentes!". Le Luxembourg vient d'ailleurs de signer des nouveaux accords avec les Etats-Unis dans le cadre des accords de coopération relatifs aux critères de l'OCDE. Comme l'a martelé Jean-Claude Juncker depuis des semaines, il serait injuste que les Anglos-Saxons soient exempts d'exemplarité dans ce dossier. La prochaine réunion de l'OCDE à Berlin sera l'occasion pour les luxembourgeois de faire valoir leurs arguments. Ce qui est reproché au premier ministre luxembourgeois est finalement une législation permissive dans ses applications concrètes (par exemple sur la garantie des OPCVM) et plus largement pour les hedge funds, le dossier UBS étant passé aussi par là, avec l'affaire Luxalpha... Mais l'extinction du secret bancaire en 2014 pour l'ensemble des états membres de l'Union Européenne devrait dans le contexte général qui prévaut assurer la mise à plat des principaux griefs actuels pour le Luxembourg. La crise qui touche la planète ne s'est pas arrêtée aux frontières du Luxembourg, le pays compte des licenciements et mêmes des faillites, dans l'ensemble il résiste plutôt mieux que ses voisins. Pourtant le débat politique intérieur est très tendu, il est clairement reproché à l'actuel gouvernement de Jean-Claude Juncker de s'occuper plus des dossiers extérieurs que de l'intérieur. Sur la place financière, il y a des inquiétudes qui se font sentir, la donne ayant changée au niveau réglementaire et international, nombreux sont ceux qui considèrent que la situation Suisse préfigure celle de la place luxembourgeoise... "Notre premier ministre pouvait prendre acte des vérités qui caractérisent aussi notre place financière, certaines de ses pratiques douteuses. Car ici, on sait que cette richesse repose aussi sur ces niches spécifiques. Il a été léger par son implication personnelle dans l'affaire en niant un peu trop vite cette réalité. C'est bien cet aspect qui aura braqué le plus nos partenaires européens au G20..." Souffle un banquier. Il est vrai que le président de l'Eurogroupe avait organisé le mini sommet de Luxembourg en conviant la Suisse et l'Autriche pour fédérer une certaine rébellion à l'encontre des modalités d'établissement de la liste grise et faisant force d'intimer à la Suisse une résistance toujours plus marquée à l'encontre de l'OCDE. Jean-Claude Juncker serait particulièrement remonté contre le couple franco-allemand qui selon lui, n'aurait pas vraiment milité pour lui éviter l'affront de la présence du Luxembourg sur une telle liste. Laissant ainsi au "bon passé" la solidarité européenne...